La Chronique Agora

Le contrat social européen se fissure

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European union flag on cracked wall. EU symbol with signs of destruction. Broken flag of European alliance. EU stars on cracked surface. Metaphor of split between EU countries. Problems, crisis

Pendant des décennies, l’Europe a financé la paix sociale à crédit, promettant toujours plus de prestations à des populations vieillissantes. Mais la croissance ralentit et les jeunes générations découvrent qu’elles devront régler la facture. Dans ce climat de défiance, l’immigration devient le point de fixation de toutes les colères — et le terrain idéal pour une droite et une gauche qui, derrière leurs différences, réclament toujours davantage de pouvoir.

« Ce qu’ils font en matière d’immigration est une catastrophe. » — Donald Trump, à propos du Vieux Continent

Qu’est-ce qui ne va pas en Europe ?

The Conversation :

« Lors des récentes élections locales au Royaume-Uni et en Australie, le populisme de droite a semblé progresser. Dans un grand pays européen, sa réussite la plus spectaculaire est celle de Fratelli d’Italia, le parti de Giorgia Meloni. Arrivé en tête des élections de 2022, il dirige aujourd’hui une coalition gouvernementale de droite. »

Le succès de la « droite » tient en grande partie à l’échec de la « gauche ». Mais disons-le d’emblée : à nos yeux, les deux ailes battent dans une sinistre harmonie… et se dirigent vers la même décharge municipale.

Les citoyens attendent de l’État qu’il leur procure ce qu’ils ne pourraient obtenir seuls. Les pouvoirs publics peuvent faire respecter des règles raisonnables sur le territoire et assurer une protection convenable contre les menaces extérieures. Mais, contrairement à ce qu’ils prétendent, ils ne peuvent pas enrichir la population.

C’est là que les Européens semblent avoir fait fausse route. La protection militaire paraissait superflue : soit elle était assurée par les États-Unis, soit elle ne semblait pas mériter que l’on y consacre de l’argent.

Les responsables politiques européens se sont donc retrouvés à administrer ce qui était, en réalité, une immense caisse d’assurance obligatoire. Les citoyens versent de l’argent au système. L’État prélève sa part, puis redistribue le reste selon sa propre conception de ce que chacun mérite de recevoir. Logements sociaux, soins médicaux, études supérieures… tout est offert « gratuitement » à ceux-là mêmes qui le financent.

Pour donner aux électeurs l’impression qu’ils en ont pour leur argent, une solution consiste à leur emprunter les sommes nécessaires. Les investisseurs considèrent les obligations d’État comme des actifs, et non comme des dettes. Quant aux contribuables, ils ne voient pas l’emprunt public pour ce qu’il est réellement : une forme d’impôt différé.

Les gouvernements peuvent ainsi distribuer davantage de « prestations » que les contribuables ne pensent en financer.

C’est notamment pour cette raison que, sous l’impulsion des États-Unis, le monde est passé en 1971 à un système de monnaie factice : celui-ci permet aux autorités d’emprunter et « d’imprimer » toujours plus d’argent.

Lors de la création de l’Union européenne, les États membres ont accepté de limiter leurs déficits à 3 % du PIB. Mais la zone euro dépasse ce plafond depuis des années. Les États-Unis aussi. Le déficit américain approche désormais 6 % du PIB.

Tant que le PIB, la productivité, la dette et la population augmentaient, le système semblait fonctionner à peu près correctement. Les citoyens versaient un dollar, en récupéraient deux… et votaient pour en recevoir davantage.

Mais aujourd’hui, la croissance ralentit, les berceaux restent vides et le coût de la dette accumulée augmente.

Les jeunes générations, arrivées trop tard à la fête de Ponzi, n’ont même plus droit au dessert : elles doivent simplement faire la vaisselle. Leurs impôts servent à financer les dépenses courantes, les retraites et les soins médicaux de leurs aînés, ainsi que les intérêts d’une dette qui a permis d’accorder à ces mêmes vieux davantage de « prestations » qu’ils n’en avaient financé.

C’est une escroquerie déguisée en contrat social.

Les citoyens ne comprennent pas nécessairement ce qui se passe, mais ils le ressentent. Et cela ne leur plaît pas. Ils cherchent donc des solutions de remplacement, ainsi que des responsables à accuser. La « droite dure » comme la « gauche délirante » leur désignent des cibles.

Aux États-Unis comme en Europe, les deux options se ressemblent. Aucune n’est honnête. Aucune n’est efficace. Toutes deux transfèrent toujours plus de pouvoir et d’argent aux autorités politiques.

Les électeurs choisissent leur poison : Mamdani ou Trump. L’État-providence ou la guerre. Voire les deux à la fois !

L’immigration est l’un des éléments les plus inflammables de cette « conversation ». Elle concentre les vapeurs de l’échec matériel pour en tirer un puissant breuvage de ressentiment distillé.

La « gauche », dans l’ensemble, souhaite accueillir davantage de nouveaux arrivants. Elle pense que ceux-ci voteront en faveur de ses largesses et contribueront à maintenir à flot ses systèmes de santé et de retraite fondés sur une logique de Ponzi.

La « droite », elle, veut se débarrasser des immigrés, convaincue qu’ils prennent nos emplois, épuisent les recettes fiscales et dégradent notre qualité de vie.

Pete Hegseth a abordé ces questions lorsqu’il a assisté, cette année, aux cérémonies du 82e anniversaire du débarquement en Normandie.

The iPINIONS :

« Samedi, lors de la cérémonie marquant le 82e anniversaire du Débarquement, Pete Hegseth a averti que les plages européennes étaient désormais ‘prises d’assaut par d’autres idéologies dangereuses’. Il a évoqué des hommes arrivant par bateau sur les côtes espagnoles, italiennes, grecques et bulgares, avant d’appeler les Européens à réagir face à cette ‘invasion’. »

Des événements récents, au cours desquels des immigrés ont commis des crimes, souvent filmés, ont également échauffé les populations locales. À Belfast et à Dublin, des foules en colère en sont venues à attaquer tous ceux qui semblaient ne pas être du pays.

Et beaucoup pensent que l’enjeu dépasse largement la criminalité ou l’argent. Ils estiment que leur culture, voire la « civilisation occidentale » elle-même, vacille au bord du précipice.

Ce discours est évidemment familier au public américain. L’équipe de Trump a qualifié les immigrés de « violeurs et d’assassins ». Responsables politiques et influenceurs reprennent une image très ancienne, mais toujours aussi sordide : la bête sombre, le sang dégoulinant de ses crocs, serrant dans ses bras une pauvre jeune femme blanche qu’elle s’apprête à souiller.

Ils sont « les pires parmi les pires », affirme Donald Trump.

Les statistiques n’en apportent guère la preuve. Mais elles ne suffisent pas à arrêter une foule déchaînée.

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