Guerre ou croissance : les deux exigent du crédit bon marché. À défaut, le capital politique s’érode vite. En confiant la Fed à Kevin Warsh, Donald Trump prend le risque de fragiliser la seule condition susceptible de soutenir l’économie avant les élections.
La grande nouvelle de vendredi a été la nomination de Kevin Warsh à la tête de la Fed. Associated Press rapporte :
« Le président Donald Trump a déclaré vendredi qu’il nommerait l’ancien responsable de la Réserve fédérale Kevin Warsh au poste de président de la Fed, une décision qui devrait entraîner des changements radicaux au sein de cette puissante institution et la rapprocher de la Maison Blanche. »
M. Warsh remplacera l’actuel président Jerome Powell à l’expiration de son mandat, en mai. Donald Trump avait choisi M. Powell pour diriger la Fed en 2017, mais cette année, il n’a cessé de le critiquer pour ne pas avoir abaissé les taux d’intérêt assez rapidement.
« Je connais Kevin depuis longtemps et je ne doute pas qu’il restera dans les annales comme l’un des GRANDS présidents de la Fed, peut-être même le meilleur », a déclaré Trump sur son réseau Truth Social. « Il est parfait pour ce rôle et ne vous décevra jamais. »
Warsh figurait bien sur la liste restreinte de candidats. Mais il semblait avoir peu de chances d’être choisi. Il a la réputation d’être un faucon de l’inflation, un profil a priori peu compatible avec le programme de taux bas défendu par Trump.
Alors pourquoi choisir Warsh ?
Karl Rove a posé une question similaire la semaine dernière :
« Trump essaie-t-il de perdre les élections de mi-mandat ? »
Ces deux interrogations suggèrent que le président américain n’a peut-être pas besoin d’ennemis : il se suffit à lui-même.
Mais changeons de sujet… Ici, au Nicaragua, les rumeurs vont bon train.
« C’est dans la presse, nous a confié un agent immobilier local. On dit que Daniel Ortega, le dictateur du Nicaragua, aurait reçu un appel des États-Unis. Marco Rubio lui aurait expliqué qu’il devait démissionner. Il a vu ce qui est arrivé à Maduro. Il ne souhaite pas connaître le même destin. »
Mais quel pays accepterait de l’accueillir ?
Prions pour les dictateurs déchus. Ils n’ont pas de comité d’aide aux dictateurs pour les secourir. Ils se font des ennemis. Puis, lorsqu’ils perdent le pouvoir, ces ennemis se retournent contre eux. Les États-Unis peuvent parfois leur accorder l’asile — mais seulement si la CIA les a soutenus pendant des années.
Nous avons également croisé un serpent corail samedi.
« Laissez-le tranquille », nous a conseillé un habitant de la zone. Nous avons aussi cherché conseil dans la Bible : « Il t’écrasera la tête, et tu lui blesseras le talon », dit la Genèse. Nous ne savions pas davantage ce que cela signifiait. Nous avons donc suivi notre instinct et l’avons tué avant que quelqu’un ne marche dessus.
Donald Trump peut, lui aussi, se révéler impénétrable.
Mais un président arrive au pouvoir avec un certain capital politique. C’est une ressource limitée. Il ne peut pas se permettre de la gaspiller. Il doit se concentrer sur les dossiers les plus importants — ceux qui satisfont le plus ses partisans, sans susciter une résistance excessive ni aliéner les indépendants. Il ne veut pas repousser trop d’électeurs « indécis » qui pourraient, autrement, se rallier à sa cause.
Alors, que fait Trump de son capital politique ? Combien d’Américains rêvaient, selon vous, d’envahir le Groenland ? Combien sont prêts à payer 100 % plus cher les importations en provenance du Canada ? Combien souhaitent voir les droits de douane menacés, imposés, modifiés, révisés, annulés, suspendus puis rétablis — bon gré mal gré, jour après jour — aux quatre coins du monde ? Combien veulent voir de jeunes femmes abattues par des hommes masqués prêts à tout, comme à Falloujah ? Combien souhaitent voir le président nier l’existence d’un « problème d’accessibilité financière », puis promettre d’y remédier ?
Tout cela constitue autant d’exemples de capital politique gaspillé.
Un homme avisé, vigilant et raisonnable n’aurait pas agi ainsi. Mais Trump n’est rien de tout cela. Certains se demandent même s’il est encore sain d’esprit. Nous n’en savons rien. Nous observons la politique américaine depuis plus d’un demi-siècle et n’avons jamais vu quelqu’un comme lui dépasser le stade des élections locales les plus folkloriques.
À la fin des années 1960, par exemple, Hunter Thompson mena une campagne « Freak Power ». Il se présenta d’abord pour devenir maire d’Aspen. Après cet échec, il brigua le poste de shérif, promettant alors de rebaptiser Aspen en « Fat City », de punir publiquement les trafiquants de drogue malhonnêtes et de « ruiner et chasser du pays les promoteurs immobiliers ». Il perdit et se suicida par la suite.
La nature nous a tous programmés pour nous adapter — pour changer notre façon de nous habiller… et, si nécessaire, nos opinions. Au début de la Seconde Guerre mondiale, on estime que 70 % des Allemands voyaient Hitler d’un œil favorable. À la fin du conflit, les enquêteurs peinaient à trouver une seule personne admettant avoir jamais soutenu les nazis.
Une chenille ne choisit pas de devenir papillon. Et les gens ne choisissent pas vraiment ce qu’ils pensent.
À ce stade, la seule chose qui pourrait sauver les républicains lors des élections de cette année serait soit une guerre — car les électeurs n’aiment pas changer de cheval en pleine course — soit une économie en plein essor. Les deux exigent un crédit bon marché.
Trump promet des largesses aux consommateurs, aux anciens combattants, aux jeunes familles, à l’industrie de l’armement et à bien d’autres. Mais si Warsh refuse de baisser les taux — ou pire, s’il les relève pour tenter de juguler l’inflation — l’emprise républicaine sur le Congrès pourrait bien se fissurer.
Trump a-t-il changé d’avis quant à la prise de contrôle de la Fed ? A-t-il commis une erreur ? Ou Warsh a-t-il opportunément ajusté ses convictions aux exigences du moment ?
MarketWatch avance cette lecture :
« Les références bellicistes de Warsh sont réelles. Son avenir belliciste, lui, ne l’est pas. Trump ne l’a pas choisi pour relever les taux et faire s’effondrer les marchés avant les élections de mi-mandat. Il l’a choisi pour donner l’apparence de la responsabilité, tout en faisant ce qu’on lui dira de faire. »
Ce matin, l’or affichait une baisse de 16 % par rapport à jeudi dernier. Une opportunité d’achat ? Peut-être…
