La Chronique Agora

Un seul pari peut ruiner des années d’épargne

Trouver le placement qui fera fortune ou effacera les pertes passées : la tentation du « gros coup » peut coûter cher. Surtout lorsqu’on y engage une somme qu’on ne peut pas se permettre de perdre. Deux règles simples permettent pourtant d’éviter qu’un mauvais pari ne compromette des années d’épargne.

L’un de mes films préférés est O Brother, des frères Coen. À mes yeux, George Clooney et John Goodman y tiennent leurs meilleurs rôles. Quant à John Turturro, excellent comme toujours, il ne déçoit pas.

Dans le film, les Soggy Bottom Boys interprètent « I Am a Man of Constant Sorrow » — littéralement, « Je suis un homme accablé de chagrin ». La chanson raconte les malheurs d’un homme qui semble incapable de s’attirer autre chose que des ennuis.

Elle m’est revenue à l’esprit récemment en pensant à un ami qui, lui, accumule les déboires financiers. Il prend sans cesse les mauvaises décisions.

Je ne parle pas d’acheter des valeurs technologiques alors qu’il aurait mieux valu miser sur la santé, ni de consacrer une part insuffisante de son portefeuille aux obligations.

Non, je parle de grosses erreurs. De celles qui coûtent très cher.

Il cherche toujours à faire fortune d’un seul coup. En 2018, j’avais déjà raconté une conversation au cours de laquelle il m’avait demandé de lui donner le nom d’une action qui remettrait ses finances à flot.

Autant vous le dire tout de suite : je ne lui ai pas donné ce qu’il demandait. Je lui ai plutôt expliqué les principes permettant de faire fructifier son argent prudemment.

Et, quelle surprise… il ne m’a pas écouté.

Un jour, il m’a confié avoir perdu 50 000 dollars dans un placement. Or il ne pouvait se permettre d’en perdre ne serait-ce qu’une partie. Il s’était lancé dans une obscure opération sur les cryptomonnaies à laquelle il ne comprenait rien. En quelques mois, il avait perdu toute sa mise.

J’étais sincèrement peiné pour lui. Mon ami est quelqu’un de bien. Quand il a de l’argent, il se montre généreux — probablement trop. Mais ses finances sont encore plus imprévisibles que les accès de colère de Joe Pesci dans ses films.

À maintes reprises, il a commis les deux mêmes erreurs majeures :

  1. Tout miser sur un seul placement.
  2. Investir plus qu’il ne pouvait se permettre de perdre.

Pour ma part, j’ai traversé les marchés baissiers sereinement en répartissant mes investissements entre différents secteurs et classes d’actifs. Ainsi, il y a toujours quelque chose qui tire son épingle du jeu. Même lorsque les actions chutent fortement, mes placements dans les métaux précieux et les produits à revenu fixe, comme les obligations, amortissent le choc. Je conserve aussi des liquidités pour acheter lorsque les cours ont baissé, profiter de prix plus intéressants et obtenir des rendements particulièrement élevés.

Si l’essentiel, voire la totalité, de votre argent se concentre sur une poignée de placements, vous réduisez vos chances de détenir un investissement gagnant. Vous risquez aussi de passer à côté d’un rebond important sur un marché, faute d’avoir eu les liquidités nécessaires pour acheter pendant la baisse.

N’investissez jamais plus que vous ne pouvez vous permettre de perdre, surtout dans un placement spéculatif. Il n’y a rien de mal à tenter une opération plus risquée, à condition de pouvoir en supporter l’échec. Mais vous ne devriez jamais vous retrouver dans une situation où un mauvais pari pourrait vous ruiner ou vous infliger une perte dont vous auriez du mal à vous relever.

Dans nos services Oxford, nous recommandons de ne pas consacrer plus de 4 % de son portefeuille à une seule position. Nous préconisons également souvent un stop suiveur de 25 % : un seuil de vente qui remonte avec le cours et se déclenche si celui-ci recule de 25 % par rapport au plus haut atteint. Cela laisse à la plupart des actions une marge suffisante pour absorber les fluctuations ordinaires du marché.

Si vous consacrez 4 % de votre portefeuille à une position et que votre stop vous fait sortir avec une perte de 25 %, la perte à l’échelle du portefeuille ne représente que 1 %.

Une baisse de 1 % se rattrape assez facilement. Une perte de 50 %, ou de 100 %, c’est une autre histoire.

Si votre portefeuille repose sur quelques placements seulement, commencez à le diversifier. L’un des grands avantages dont disposent les investisseurs aujourd’hui, c’est que les courtiers en ligne proposent généralement des transactions gratuites, ou presque. Répartir votre argent entre différents actifs ne vous coûtera donc pas grand-chose.

Enfin, si vous n’avez jamais vu O Brother — et même si vous l’avez déjà vu —, regardez-le cette semaine.

Ce sera le troisième meilleur conseil de cette chronique.

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