La Chronique Agora

Et personne n’en parle…

C’est la plus grosse menace qui pèse sur les Etats-Unis ; elle mène à la pauvreté, aux inégalités et au chaos… mais aucun des deux candidats à la présidentielle n’en dit mot.

Soyons francs : la campagne électorale américaine, à ce stade, n’a été rien de plus qu’une distraction. Dans aucun des débats – que ce soit Trump-Biden ou Pence-Harris – n’a été abordée la principale menace pesant sur les Etats-Unis.

A la place, les candidats ont démontré à quel point ils n’étaient pas faits, l’un comme l’autre, pour le plus haut poste de l’administration américaine. Aucun d’entre eux n’a révélé la moindre trace de vraie dignité, de vraie modestie, de vraie intelligence… ou de conscience du danger.

Pas de cran

Le gouvernement fédéral doit désormais 27 000 Mds$ qu’il ne peut pas payer. Le pays dans son ensemble, en tenant compte du secteur privé, doit 80 000 Mds$… qu’il ne peut pas payer.

Par ailleurs, le gouvernement a promis aux 76 millions de baby-boomers américains (et autres) 210 000 Mds$ de « droits » non-provisionnés – retraite et soins de santé – qui ne peuvent pas être payés non plus.

Au lieu de faire preuve d’un peu de cran… et de réduire les dépenses, les deux partis sont décidés à couvrir ces dettes impayables en imprimant de la monnaie – une politique qui mène toujours à la faillite, la pauvreté, la dépression et l’inflation, en plus du chaos social et politique.

Mais chut… couvrez-vous les yeux. Bouchez-vous les oreilles. Ne dites pas un mot. Les candidats, la Réserve fédérale, les médias – tous gardent le silence parce qu’ils savent que les électeurs ne veulent pas en entendre parler… or leurs propres fortunes, réputations et carrières dépendent du fait que le spectacle continue.

A la traîne

Le problème, c’est qu’on ne peut pas faire durer éternellement ce genre de fête. Oui, les gens restent prêts à danser… et les autorités peuvent toujours rajouter du rhum dans le punch… mais l’orchestre commence à fatiguer.

Mardi dernier, le président américain a affirmé que les Etats-Unis « sont à la tête du monde en termes de reprise économique ». Ce n’est pas vrai. Les Etats-Unis sont à la traîne. Le taux de chômage officiel est proche des 8% – soit plus que la moyenne de 7,4% pour les pays de l’OCDE. Certains pays ont un taux de chômage proche des 3% seulement.

Par ailleurs, 28 millions d‘Américains touchent encore des allocations chômage – d’Etat ou fédérales. La main d’œuvre américaine serait aux alentours des 160 millions de personnes. Le taux de chômage réel pourrait donc être plus proche des 18%. Par ailleurs, 13 millions de personnes sont déclarées comme « handicapées ».

Quant au taux de croissance, la Chine se développe à plus de 10% par an. Les Etats-Unis ne se développent pas du tout – ils sont en récession, avec une croissance du PIB à moins 9%.

Hausse de l’inflation

Il y a plus intéressant, de notre point de vue – le fait que le taux d’inflation grimpe. NBC News nous en dit plus :

« L’inflation aux Etats-Unis, qui mesure l’augmentation des prix pour les consommateurs, est à 4,6%, par rapport à une moyenne de 3,9% pour d’autres pays de l’OCDE. Cela signifie que les salaires américains couvrent désormais moins de factures. »

Tôt ou tard, une hausse du taux d’inflation est inévitable – tout comme une baisse du dollar. Stephen Roach expliquait pourquoi dans le Financial Times

« Un krach du dollar est probable, et il pourrait atteindre jusqu’à -35% d’ici la fin 2021. La raison : une interaction létale entre un effondrement de l’épargne intérieure [américaine] et un déficit courant abyssal. […] A -1,2% au deuxième trimestre, l’épargne intérieure nette en tant que part du revenu national était 4,1 points de pourcentage inférieure au premier trimestre, le plongeon trimestriel le plus sévère dans des chiffres qui remontent à 1947. […]

… C’était un accident qui ne pouvait manquer de se produire. En entrant dans la pandémie, le taux d’épargne intérieur atteignait en moyenne seulement 2,9% du revenu national brut entre 2011 et 2019, moins de la moitié des 7% de moyenne entre 1960 et 2005. Ce matelas trop mince a laissé les Etats-Unis vulnérables à tout choc – sans parler du Covid-19. »

Un réseau complexe

Nous nous interrompons pour dissiper un malentendu. La presse parle de l’impression monétaire comme d’une mesure de « relance ». Mais il n’y a aucune instance, dans la longue et lamentable histoire des économies gérées par l’Etat, d’une réelle amélioration par l’impression monétaire.

« Déformation », serait un meilleur terme. « Perversion », encore mieux, car cela suggère des tendances anti-naturelles et dégoûtantes.

On peut stimuler beaucoup de choses : un ivrogne grâce à une bouteille de whisky… un poète en admirant ses vers… et un Malvolio en complimentant ses bas.

Mais les économies ne sont ni vaniteuses ni dépendantes. Ce sont des réseaux complexes… finement équilibrés… chaque brin ayant deux extrémités et de nombreuses connexions. Tirez sur l’un… et vous déformez la toile entière.

On peut stimuler les épargnants en augmentant les taux d’intérêts (ce qu’a fait le dernier banquier central honnête d’Amérique, Paul Volcker, en 1980). Ou on peut stimuler les emprunteurs (ce que la Réserve fédérale a fait tout ce siècle… en réduisant les taux).

Mais stimulez les épargnants et vous dé-stimulez les emprunteurs. Stimulez les emprunteurs et vous dé-stimulez les épargnants.

Ce qu’on ne peut pas faire – ou du moins personne n’a jamais trouvé le moyen d’y parvenir – c’est stimuler les deux extrémités en même temps.

Problème élémentaire

En dehors de l’historique de performances… qui est vide (c’est-à-dire qu’il n’y figure aucun succès en la matière)… il y a un problème théorique évident.

Il est impossible d’avantager un groupe – plus d’argent, des taux d’intérêts plus bas, des cours boursiers plus élevés – sans désavantager en même temps un autre groupe.

Des prix plus élevés sont peut-être excellents pour le vendeur… mais qu’en est-il de l’acheteur ? Une hausse des taux d’intérêts est peut-être géniale pour l’épargnant… mais qu’en est-il de l’emprunteur ?

Le problème est si élémentaire et inévitable que nous soupçonnons les économistes professionnels – comme les politiciens eux-mêmes – d’être des menteurs et des escrocs.

En deux mots… l’argent de la planche à billets des autorités peut déformer. Il ne peut pas améliorer.

Et plus ils prétendent stimuler l’économie avec de l’argent sorti de la planche à billets… plus ils en font un épouvantable gâchis.

Les déformations réduisent l’efficacité, l’investissement réel et la richesse… elles ralentissent la croissance… poussent les gens à commettre des erreurs… et les font penser, à raison, qu’ils se font arnaquer.

Ensuite, plus on déforme, plus il faut déformer… sans quoi toute l’affaire explose en une Débâcle de Dette apocalyptique.

On pourrait penser qu’au moins un des candidats – peut-être lors d’un moment où il aurait baissé sa garde – en dirait quelque chose…

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