La Chronique Agora

Stellantis fait marche arrière sur l’électrique

Le pari du tout-électrique tourne au revers industriel. Avec 22 milliards d’euros de pertes, Stellantis reconnaît avoir surestimé le rythme de la transition énergétique et enclenche un virage stratégique majeur, entre abandon de projets de batteries, retour au thermique et explosion des coûts liés aux véhicules électriques.

Stellantis, la maison mère de Peugeot et Fiat, annonce 22 milliards d’euros de pertes sur la seconde moitié de 2025, en raison de l’abandon de ses objectifs de ventes dans l’électrique. En effet, le constructeur réduit la valeur de ses investissements liés aux voitures à batteries.

Voici comment la direction l’explique dans son communiqué :

« Le ‘reset’ annoncé aujourd’hui s’inscrit dans la démarche décisive engagée en 2025, visant à remettre nos clients et leurs attentes au cœur de toute notre action. Les charges exceptionnelles annoncées aujourd’hui reflètent en grande partie le coût d’avoir surestimé le rythme de la transition énergétique, ce qui nous a éloignés des besoins, des moyens financiers et des désirs réels de nombreux acheteurs. »

Cependant, l’ampleur de la perte dépasse les attentes des analystes.

Le Monde :

« Les analystes financiers s’attendaient à une correction et à des dépréciations, dans la foulée de celles annoncées par Ford et General Motors. Mais aucun d’entre eux n’avait envisagé un mouvement d’une telle ampleur. Le plus pessimiste – la société Kepler Cheuvreux – prévoyait un ajustement de l’ordre de 10 milliards d’euros, avec une perte de trésorerie de 2 milliards. »

Comme le montre le dernier rapport, Stellantis estime à 14,7 milliards d’euros les coûts liés à l’abandon de la production de certains modèles, en particulier du côté des voitures à batteries. Ce montant comprend 5,8 milliards d’euros de nouvelles dépenses de trésorerie sur les quatre prochaines années pour relancer les modèles à moteur thermique.

En pratique, l’entreprise met ainsi fin à la stratégie du tout-électrique. Elle prévoit désormais des investissements dans les véhicules à moteur thermique, en réponse à la demande des consommateurs.

La perte comprend également 2,1 milliards d’euros liés aux fournisseurs de voitures à batteries, notamment aux projets d’usines de batteries.

Par exemple, le constructeur collabore avec Automotive Cells Company (ACC), un producteur de batteries pour voitures électriques. Preuve de l’impact des coupes budgétaires effectuées par Stellantis : ACC met fin à des projets de méga-usines sur le continent européen.

La Tribune :

« Automotive Cells Company (ACC) abandonne ses gigafactories en Italie et en Allemagne. La coentreprise de Stellantis, Mercedes et TotalEnergies, qui construit des batteries pour voitures électriques, a annoncé ce samedi que les conditions pour relancer ces deux projets ne sont ‘pas réunies’ et que le projet pourrait être annulé. »

De plus, l’entreprise prévoit 1,3 milliard d’euros pour des modifications de production, dont des licenciements de personnel.

Stellantis met toutefois en avant des signes de progrès grâce au changement de stratégie, via l’excédent industriel (Industrial Free Cash-Flow), un indicateur de performance qui exclut l’impact des dépréciations d’actifs et des provisions pour garanties.

La perte en excédent industriel atteint entre 1,4 et 1,6 milliard d’euros sur la seconde moitié de 2025, contre 3 milliards sur la première moitié. L’entreprise signale un ralentissement du rythme des pertes de trésorerie, voire un possible retour aux bénéfices.

La facture cachée des véhicules à batteries

La perte de 2025 comprend également une hausse de 4,1 milliards d’euros des provisions pour garanties accordées aux consommateurs, par exemple pour le remplacement de composants en cas de défaut de fabrication.

Cette hausse provient d’une « réévaluation de notre modèle d’estimation des coûts, afin de prendre en compte l’augmentation des prix des composants et une dégradation de la qualité, fruit de décisions qui n’ont pas permis de maintenir le niveau attendu [sous la direction de M. Tavares] ».

Le rapport sous-entend que les voitures à batteries et les véhicules hybrides sont à l’origine de cette augmentation des provisions. Il cite en effet les « nouveaux motopropulseurs » comme causes de la dégradation.

Par ailleurs, les données des assureurs indiquent également une hausse des coûts de réparation des voitures à batteries. En France, d’après Assurland, le coût moyen de l’assurance atteint 818 euros par an pour une voiture à batterie, contre 735 euros pour un diesel et 753 euros pour un modèle à essence.

Le problème tient notamment au prix des pièces de rechange, en particulier la batterie.

« Les raisons de cette différence tiennent à la valeur des composants (les batteries notamment sont chères et difficiles à remplacer), à la technicité des réparations nécessitant une main-d’œuvre qualifiée et à un parc électrique encore jeune, plus coûteux à indemniser », explique Assurland.

La dégradation des composants explique aussi le rythme de chute de la valeur des voitures à batteries sur le marché de l’occasion. Selon un courtier britannique spécialisé dans les véhicules d’occasion, les voitures thermiques conservent environ 50 % de leur valeur neuve au bout de cinq ans, contre environ 20 % pour les voitures à batteries.

Les données des assureurs et de Stellantis remettent ainsi en question certaines affirmations médiatiques sur la fiabilité des voitures à batteries.

Le site Frandroid affirmait par exemple en janvier :

« On nous vend souvent l’électrique comme un nid à problèmes techniques indépannables. En tout cas, c’est ce qu’on entend dans les cafés. Pourtant, les derniers chiffres du dépannage en Europe racontent une tout autre histoire. L’électrique est plus fiable, plus simple à réparer sur le bord de la route, et les chiffres sont sans appel. »

Selon des chiffres cités pour l’Allemagne, les voitures thermiques enregistreraient environ deux fois plus de pannes sur une année que les modèles électriques.

Cependant, les données des assureurs et de Stellantis soulignent des problèmes de fiabilité dans la pratique, ainsi que des coûts élevés de réparation et de remplacement des composants. Les prix observés sur le marché de l’occasion suggèrent également une dégradation de la valeur par rapport aux modèles essence et diesel.

Les pertes de 22 milliards d’euros chez Stellantis s’inscrivent dans les conséquences d’une conversion accélérée vers la production de voitures à batteries, sans demande suffisante des consommateurs.

L’ampleur de la perte chez Stellantis, comme chez la plupart des constructeurs, contribue à expliquer le changement de mentalité dans le secteur et le retournement contre les quotas d’émissions.

Après avoir anticipé des gains grâce à une conversion rapide vers les voitures à batteries, les constructeurs enregistrent désormais des pertes importantes et réclament l’arrêt ou l’abandon du programme.

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