La Chronique Agora

Bessent face au mur des taux

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Scott Bessent voudrait faire plier le marché obligataire et ramener les taux à la baisse. Mais les investisseurs ne se laissent pas si facilement manipuler. Et lorsque les marchés refusent d’obéir, Washington dispose toujours d’une autre arme : créer davantage de monnaie… puis, au besoin, passer à la force.

« L’intervention ultime, c’est notre armée. Et si nous devons y avoir recours, nous le ferons. » — Donald Trump

Voici Scott Bessent, le secrétaire au Trésor des États-Unis. Le New York Times titre :

« Bessent met en garde contre un ‘D-Day économique’ pour l’Iran… »

Le titre évoque des hommes déterminés, le visage grave, s’élançant au péril de leur vie pour tenter de changer le cours de l’Histoire.

Et Bessent pourrait bien réussir. Après tout, il s’entraîne déjà chez lui.

Le gouvernement américain dépense aujourd’hui près de 1,40 dollar pour chaque dollar qu’il perçoit réellement. Ce n’est pas exactement un signe de bonne santé. C’est plutôt le genre de chiffre qu’un médecin annonce à voix basse à une femme qui s’apprête à devenir veuve.

Bientôt, les moniteurs se mettront à sonner.

C’est alors que vous pourrez vous attendre à voir débarquer les barges de débarquement. Dans le New Jersey, sinon en Iran.

Hier, nous avons vu comment tout cela est censé fonctionner.

Normalement, et naturellement, un boom financé à crédit est suivi d’un krach. Les mauvaises créances — et les prix des actifs qui reposent sur elles — finissent par être réévaluées à la baisse.

Et puisque les prix des actifs se trouvent manifestement en territoire de bulle, c’est un krach que nous attendons. Pas un nouveau boom.

Les valeurs liées à l’IA ont déjà connu deux décrochages : l’un en janvier, l’autre en juin. À chaque fois, environ 1 000 milliards de dollars de capitalisation se sont évaporés.

Mais les investisseurs ont été dressés à « acheter le creux ». Ils ont suivi la consigne… et chaque baisse a été suivie d’un rebond.

Lorsque la véritable correction commencera, les rendements obligataires — et donc les taux d’intérêt — bondiront, du moins dans un premier temps.

Les taux d’intérêt sont des prix. C’est ce que vous payez pour utiliser l’argent de quelqu’un d’autre. Et plus longtemps vous utilisez cet argent, plus vous devez payer cher ce privilège.

Mais lorsque le monde financier commence à trembler de toutes parts, les prêteurs deviennent prudents.

Ils ne se préoccupent plus tellement du rendement sur leur argent. Ce qui les inquiète, c’est de récupérer leur argent.

C’est ce qui se produit lors d’un krach ou d’une dépression. Il y a des rebonds, mais ils ne durent pas. Et beaucoup de prêts ne sont jamais remboursés.

Certains des plus gros prêteurs disposent toutefois d’un pouvoir politique en plus de leur puissance financière.

Et c’est là que commence réellement notre histoire du jour.

Les plus grandes banques possèdent de fait la Réserve fédérale. Elles ont leurs hommes — économistes, banquiers, investisseurs — au sein de la Fed et de l’administration, où ils contribuent à décider quand prêter… et à qui.

Lorsque le krach arrive, ces initiés ont tout intérêt à empêcher l’effondrement de l’ensemble du système.

Que les petites banques, les caisses d’épargne ou les sociétés de crédit mutuel fassent faillite, ce n’est pas très grave.

Le simple fantassin du capitalisme — le type de l’Ohio qui a investi dans un petit centre commercial — peut finir dans une tombe anonyme.

Mais Goldman Sachs et J.P. Morgan, elles, sont évacuées d’urgence.

Elles sont too big to fail, trop grosses pour faire faillite.

Autrement dit, elles sont suffisamment puissantes pour exiger d’être renflouées lorsqu’elles en ont besoin.

Et les autorités fédérales disposent d’une arme que personne d’autre ne possède : la petite planche à billets au sous-sol. Elles peuvent fabriquer de faux dollars sans finir en prison.

Lorsque la situation devient critique — quand vous avez, pour ainsi dire, les parties sensibles coincées dans l’essoreuse — les autorités peuvent « imprimer » de l’argent supplémentaire et vous le prêter… ou se le prêter à elles-mêmes.

Le prix du crédit obéit lui aussi à la loi de l’offre et de la demande.

Lorsque le gouvernement fédéral débarque donc avec des milliers de milliards de dollars fraîchement créés, les taux d’intérêt baissent.

Scott Bessent tâtonne aujourd’hui dans le noir à la recherche du bon levier.

Il veut paralyser l’économie iranienne… tout en faisant danser l’économie américaine.

Il a d’abord annoncé qu’il rachèterait des bons du Trésor américain à 30 ans. Cette demande supplémentaire devait faire monter le prix des obligations et, par conséquent, faire baisser leurs rendements.

Mais l’intervention était trop faible… et surtout trop transparente.

Les taux ont baissé brièvement, puis sont repartis à la hausse.

Le problème le plus évident était qu’il fallait bien trouver quelque part l’argent nécessaire pour acheter ces obligations.

Tout le monde savait ce que cela impliquait : émettre davantage de dette à court terme afin de racheter de la dette à long terme.

Or, plus l’échéance est courte, plus l’intervention est inflationniste. Et le titre de dette à l’échéance la plus courte qui soit, c’est le dollar lui-même : une « reconnaissance de dette » immédiatement exigible. Pas besoin d’attendre avant de pouvoir s’en servir pour acheter quelque chose.

Un peu moins immédiats, mais produisant des effets inflationnistes comparables — avec simplement un certain décalage — viennent les titres fédéraux au jour le jour, à 30 jours, à 90 jours, etc.

Autant imprimer directement des dollars.

Tout le monde a donc compris que Bessent proposait en réalité de faciliter l’accès au crédit immobilier… en rendant plus coûteux le crédit à la consommation.

Les investisseurs obligataires n’ont guère apprécié.

Ils ont vu ce qui se dessinait à l’horizon. Et le message était écrit en toutes lettres : inflation en vue.

Ils ont vendu leurs obligations.

Les rendements sont remontés.

Bessent a alors essayé un autre levier.

Il a fait semblant de pouvoir puiser l’argent nécessaire au rachat des obligations longues directement dans le compte courant du gouvernement fédéral.

Mais cela n’avait guère de sens.

Le compte général du Trésor contient actuellement un peu moins de 1 000 milliards de dollars. Mais cet argent sert précisément à payer les dépenses de l’État.

Et aujourd’hui, les recettes sont très inférieures aux dépenses.

Donc, si vous retirez de l’argent de cette caisse pour bricoler le marché obligataire, il faut quand même trouver de nouveaux fonds quelque part.

Et la seule solution — même si les mécanismes exacts peuvent varier — consiste à les « imprimer ».

Pour l’instant, Bessent essaie simplement de manipuler les obligations à long terme afin de faire baisser les taux hypothécaires à l’approche des élections de novembre.

Rien de très extraordinaire : il s’agit simplement de tromper les électeurs de la manière habituelle.

Mais lorsque le véritable krach arrivera… vous verrez alors Scott Bessent avec des perles de sueur sur le front. Peut-être même avec un léger bégaiement.

Il annoncera un nouveau débarquement façon D-Day…

Et peut-être que, tel MacArthur débarquant à Luçon en 1945, il posera le pied sur la plage d’Atlantic City.

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