Et si l’on créait une agence des « 13 Kerviels » ?
Alors que Bercy a commis une petite erreur d’estimation de 60 Mds€ (cela représente 13 « Kerviels », unité de 4,6 Mds€ qui constituait depuis janvier 2008 l’Everest du désastre financier en France), notre Parlement – auquel l’Elysée et Matignon redonnent la parole – a perçu l’urgence d’envoyer un signal positif au contribuable (vite, créons une « agence » pour éviter qu’un tel désastre se reproduise).
Il était temps de le rassurer avec des mesures d’économie, avant de le solliciter – naturellement pour combler le trou budgétaire hérité des PLF fallacieux passés à coups de « 49.3 » par Elisabeth Borne à l’automne 2022 et 2023 (précisons que le budget 2024, soi-disant « équilibré », étant celui sur lequel Emmanuel Macron devait s’appuyer pour affronter les législatives européennes du 9 juin).
Alors, nos députés viennent de déposer des amendements visant à faire supprimer une trentaine de « commissions » et « conseils consultatifs » aux intitulés parfois surréalistes (rassurez-vous, un coup de « 49.3 » gouvernemental, et ces amendements seront caducs).
C’est en tout cas un début : il n’y a plus que 1 170 « agences » à passer au peigne fin de « l’utilité » (quel est leur objet et à quoi sert leur expertise que nous finançons à prix d’or) et de l’optimisation de l’argent public.
Pour l’heure, l’Etat recense 1 200 agences qui rémunèrent 458 000 fonctionnaires (le coût des salaires s’élève à 30 Mds€, mais il faut y ajouter les frais annexes comme les notes de restaurant, les séminaires à l’étranger dans des hôtels cinq étoiles, avec au besoin des vols en classe « business »).
Suite à une enquête réalisée par le Sénat en novembre 2024, beaucoup « d’agences » n’ont pas été capables de dire à quoi elles servaient, ni quel était le fruit de leurs cogitations. Il a été établi que 36 d’entre elles n’avaient même pas organisé de réunion en interne, ce qui n’avait empêché la rémunération du président et de son comité directorial.
Pour une majorité de ces « structures » censées mobiliser les meilleurs experts du pays, aucun rapport rendu public, aucune préconisation exploitable ne ressort de leurs « travaux ».
Ils ne font même pas l’effort de demander à ChatGPT de pondre un rapport – enrichi de centaines de références – sur la revitalisation des récifs de nos archipels du Pacifique Sud, ou l’impact de la réintroduction des castors dans la basse vallée du Rhône et ses affluents.
En réalité, vous l’avez compris, ces agences sont de gigantesque réservoirs d’emploi fictifs, certains grassement rémunérés (également désignés sous l’appellation « pantoufle dorée’) qui permettent d’assurer un train de vie confortable à des hauts fonctionnaires débarqués, et dont le fauteuil est offert à un très proche du pouvoir, à des élus « fidèles » mais boudés par les urnes, ou qui se sont « sacrifiés » sur l’autel des « logiques d’appareil » (les législatives du 7 juillet 2024 fourmillent d’exemples).
Ce genre de pratiques est inconcevable dans les pays scandinaves ou en Suisse, les investigations du DOGE aux Etats-Unis démontrent en revanche que c’était une pratique devenue massive et que cela a probablement englouti plusieurs centaines de milliards de dollars, et non quelques malheureuses dizaines de milliards d’euros comme en France.
Maintenant, rétro-calculons ce qu’ont pu coûter des centaines d’agences bidon qui n’ont jamais produit un seul rapport, sur des décennies ; cela pourrait commencer à représenter des sommes qui donnent le vertige.
Mais d’après les experts qui s’appuient sur les chiffres compilés par la Commission des finances (pas question de la supprimer, celle-là !) ou la Cour des comptes, la suppression des « pantoufles dorées », de centaines de réservoirs d’emplois plus ou moins fictifs, permettrait d’économiser 10 Mds€.
C’est loin de combler l’impasse des 60 Mds€ de recettes fiscales dont Bercy est reconnu responsable, mais au moins, ça compense le déficit du régime des retraites de la fonction publique.
Il semble préférable de verser – même à perte – une retraite décente à des personnes qui ont cotisé (certains qui vivront vieux toucheront certes plus que ce qu’ils ont versé) que des revenus indécents à des personnes qui ne travaillent pas, et se gavent de surcroît d’argent public.
