Scandales, conflits d’intérêts, enrichissement personnel : ce qui aurait autrefois déclenché une crise politique majeure semble désormais glisser sur l’opinion publique. Pour Bill Bonner, le problème dépasse Donald Trump : à mesure que l’empire américain s’alourdit, la corruption se banalise — jusqu’à devenir une simple composante du système.
« Si le Watergate se produisait aujourd’hui, l’affaire ferait les gros titres pendant douze heures. »
— J.D. Vance
Le vice-président parle ici de ce haussement d’épaules général, de cette manière dont les magouilles finissent par devenir « normales ». Elles ne sont plus qu’un élément parmi d’autres de la stratégie que Steve Bannon appelait « flood the zone » : saturer l’espace public d’informations, d’affaires et de polémiques, jusqu’à ce que les électeurs n’aient plus le temps de réfléchir, ni même de réagir.
Et cela semble fonctionner. Les sondages montrent que les Américains ne sont plus vraiment indignés ; ils décrochent.
Trump est président. C’est le Grand Chef, l’homme le plus puissant du monde. Pourtant, les enquêtes montrent que les gens sont de moins en moins enclins à lui accorder leur attention.
Il est celui qui aurait dû agir… qui aurait pu agir… et qui ne l’a pas fait.
On le qualifiera de « conservateur » et on lui fera porter la responsabilité lorsque des socialistes encore plus farfelus, à la Mamdani, finiront par être élus.
Tous les présidents américains de ce siècle ont été catastrophiques. Chacun d’eux a graissé un peu plus la pente, accélérant la descente des États-Unis comme une luge lancée à pleine vitesse. Tous ont dépensé sans compter. Tous ont commis des crimes de guerre. Tous se sont inclinés devant les grands lobbies et ont obéi aux injonctions de l’élite de l’État profond.
Et, dans l’ensemble, avec le soutien du public.
Mais aucun dirigeant américain, passé ou présent, n’a fait tout cela avec le même aplomb, la même chutzpah et le même culot que Donald J. Trump.
Donald Trump a pris possession de la Maison-Blanche en 2017. Depuis, la dette américaine a pratiquement doublé. Environ 8 000 milliards de dollars supplémentaires sont arrivés pendant la frénésie dépensière de Joe Biden. Mais, jusqu’à présent, la facture imputable à Trump atteint 12 000 milliards de dollars — davantage que sous n’importe quel président avant lui.
Tant de dette nouvelle que la bombe est désormais larguée. On ne peut plus la rappeler. On ne peut plus la désamorcer. Elle finira par toucher le sol dans une explosion de combines, de faillites et d’inflation.
Sur le plan militaire, on ne peut pas vraiment dire que Trump soit pire, par exemple, que George W. Bush.
Mais Bush, lui, restait dans les limites d’une fraude encore largement acceptable : il avait assemblé une coalition internationale pour attaquer l’Irak, avec la bénédiction des institutions occidentales les plus donneuses de leçons et l’approbation de tout ce que le monde comptait de gens respectables et influents.
Au moins, celui qui met un masque pour braquer une banque reconnaît implicitement qu’il y a quelque chose de honteux dans ce qu’il fait.
Trump, lui, est plus brutalement honnête : il attaque l’Iran avec pour seul allié l’État voyou qu’est Israël – au mépris de l’opinion mondiale, des conventions de Genève et du bon sens.
Mais là où Trump dépasse vraiment de la tête et des épaules tous ses prédécesseurs, jusqu’à Warren Harding, c’est dans la corruption. Il est, de très loin, le président le plus corrompu que les États-Unis aient jamais connu.
Harding avait présidé au scandale du Teapot Dome. Et des gens étaient allés en prison pour cela… preuve de tout ce qui s’est perdu depuis en matière d’exigence morale.
Mais Harding n’était pas celui qui profitait directement de l’affaire ; rien n’indique qu’il en ait tiré un bénéfice personnel.
Bush et Obama furent eux aussi des catastrophes, mais aucun des deux ne tira grand profit personnel de son passage à la Maison-Blanche. Un contrat d’édition ici, quelques conférences rémunérées là, quelques millions de dollars peut-être ; à peine de quoi en parler.
Avec Joe Biden, la corruption est passée à la vitesse supérieure.
Rappelons la théorie.
À mesure qu’un empire devient plus coûteux, moins productif et plus lourd à administrer, la croissance ralentit et la corruption accélère. C’est comme si les crapules voyaient le navire sombrer et décidaient de le piller avant qu’il ne coule.
Cela ne signifie pas que l’équipe Biden était particulièrement maléfique ou cupide.
Un bébé hyène est une petite créature adorable ; ce n’est pas sa faute s’il devient ensuite un prédateur laid et meurtrier.
La corruption est un symptôme, pas une cause. Elle apparaît lorsque les stratégies gagnant-gagnant cessent d’être payantes. Les ambitieux se tournent alors vers le gagnant-perdant.
D’abord, ils augmentent le niveau général de tromperie — concentrant leurs efforts, comme Willie Sutton, là où se trouve l’argent. Ils créent par exemple des hedge funds où, pile, ils gagnent… et face, vous perdez. Ou bien ils changent les règles afin d’empocher les bénéfices lorsque les cours montent, tout en obtenant un « sauvetage » des autorités fédérales lorsqu’ils baissent.
La « famille criminelle » Biden a obtenu son argent douteux de plusieurs façons.
Hunter, le fils du président, a touché 4 millions de dollars pour aider à diriger une entreprise énergétique ukrainienne. Il ne parlait pas un mot d’ukrainien et ne connaissait rien à l’énergie. Il a reçu 2,6 millions de dollars supplémentaires d’entreprises chinoises, en échange de services dont la nature reste inconnue. Il ne parlait pas chinois non plus.
En revanche, il maîtrisait parfaitement l’art de l’embrouille.
Il a vendu pour 1,5 million de dollars de tableaux.
Et son oncle, Jim Biden, a reçu 500 000 dollars de partenaires commerciaux chinois de Hunter… là encore, sans raison clairement identifiable.
Des pratiques corrompues ? La plupart des gens diraient que oui. Mais ce n’était encore que de la petite ligue. En matière de magouilles, Trump joue au Super Bowl.
L’activité crypto de Trump aurait rapporté environ 1,4 milliard de dollars.
L’avion offert par le Qatar valait 1,1 milliard.
Le fonds de Jared Kushner a attiré 5,4 milliards de dollars.
La vente d’informations anticipées concernant les publications de Trump sur Truth Social aurait une valeur estimée à 1,2 milliard.
Trump aurait encaissé 10 millions de dollars grâce à la vente de grâces présidentielles. Reuters écrivait que « presque toutes les décisions de clémence » étaient liées à des paiements.
Melania a reçu 28 millions de dollars pour son documentaire ; celui-ci n’a rapporté que 16 millions.
Donald Jr. et Eric ont conclu de juteux accords avec des entreprises de défense, alors qu’aucun des deux ne connaît quoi que ce soit à l’armement. Le Financial Times :
« Un fabricant de drones basé en Floride et lié financièrement à Donald Trump Jr. vient de décrocher le plus gros contrat de son histoire avec le Pentagone, alors que l’armée américaine cherche à accélérer ses achats de drones produits sur le territoire national. L’entreprise Unusual Machines, dans laquelle Trump Jr. détient une participation valorisée à environ 4 millions de dollars, a annoncé qu’elle fournirait 3 500 moteurs de drones à l’armée américaine. »
Ce ne sont là que différentes formes de trafic d’influence.
Mais il y a également quelque 13 milliards de dollars de pétrole vénézuélien saisi par les États-Unis. Personne ne semble savoir où il se trouve, mais la rumeur veut qu’il soit sous le contrôle de Trump.
En tant que président, Trump gagne environ 200 dollars de l’heure. Mais Ralph Nader estime que ses activités parallèles lui ont rapporté 1,1 million de dollars de l’heure au cours des douze premiers mois de son second mandat :
« Oui, 1,1 million de dollars de l’heure, sur la base d’une semaine de travail de 40 heures pendant un an. Et souvenez-vous : Trump consacre énormément de temps à ses campagnes de vengeance, au golf et à ses siestes — si bien qu’une semaine de 40 heures constitue déjà une estimation généreuse. »
Pas mal, comme travail, quand on peut l’obtenir.
Et cela fait passer la corruption à un tout autre niveau.
À côté, Joe Biden ressemblait à un simple voleur à l’étalage quittant en courant un centre commercial avec une paire de Nike sous le bras.
L’indice de perception de la corruption classe les pays du monde selon leur niveau de corruption perçue. Sans surprise, le Soudan du Sud, la Somalie et le Venezuela figurent parmi les plus corrompus. À l’autre extrémité du classement se trouvent le Danemark, Singapour et la Nouvelle-Zélande.
Et les États-Unis ?
Les États-Unis (64) poursuivent leur recul et enregistrent leur plus mauvais score depuis la création de l’indice.
Quelqu’un est-il encore scandalisé ?
Non.
Nous avons dépassé ce stade.
Le Watergate a mis deux ans à se déployer.
Aujourd’hui, le pays ne tient même plus une après-midi.
