La Chronique Agora

Warren Buffett : génial ou chanceux ?

banques centrales

Vous voulez connaître le secret du succès ? John D. Rockefeller l’a révélé il y a un siècle. « Allez tôt au bureau. Travaillez tard. Trouvez du pétrole ».

« Incroyable toute la chance que j’ai quand je travaille 14 heures par jour », a dit un célèbre accro du boulot.

Mais beaucoup de gens qui travaillent 14 heures ne sont pas chanceux. Juste fatigués. Ils forent des puits qui restent secs. Ils se portent candidats à la présidentielle… et perdent. Ils font des recherches soigneuses sur le marché boursier… et leurs actions baissent quand même.

Quel est le vrai secret ? Napoléon le savait. Il disait qu’il ne voulait pas des généraux intelligents — il voulait des généraux chanceux.

Ce qui ne veut pas dire que la chance fait tout. Il faut être prêt… et digne d’elle. Comment ça ? En travaillant dur. Pour tout, il y a certaines exigences élémentaires. Si vous voulez être plombier, il faut connaître les tuyaux. Si vous voulez être économiste, il faut apprendre le charabia. Et si vous voulez gagner un Prix Nobel, il faut faire quelque chose que le comité Nobel reconnaisse.

Toutes ces choses sont plus ou moins sous votre contrôle. Si vous voulez avoir de la chance dans votre carrière ou vos investissements, vous devez installer les fondations ; vous devez y mettre de l’huile de coude.

Mais ensuite… c’est une question de chance.

▪ Génie… ou bon timing ?
Tout le monde sait que Warren Buffett est un génie. Mais il y a beaucoup de génies dans le monde de l’investissement. Et tous ne sont pas Warren Buffett. Où est la différence ? Vous avez compris — la chance !

Il achetait des valeurs solides de manière intelligente au milieu du plus gros boom financier de l’histoire. Bloomberg nous en dit plus :

« Bill Gross, gestionnaire du plus grand fonds d’investissement au monde, a déclaré que les investisseurs les plus renommés, de Warren Buffett à George Soros, pourraient devoir leur réputation à une époque favorable pour la gestion financière, alors que l’expansion du crédit nourrissait la hausse des prix des actifs sur tous les marchés. Le véritable test pour les investisseurs n’est pas la manière dont ils ont négocié les cycles boursiers durant cette époque, mais de savoir s’ils peuvent s’adapter aux changements historiques qui se produisent sur un demi-siècle ou plus, a écrit Gross, âgé de 68 ans, dans des perspectives d’investissement intitulées ‘Un homme dans le miroir’, d’après une chanson de Michael Jackson ».

« Nous tous, même des vieux de la vieille comme Buffett, Soros, Fuss, oui — moi aussi –, avons fait nos armes durant ce qui était peut-être la période la plus avantageuse, l’époque la plus attractive, qu’un investisseur puisse connaître », a écrit Gross. « Peut-être était-ce l’époque qui a fait l’homme, plutôt que l’homme qui a fait l’époque ».

Ce qui était unique avec cette ère — 1980-2007 — c’est qu’il s’agissait de l’étape finale d’une gigantesque expansion de crédit du secteur privé. Il y avait de nombreuses raisons à ce phénomène — par lequel la dette américaine totale est passée de 150% du PIB à plus de 350%. La raison principale, c’est que les Etats-Unis avaient de la chance. Ils avaient la devise de réserve mondiale. Les gens utilisaient les dollars comme ils utilisaient l’or autrefois. Ils pensaient pouvoir lui faire confiance. De sorte que lorsque les Etats-Unis envoyaient un dollar à l’étranger, les étrangers le prenaient volontiers… et le gardaient. C’est toujours le cas.

Cette gigantesque expansion du crédit signifiait que les consommateurs pouvaient acheter des choses sans entièrement les payer. Les étrangers acceptaient leurs dollars… et les conservaient. Ils ne demandaient jamais rien en retour. Cela signifiait aussi que les entreprises aux Etats-Unis pouvaient gagner plus sans augmenter leurs coûts de main-d’oeuvre. Les gens dépensaient de l’argent qu’ils n’avaient jamais gagné… c’est-à-dire de l’argent que les entreprises américaines ne versaient pas en salaires. Ils vivaient à crédit — sur des revenus censés se produire dans le futur. En d’autres termes, les revenus des entreprises étaient plus élevés que d’habitude… et leurs coûts plus bas.

▪ La roue tourne…
C’était une excellente époque pour être investisseur. Consommateur, aussi. Nous avions tous de la chance.

Mais la chance, ça s’épuise. Depuis cinq ans maintenant, le secteur privé américain essaie de se désendetter — tandis que le secteur public insiste pour qu’il emprunte plus encore. Résultat : stagnation économique. Les consommateurs américains ont aussi vu leurs salaires et revenus chuter pendant plus de 10 ans. Et les investisseurs américains — menés par Warren Buffett — ont été incapables de rester à niveau. Si l’on tient compte de l’inflation (quelle que soit la manière dont on la calcule), leurs investissements ne sont toujours pas revenus à leurs niveaux de 2000.

A présent, le monde a changé… Presque à l’opposé de 1980, quand le grand boom a commencé. Aujourd’hui, les actions sont chères, et non bon marché comme en 1980. Les taux d’intérêt sont bas, et non élevés comme en 1980. La dette totale tourne aux alentours des 350% du PIB, et non 150% comme en 1980.

Vous espérez gagner beaucoup d’argent avec les actions ou les obligations actuellement ?

Bonne chance !

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