La Chronique Agora

Comment Berlin a oublié les crimes des Soviétiques

Thaelmann-Park - Ernst Thaelmann - communisme - Allemagne

Statue de l'ancien leader communiste Ernst Thaelmann à Berlin

On parle beaucoup du « devoir de mémoire » mais il semble qu’à Berlin il ne s’applique pas au communisme.

« Berlin, c’est le testicule de l’Occident. Chaque fois que je veux faire hurler l’Occident, j’appuie sur Berlin ».

— Nikita Khrouchtchev, 1962

« On pourrait penser qu’ils auraient retenu la leçon. Ils ont vécu avec le communisme pendant 45 ans. Ils devraient savoir ce que c’est ».

Nous sommes à Berlin pour une conférence. Un ami expliquait pourquoi le progrès, dans les affaires humaines, se fait si lentement… lorsqu’il se fait. Nous y reviendrons dans une minute.

D’abord, nous notons que la roue continue de tourner… et de moudre. En dépit du bluff et des boniments sur la spectaculaire économie américaine, les taux d’intérêt continuent de grimper… sapant toute la structure de capital factice.

Le chiffre le plus important du capitalisme moderne

Cette semaine, pour la première fois en sept ans, le bon du Trésor US à 10 ans a dépassé un rendement de 3,25%. C’est probablement le chiffre le plus important du capitalisme moderne. Il nous dit le prix de l’argent « sans risque »… c’est-à-dire le coût de l’emprunt ou, de manière plus abstraite, le prix de l’avenir.

Plus vous empruntez aujourd’hui, plus vous devrez mobiliser de votre temps à l’avenir pour rembourser. En fin de compte, vous vous retrouvez à court de temps… et de chance.

Pour mettre cela en termes plus concrets : plus votre crédit immobilier est cher… plus longtemps vous devrez travailler pour payer votre maison. CNBC nous dit ce qu’il en est aux Etats-Unis :

« Le taux fixe moyen pour un prêt de 30 ans était juste au-dessous des 4% il y a un an, après être passé sous les 3,5% en 2016. Il vient de franchir le seuil des 5%, selon Mortgage News Daily. C’est la première fois en huit ans, et la hausse pourrait se poursuivre. 5% est peut-être historiquement bon marché, mais des taux plus élevés, combinés aux autres défis qui attendent le marché immobilier actuel, pourraient pousser les acheteurs potentiels à reculer.

 ‘5% est un seuil émotionnel, dans la mesure où il effraie les acheteurs potentiels qui se demandent jusqu’où les taux pourraient encore grimper’, déclare Matthew Graham, chef de l’exploitation chez MND ».

[NDLR : L’immobilier américain peut vous rapporter des gains actuellement… en toute simplicité… et sans acheter d’appartement en Floride : cliquez ici pour en savoir plus.]

Selon les haussiers, les taux grimpent parce que l’économie US est en pleine forme (les gens empruntent et dépensent parce qu’ils voient les choses s’améliorer). Peut-être. Mais nous n’en voyons pas la moindre preuve. Ce que nous voyons, c’est une expansion économique en fin de vie… un marché boursier haussier qui a dépassé sa date de péremption… et une gigantesque pile de dettes prête à nous tomber sur la tête si les taux montent. Bref, nous voyons une économie en plein délire et qui va bientôt se retrouver à court de temps.

Mais abandonnons tout cela pour nous intéresser à Berlin.

Les morceaux du Mur mieux vendus que les barbelés d’Auschwitz

« C’est presque incroyable », a continué notre ami. « Nous sommes allés voir Checkpoint Charlie et le mémorial de l’Holocauste. Il y a un gigantesque musée pour rappeler à quel point les nazis étaient affreux. Lorsqu’on en ressort, on n’a aucun doute qu’ils étaient abominables.

« Les Soviétiques et les communistes, en revanche, sont passés sous silence. Non seulement il n’y a pas la moindre référence à leurs crimes, mais il n’y a même pas un indice de ce qui se passait vraiment. On ne compare pas les communistes aux nazis… Apparemment, ils pensent que les nazis étaient le Mal, mais que les capitalistes et les communistes sont deux possibilités plus ou moins équivalentes.

« On peut acheter des morceaux du Mur et les ramener comme souvenir. Mais personne ne vend de bouts de fil de fer barbelé d’Auschwitz. Ce serait trop horrible.

« Sur l’ancienne frontière, on peut voir où les gens ont creusé des tunnels entre l’est et l’ouest. Nulle part on n’explique pourquoi ils creusaient ces tunnels ou ce qu’ils cherchaient à fuir.

« Au lieu de ça, on a l’impression que le Mur a été construit simplement pour séparer les différents systèmes — capitalisme et communisme –, évitant ainsi que les capitalistes ne viennent exploiter les communistes en leur achetant de la nourriture à des prix inférieurs. Je ne plaisante pas, c’est l’une des explications données.

« On peut voir aussi que les noms des rues sont restés les mêmes là-bas [à Berlin-Est]. Il y a toujours une Karl Marx Allee, avec sa statue. Il y a aussi d’autres statues de communistes. La seule qui ait été déboulonnée est une statue de Staline, abattue par les communistes eux-mêmes durant l’ère Khrouchtchev.

« En revanche, il n’y a pas de statues d’Hitler ou de Goering dans la partie ouest. Bien entendu, je ne dis pas qu’il faille en mettre. Ce sont des criminels. Mais les communistes l’étaient tout autant, voire pire. Et ce n’est pas reconnu.

Propagande et Guerre froide

« Ils se remémorent même le soulèvement spartakiste [une tentative d’imposer le communisme en Allemagne remontant à 1919] comme d’un geste dans la bonne direction.

« Lorsqu’ils ont réunifié le pays, ils voulaient tellement que ça marche qu’ils ont laissé les communistes au pouvoir à l’est, puis ont mis des milliards de dollars dans le logement et les allocations pour que tout le monde soit content. Vous savez ce qu’a dit Margaret Thatcher : ‘le problème avec le socialisme, c’est qu’on finit par se retrouver à court de l’argent des autres’.

« Bref, on y va… on voit ce qui semble être de beaux bâtiments et des quartiers prospères. Et on a l’impression que les communistes réussissaient aussi bien que les capitalistes.

« Ils ont même remis d’anciennes affiches de propagande datant de la Guerre froide, montrant des gens heureux… avec des voitures et plein de nourriture… à Berlin-Est. Les jeunes d’aujourd’hui y vont et croient que c’était vraiment comme ça.

« J’y étais à la fin des années 1980, et je peux vous dire que ça n’avait rien à voir. Les immeubles qu’ils ont rénovés étaient des trous à rats. La nourriture était épouvantable — quand il y en avait. Il y avait peu de voitures individuelles dans cette zone. Les gens voulaient si désespérément s’enfuir qu’ils risquaient leur vie. Et les gardes les abattaient s’ils le pouvaient.

« Le communisme a été un échec colossal… au plan moral comme au plan économique. Dommage que les gens oublient ».

 

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