À force d’élargir les pouvoirs de la Maison-Blanche, Donald Trump pourrait avoir préparé l’arme que ses adversaires utiliseront demain contre lui. La revanche démocrate s’annonce moins comme un retour à la vertu que comme une nouvelle étape dans la dérive impériale américaine.
« La vengeance m’appartient, et la rétribution, au temps que leur pied glissera; car le jour de leur calamité est près, et les choses qui leur doivent arriver se hâtent. » — Deutéronome
Notre analyse Dan Denning observe comment la Virginie est passée du statut d’État souverain à celui d’État profond.
« De 2006 à 2014, Abigail Spanberger fut officier de la CIA. Elle fut élue au Congrès en 2018. Soudain, les démocrates étaient devenus le parti de la sécurité nationale… après avoir pris le contrôle de l’appareil du renseignement sous les années Obama.
L’année dernière, elle devient gouverneure de Virginie. Les républicains hostiles à Trump sont restés chez eux. Une fois installée au pouvoir, la gouverneure et ses proches ont présenté une nouvelle carte électorale, élaborée entre deux recensements, qui ferait passer la délégation de Virginie à la Chambre d’un rapport de forces de 6 contre 5 à une domination démocrate de 10 contre 1… Tous les districts prenant désormais racine à Arlington et Alexandria, là où vit une grande partie des fonctionnaires fédéraux les mieux payés.
La nouvelle carte a été adoptée par référendum, à 51 % contre 49 %. Un juge a déclaré ce référendum inconstitutionnel et invalide. L’affaire est désormais devant la Cour suprême de Virginie. Vive la démocratie ! »
Il faut sans doute replacer tout cela dans son contexte. En résumé : qui sème le vent récolte la tempête… et finit par recevoir un coup de pied au derrière.
Les républicains avaient cherché à se donner un avantage en redessinant les cartes électorales en Floride, au Texas et en Caroline du Nord. Leur pied a dû glisser ; Mme Spanberger a démontré que les deux partis pouvaient jouer à ce petit jeu.
Donald Trump est allé plus loin encore, en tentant d’étendre le pouvoir fédéral afin de contrôler les élections. La Constitution ne lui offre absolument aucune justification pour cela. Les élections relèvent des États. Le gouvernement fédéral n’a rien à y faire.
Trump a ignoré la Constitution, proposant la création d’une base nationale des électeurs — qui serait gérée par la Poste.
Mais c’est là que se niche la revanche démocrate. Trump a considérablement accru le pouvoir de la Maison-Blanche. Au lieu d’attendre que le Congrès discute, débatte et vote une nouvelle loi, il a signé des « décrets présidentiels » — dont beaucoup étaient d’une importance colossale. Certains nous ont entraînés dans des guerres. D’autres ont coûté des milliers de milliards de dollars. D’autres encore ont bouleversé le commerce mondial. Et désormais, celui ou celle qui lui succédera disposera d’un arsenal bien plus fourni que ses prédécesseurs.
Une victoire démocrate à la Chambre, en novembre, ferait de Donald Trump un canard boiteux. Alors, les commissions parlementaires s’en donneront à cœur joie… surtout à mesure que Trump entrera dans sa huitième décennie, le faisant passer pour un vieil imbécile corrompu et vacillant. Et les choses pourraient empirer. Un gigantesque retour de bâton anti-Trump en 2028 pourrait déboucher sur un grand raz-de-marée démocrate.
Trump pourrait encore se sauver lui-même — et sauver son parti — en se retirant dès maintenant, en obtenant une forme de grâce, et en laissant un personnage plus ordinaire, Vance, ramener un peu de calme et de stabilité dans le pays. Celui-ci aurait alors peut-être de bonnes chances de l’emporter en 2028.
L’autre scénario — une résurgence démocrate — serait l’heure des règlements de comptes. Le temps de la revanche. Des représailles. Des démocrates vindicatifs pourraient brûler d’envie d’effacer toutes les traces de l’homme orange.
Mais voici le point essentiel : ils utiliseront leur nouveau pouvoir comme Trump a utilisé le sien — pour punir leurs ennemis, faire avancer leurs marottes et renforcer leur propre autorité. N’attendez pas plus qu’un retour symbolique des questions trans ou d’inclusivité. Ils ont compris qu’elles étaient largement impopulaires, y compris auprès de groupes traditionnellement démocrates. Et elles ne sont pas essentielles pour conquérir et exercer le pouvoir.
À la place, nos nouveaux Césars suivront les traces du précédent. Trump a plaidé pour des baisses d’impôts sur les pourboires, la Sécurité sociale, les anciens combattants et les heures supplémentaires. Il a promis des « chèques de dividendes », des « dividendes pour les guerriers », des aides de relance, des remboursements d’impôts… Combien de temps faudra-t-il aux démocrates pour ajouter un nouveau revenu universel de base à la liste des largesses ?
Et combien de temps leur faudra-t-il pour approuver de gros budgets en faveur des industries clés de l’État profond — le Pentagone et les forces de sécurité intérieure — ainsi que des hausses de dépenses pour la Sécurité sociale, Medicare, le logement abordable et les jardins d’enfants ?
Une chose est sûre : le déclin de l’empire dégénéré se poursuivra.
