Le Royaume-Uni s’enfonce dans un déclin désormais quantifiable : stagnation des salaires, fracture territoriale, appauvrissement des ménages et fuite des capitaux composent le tableau d’un pays qui décroche. En cause, des choix politiques qui sacrifient croissance, industrie et niveau de vie.
La peur d’un déclin de la Grande-Bretagne n’est plus hypothétique, c’est à présent une trajectoire mesurable. Si les tendances actuelles en matière d’évolution des salaires, de la productivité et du coût de la vie se poursuivent, la Lituanie pourrait dépasser le Royaume-Uni en termes de niveau de vie moyen d’ici 2030, suivie par la Pologne vers 2034.
Ce qui paraissait jadis impensable n’est plus que la conséquence arithmétique inéluctable des taux de croissance économique observés : nous assistons à une convergence de l’Europe centrale et orientale, pendant que le Royaume-Uni – à l’exception de Londres – fait face à une stagnation généralisée.
L’un des indicateurs les plus frappants de ce basculement se trouve au bas de l’échelle des revenus. Les ménages les plus pauvres de Slovénie et de Malte bénéficient déjà d’un niveau de vie réel supérieur à celui des foyers les plus modestes du Royaume-Uni. Loin d’être un épiphénomène statistique, cette situation traduit la réalité du coût du logement, de la précarité énergétique, de la déliquescence des services publics et d’un marché de l’emploi à deux vitesses.
Concrètement, des pans entiers de Birmingham et du nord-est de l’Angleterre sont désormais plus pauvres que les régions les moins prospères de Slovénie. La Grande-Bretagne n’est plus seulement inégalitaire, elle est profondément fracturée, au point où des régions entières sont désormais en dessous du niveau de développement atteint par certains petits États périphériques de l’UE, autrefois les moins riches.
Cette divergence régionale constitue la différence fondamentale entre la Grande-Bretagne et ses homologues européens.
En Allemagne, la vaste majorité des régions bénéficie d’un niveau de vie élevé, avec une dispersion relativement modeste entre les Länder. À l’inverse, le territoire du Royaume-Uni est profondément morcelé sur le plan économique. Londres y fait figure de cité-État greffée sur un arrière-pays en déshérence. En dehors de la capitale et de quelques districts périphériques, la progression des revenus a été faible, voire inexistante.
Entre 2010 et 2021, la grande majorité des régions britanniques ont affiché une croissance inférieure à la moyenne européenne : le Royaume-Uni a ainsi manqué le train de la convergence, au moment précis où les régions européennes les plus pauvres opéraient un rattrapage spectaculaire.
Autre constat accablant : si l’évolution des salaires outre-Manche avait simplement suivi celle des États-Unis au cours des vingt-cinq dernières années, le salaire moyen serait aujourd’hui supérieur d’environ 4 000 £.
En dépit de ce délitement, la classe politique britannique reste curieusement déconnectée de la situation économique du pays. Les politiciens s’obstinent à prôner la décarbonation de l’économie, avec un objectif de « zéro émission nette » et des dispositifs fiscaux qui accablent tant les ménages que les investisseurs, alors même que le socle de la richesse nationale s’effrite.
Tandis que d’autres nations comparables misent sur la compétitivité industrielle, la souveraineté énergétique et le rééquilibrage économique de leurs territoires, l’Angleterre a fait le choix de politiques qui ont pour conséquence d’accélérer la fuite des capitaux et l’exode des contribuables les plus aisés. Le résultat n’est pas un effondrement brutal et désordonné, mais un déclin graduel, savamment administré par un régime technocratique.
Le coût de la politique de décarbonation est au cœur du problème. Même selon les hypothèses les plus optimistes, la transition énergétique coûterait environ 70 000 £ par ménage. Les scénarios plus réalistes portent ce chiffre à près de 100 000 £, corrigé de l’inflation. Ces chiffres ne sont pas de simples abstractions comptables. Ils se traduisent directement par un alourdissement des factures d’énergie, du coût des transports et une réduction des marges de manœuvre budgétaires pour le logement, les infrastructures et les services publics. Les consommateurs seraient contraints d’absorber des dépenses supplémentaires se chiffrant en milliers de milliards de livres sterling, l’énergie et le transport routier représentant à eux seuls des surcoûts équivalents à des dizaines de milliers de livres par foyer.
Ce qui rend cette politique particulièrement préjudiciable, c’est son calendrier. La Grande-Bretagne tente d’absorber ces coûts additionnels dans une période de faible croissance de la productivité, de déclin des capacités industrielles et de détérioration du marché de l’emploi. Les coûts d’opportunité sont considérables. Chaque livre sterling dépensée à fonds perdus pour subventionner des technologies de décarbonation non rentables est une livre sterling de moins qui aurait pu être investie dans la formation, la rénovation urbaine, les infrastructures de transport ou la santé.
Il en résulte dès à présent une croissance atone, qui risque de se muer en déclin structurel, précisément la dynamique qui permet désormais à la Lituanie et à la Pologne de combler leur retard, puis demain de nous distancer.
Simultanément, le cadre fiscal et réglementaire britannique envoie un signal d’hostilité manifeste aux créateurs de richesse. Entre le matraquage fiscal, l’instabilité constante des politiques publiques et une rhétorique moralisatrice sur le « juste partage des richesses » qui domine les débats, le pays orchestre un exode à grande échelle de ses contribuables les plus mobiles. Pour une économie qui souffre déjà d’un investissement privé anémique, cette fuite des capitaux est un poison lent. L’assiette fiscale s’érode, la qualité des services publics s’effondre et la pression fiscale sur ceux qui restent devient insoutenable, alimentant ainsi un cercle vicieux destructeur.
Le déclin de l’Angleterre n’a donc rien d’une fatalité, produit de la mondialisation. Il est le fruit d’un sabordage délibéré.
D’autres pays européens ont affronté les mêmes contraintes budgétaires suite à la crise financière de 2008, la même pandémie, et les mêmes chocs énergétiques. Pourtant, beaucoup d’entre elles sont parvenues à élever le niveau de vie de l’ensemble de leurs citoyens, y compris les moins favorisés. La Grande-Bretagne a choisi une autre voie, privilégiant des engagements idéologiques hors sol et une rhétorique redistributive, au lieu de favoriser la croissance, l’amélioration du pouvoir d’achat, et la cohésion territoriale.
Si les tendances actuelles persistent, la portée symbolique de ce basculement sera bientôt impossible à ignorer. Lorsqu’un État balte dépassera la Grande-Bretagne en termes de niveau de vie, suivi de près par la Pologne, le débat ne portera plus sur la réalité du déclin, mais sur les raisons pour lesquelles nous avons choisi de fermer les yeux.
Article traduit avec l’autorisation du Mises Institute. Original en anglais ici.
