La Chronique Agora

La SuperBulle de tous les dangers

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Dette, valorisations, dépenses d’investissement… tout semble désormais gonflé à l’extrême. Pour Bill Bonner, l’IA n’est que le dernier étage d’un édifice bâti sur des dizaines de milliers de milliards de dollars de crédit et de richesse « papier ». Tant que les capitaux affluent, la bulle tient. Mais l’Histoire montre qu’un jour ou l’autre, l’épingle finit toujours par trouver sa cible.

L’épingle approche. Elle est patiente. Elle prendra son temps, mais pas indéfiniment. Dans toutes les bulles que nous connaissons — des tulipes aux chemins de fer, en passant par les crédits immobiliers de banlieue — elle n’a jamais manqué sa cible.

Mais lorsque nous tournons les yeux vers la bulle elle-même, nous sommes stupéfaits. Ce n’est pas une bulle ordinaire. C’est une SuperBulle… plus grosse, plus flamboyante et plus gonflée de gaz que toutes celles qui l’ont précédée.

Quand l’épingle s’en approchera vraiment, mieux vaudra se méfier.

Mais d’abord, un rayon de soleil en cette journée maussade. Bloomberg rapporte :

« Des parents paient 6 500 $ des consultants spécialisés dans les sororités d’universités américaines »

Vous vous inquiétez de voir l’IA mettre des gens au chômage ? Vous pouvez cesser de vous en faire. Ceux qui sont prêts à payer un consultant pour aider leur fille à choisir une sororité ne manqueront jamais d’imagination pour créer de nouveaux emplois.

La transition pourrait tout de même être rude. Et lorsque l’épingle et la bulle finiront par se rencontrer, la pauvre fille pourra toujours retourner vivre en résidence universitaire.

Entre l’élection de Barack Obama et aujourd’hui, les autorités fédérales ont ajouté environ 30 000 milliards de dollars de dette — soit les trois quarts du total. Une telle quantité de dette a été accumulée en dix-huit ans qu’une véritable correction ne pourrait désormais se produire sans provoquer faillites massives, chaos et inflation.

Ces 30 000 milliards de dollars — et nous ne parlons même pas ici du crédit du secteur privé — ont constitué une forme de « demande fantôme », surgie de nulle part. Personne n’a gagné cet argent. Personne ne l’a épargné.

Mais il a tout de même gonflé les ventes, les bénéfices, la valeur des actifs… et la SuperBulle.

En 2008, la dette fédérale américaine ne représentait encore que 10 000 milliards de dollars. Elle approche aujourd’hui les 40 000 milliards — quatre fois plus. Et son coût annuel en intérêts atteint 1 300 milliards de dollars. En 2008, cette charge était encore inférieure à 200 milliards… une fraction seulement de ce qu’elle représente aujourd’hui.

L’IA joue elle aussi un rôle important dans la SuperBulle.

De la même manière qu’Alan Greenspan anticipait autrefois un formidable gain de productivité grâce à Internet — ce qui lui donnait une bonne raison d’augmenter la masse monétaire — Kevin Warsh estime aujourd’hui que l’IA remplira ce rôle : « L’IA constituera une puissante force désinflationniste, en augmentant la productivité et en renforçant la compétitivité américaine. »

Pour l’instant, rien ne permet de le constater.

Comme Internet avant elle, l’IA se concentre sur l’industrie « papier » des travailleurs du savoir : idées, analyses, contrats, rapports, plans, programmes, divertissements.

Or, ce « papier » représente un coût… pas un actif ni une source de revenus.

Et si les leçons d’Internet restent valables, la machine produira encore davantage de papier, rendant les entreprises plus coûteuses, plus lentes… et exigeant trois réunions supplémentaires.

La semaine dernière, nous avons vu à quel point l’écosystème de l’IA était devenu incestueux.

Un dollar de spéculation peut apparaître comme un revenu à plusieurs endroits à la fois — faisant grimper la valeur des entreprises concernées.

Mais d’où venait ce dollar investi ?

Où avait-il été gagné ?

Quand avait-il été épargné ?

Peut-être de nulle part. Et peut-être jamais.

Comme la dette fédérale, il surgit de nulle part… du marché du crédit ou de la bulle elle-même.

Dans le cas d’Oracle, par exemple, l’entreprise consacre plus de 100 % de ses bénéfices à son pari sur l’IA.

D’autres spéculateurs puisent dans les plus-values réalisées ailleurs grâce à la bulle pour continuer à alimenter celle-ci.

Le Nasdaq a doublé au cours des quatre dernières années : il existe donc largement de quoi puiser.

Mais il s’agit de richesse de bulle, pas de richesse réelle.

La production effective, elle, n’augmente qu’environ deux fois moins vite que la Bourse. Myrmikan Research :

« Les hyperscalers, Nvidia et les trois fournisseurs américains de Nvidia représentent ensemble 29,7 % du S&P 500. Toutes les deux semaines, 80 millions d’Américains actifs voient une partie de leur salaire versée sur des comptes de retraite qui achètent cet indice. Ces capitalisations boursières gonflées servent de garantie à plus de 600 milliards de dollars de prêts sur marge, utilisés soit pour soutenir la consommation, soit pour financer davantage de spéculation boursière. À cela s’ajoutent 152 milliards de dollars de dette contractée par des assurés-vie en empruntant sur la valeur de leur contrat — autrement dit, de la dette contractée sur de la dette détenue par les compagnies d’assurance, elle-même de plus en plus composée de crédit privé illiquide logé à l’étranger. »

Et dans ce qui pourrait bien constituer un sommet pour toute cette époque de bulles, Google a émis en février une obligation à 100 ans.

On peut se demander pourquoi une entreprise valorisée 4 000 milliards de dollars… et gagnant 400 milliards… éprouverait le besoin d’emprunter.

Ou pourquoi des investisseurs sains d’esprit accepteraient de prêter de l’argent à une entreprise qui n’en a pas besoin et qui, selon toute vraisemblance, n’existera même plus lorsque l’obligation arrivera à échéance.

Et le dollar, lui ? Sera-t-il encore autre chose qu’un objet de collection ?

Mais c’est précisément cela, la nature d’une SuperBulle.

Vous pouvez déjà être hissé à des hauteurs vertigineuses… rien ne dit que vous ne puissiez pas monter encore plus haut.

Rien, sauf l’Histoire.

Et les mathématiques.

Et les nouvelles technologies.

Et la concurrence.

Et la physique.

L’écart entre aller chercher une information, comme le fait Google, et l’analyser, comme le fait Claude, est bien plus grand qu’on ne l’imagine.

Car il faut beaucoup plus d’énergie pour « penser » que pour simplement retrouver une information.

C’est pour cela que tant de data centers surgissent aujourd’hui au milieu des champs de maïs un peu partout aux États-Unis.

Mais il pourrait s’avérer que le rendement réel de tous ces investissements soit bien inférieur aux attentes. Myrmikan Research :

« Selon une étude universitaire publiée en avril 2026 : ‘Les tâches agentiques sont particulièrement coûteuses, consommant 1 000 fois plus de tokens que les tâches de raisonnement ou de conversation liées au code…’ Pire encore pour les entreprises : ‘La difficulté d’une tâche telle qu’elle est évaluée par des experts humains ne correspond que faiblement à son coût réel en tokens, ce qui révèle un décalage fondamental entre la complexité perçue par l’être humain et l’effort informatique réellement fourni par les agents… Les modèles les plus avancés sont incapables de prévoir correctement leur propre consommation de tokens… et sous-estiment systématiquement les coûts réels.’ »

Et voici une autre bonne nouvelle : de récents sondages laissent entendre que les humains pourraient déjà être en train de revenir dans la course.

Dans certains cas, l’IA coûte tellement cher que les humains peuvent revenir moins cher.

Et être plus efficaces.

Et, en prime, ils accepteront de s’asseoir avec vous autour d’un café.

La Chine, de son côté, développe également sa propre IA et, comme dans tant d’autres domaines, semble parvenir à casser les prix américains.

Dans le cours normal des choses, il pourrait donc s’avérer que l’industrie de l’IA soit plus petite et moins rentable que nous ne l’imaginions… et que les Chinois finissent par la dominer.

Deux entreprises chinoises — DeepSeek et Moonshot — seraient déjà bien engagées dans cette voie, selon la presse.

Alors, quelle est la taille de cette SuperBulle ?

Les hyperscalers — Microsoft, Amazon, Google et consorts — valent environ 16 000 milliards de dollars.

Les fabricants de puces — Nvidia et les autres — en valent environ 10 000 milliards.

Et les entreprises d’IA elles-mêmes — Anthropic, OpenAI, xAI et consorts — environ 4 000 milliards supplémentaires.

Cela représente 30 000 milliards de dollars au total.

Ajoutez à cela les quelque 30 000 milliards de dollars de dette fédérale impossible à rembourser, et vous obtenez 60 000 milliards de dollars d’air chaud.

Un trillion par-ci.

Un trillion par-là.

Et bientôt, on finit par parler d’une sacrée bulle.

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