La Chronique Agora

Les dix ans du Brexit

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Piece in form of UK borders torn out from the flag of the European Union. United Kingdom withdrawal from the European Union. Brexit concept

Dix ans après le vote, le Royaume-Uni n’a pas vraiment retrouvé la liberté promise. Les sandwichs ne passent plus la Manche aussi facilement, les plombiers polonais repartent chez eux et les Premiers ministres défilent à Downing Street.

Cette semaine, nous nous sommes penchés sur le profond malaise qui semble ronger le Royaume-Uni.

Il imprègne toutes les conversations, comme les remontées d’humidité gagnent les murs d’une vieille maison anglaise. Encore un Premier ministre remercié. Une croissance du PIB anémique. Des prix en hausse. Du chômage. Des foules déchaînées.

Mais commençons par regarder ce qu’il se passe sur les marchés. Mardi, la correction des valeurs technologiques que nous attendions semblait enfin avoir commencé. NBC News :

« Les marchés ont chuté partout dans le monde mardi, alors que de nouveaux doutes sur des valorisations vertigineuses semblaient gagner les investisseurs de certaines des plus grandes entreprises de l’intelligence artificielle, des semi-conducteurs et des mémoires. »

Et pauvre Elon ! Ses ailes de cire se sont, semble-t-il, un peu trop approchées du soleil.

The Telegraph :

« Elon Musk perd son statut de futur trillionnaire après la chute de Wall Street »

Une nouvelle feinte de M. le Marché ? Un saut d’entraînement avant le véritable plongeon ? Nous n’en savons rien. Mercredi, les valeurs technologiques ont amorcé ce qui ressemblait à un rebond… mais, à la fin de la séance, le Nasdaq était de nouveau dans le rouge.

Pendant ce temps, de retour à Londres…

May, Johnson, Truss, Sunak, Starmer… et, sans doute, bientôt Burnham. Les Premiers ministres vont et viennent : à peine avons-nous appris à prononcer leur nom qu’il faut déjà passer au suivant. Cette succession à un rythme aussi effréné – comme des clients quittant un bar avant même d’avoir terminé leur premier verre – révèle un profond mécontentement.

Theresa May a pris ses fonctions en 2016. Sa principale mission consistait à superviser la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne. Dans le Financial Times, Nick Clegg rappelle dans quelle situation se trouvait l’économie britannique à la veille de son arrivée au pouvoir :

« De la fin de l’année 2012 jusqu’au référendum sur le Brexit en 2016, l’économie britannique a régulièrement progressé plus vite que la moyenne du G7. En 2014, dernière année complète de la coalition de David Cameron, la croissance annuelle du Royaume-Uni — légèrement inférieure à 3 % — a même dépassé celle des États-Unis, ce qui paraît presque inimaginable aujourd’hui. Dans le même temps, et contrairement à de nombreuses prédictions, l’emploi a augmenté, avec la création nette de deux millions de postes… Ce fut la dernière période prolongée de croissance économique et de stabilité politique qu’a connue le Royaume-Uni. »

Que s’est-il passé ? Dans la galerie des suspects, le Brexit est celui que la plupart des gens désignent. Il est facile de comprendre comment la sortie d’une vaste zone de libre-échange a pu peser sur les ventes, les bénéfices et la croissance.

Nous ignorons si la faute revient au divorce lui-même… ou à la manière dont les Français ont tenté de punir les Britanniques d’avoir quitté l’Union. Peut-être le Royaume-Uni aurait-il pu préserver le bébé du libre-échange tout en jetant l’eau du bain réglementaire européen. Ou peut-être pas.

Mais cela fait maintenant dix ans que le divorce a été prononcé, et les Français jubilent. À la une de L’Express cette semaine :

« Le fiasco du Brexit : pourquoi les Britanniques reviendront »

Marks & Spencer vendait autrefois ses sandwichs frais en Europe. Son système de distribution était fluide et rapide. Il devait l’être. « Si nos camions doivent attendre une demi-journée [à la frontière], ce sera la fin de nos sandwichs à Paris », avait prévenu le dirigeant de M&S à l’approche du Brexit.

M&S ne livre plus ses sandwichs frais à Paris. L’enseigne continue néanmoins d’en vendre en Irlande, ce qui complique les choses. L’Irlande du Nord fait partie du Royaume-Uni, tandis que la République d’Irlande appartient à l’Union européenne. Un porte-parole de M&S explique :

« Nos camions à destination de l’Irlande ont été immobilisés pendant seize heures avant de pouvoir repartir, avec 200 documents [douaniers] à fournir… exigeant des informations aussi précises que le nom latin du poulet utilisé dans notre ‘Chicken Tikka Masala’. »

Il a ensuite déploré que M&S dépense plus d’un million de livres par an uniquement pour obtenir les certifications nécessaires à l’exportation de ses produits à base de viande. Dans l’ensemble, les exportations alimentaires britanniques vers l’Europe ont diminué d’environ un tiers depuis le Brexit.

Le Brexit a entraîné des départs dans les deux sens. Tandis que les sandwichs de M&S quittaient Paris, les célèbres « plombiers polonais » ont quitté Londres. L’une des raisons pour lesquelles les Britanniques ont voté en faveur du Brexit était de se débarrasser de ces artisans venus d’Europe de l’Est, qui avaient l’impudence de déboucher leurs toilettes pour bien moins cher que les plombiers britanniques — privant ainsi, disait-on, les locaux de leurs emplois.

Aujourd’hui, la situation s’est inversée… et ce sont les Polonais qui prennent la porte d’un pas décidé. Les derniers chiffres montrent que 6 000 Polonais se sont installés au Royaume-Uni l’année dernière, tandis que 25 000 sont rentrés chez eux. L’économie polonaise est aujourd’hui l’une des plus dynamiques d’Europe, avec une croissance de 3,5 % l’année dernière, contre seulement 1,1 % au Royaume-Uni.

Mais pour l’instant, du moins, dans notre hôtel de Covent Garden, la plomberie fonctionne toujours. Les restaurants et les bars sont pleins. Et les Londoniens continuent de s’affairer comme ils l’ont toujours fait.

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