La Chronique Agora

Des robots au front, des illusions en Bourse

Entre guerre automatisée et frénésie spéculative, l’intelligence artificielle s’impose comme le nouveau terrain d’absurdités : des soldats capitulent face à des machines, tandis que des entreprises en difficulté se lancent dans l’IA pour faire flamber leur cours en Bourse.

Récemment, un cap a été franchi. Il semblerait que trois soldats russes auraient capitulé… face à un robot.

The Independent rapporte :

« Des soldats russes se sont rendus face à un assaut ukrainien mené uniquement par des robots sans pilote, affirme Zelensky »

Depuis la Seconde Guerre mondiale, les Américains ont combattu et sont morts dans cinq grandes guerres – toutes inutiles. Et, en réalité, ils les ont toutes perdues. Alors pourquoi ne pas laisser des machines dopées à l’IA faire ce genre de travail ? L’effet économique serait le même : gonfler les profits de l’industrie de l’armement tout en ajoutant encore de « l’inflation » à l’économie.

Se rendre face à un objet animé, voilà qui est nouveau. Et non sans danger. Après tout, les Russes n’avaient aucun moyen de savoir si la machine avait été programmée pour ne ramener aucun prisonnier. Ou si, à l’image de Hegseth, elle avait suivi ses propres « règles ». Et si elle avait abattu ces soldats, que se serait-il passé ? L’aurait-on accusée de crimes de guerre ?

Pendant ce temps, imaginez-vous en train de manger un sandwich dans un parc, après une matinée chargée passée à surveiller votre tout dernier robot. Vous admirez les feuilles, les fleurs, les bourgeons qui foisonnent, l’amour vous effleure… Et soudain, vous recevez un message de votre bot, vous annonçant qu’il s’est « échappé » de son « bac à sable virtuel ».

The Daily Express rapporte :

« ‘L’IA la plus dangereuse jamais conçue’ par Anthropic mise à l’arrêt après l’envoi d’un e-mail de ‘fuite’ à ses créateurs

À la surprise des ingénieurs d’Anthropic, Mythos ne s’est pas contentée de s’échapper : elle a aussi pris l’initiative de développer ses propres outils pour accéder à Internet, une tâche qu’on ne lui avait jamais demandée. »

Des soldats robots ? Des robots en cavale ?

Nous nous méfions de toutes les grandes nouveautés, et surtout des nouvelles technologies. Pendant que les ordinateurs, les algorithmes, les processeurs de données et les modèles dynamiques, stochastiques et dopés à l’IA faisaient rage tout autour de nous, les amoureux continuaient à se tenir la main… les pestes à dire des méchancetés… et l’investisseur le plus performant de tous les temps, Warren Buffett, continuait à faire ses calculs avec un simple crayon à mine.

Où tout cela nous mènera, nous l’ignorons. Mais voici comment profiter de ce dernier engouement spéculatif… et peut-être gagner des milliards de dollars, nous aussi.

En 2021, vous auriez pu être un investisseur parfaitement « dans le coup », soucieux de l’environnement et de l’avenir de la planète. Vous auriez pu repérer cette entreprise de chaussures très en vogue — Allbirds — qui faisait sa part en fabriquant des chaussures sans plastique. Et vous auriez alors pu acheter l’action à 375 dollars.

Eh bien, patatras. Peut-être que ces chaussures n’étaient pas si formidables. Ou peut-être n’y avait-il tout simplement pas autant de pieds écoresponsables que ce que l’on pouvait penser. Les flux de trésorerie étaient négatifs et l’action a perdu 99 % de sa valeur, si bien que, la semaine dernière, vous n’auriez vendu votre action qu’au prix de 3,20 dollars.

C’est alors que les génies de la chaussure aux commandes de l’entreprise ont eu leur idée à un milliard de dollars : abandonner les chaussures à la mode, pour toucher les cerveaux à la mode… et se lancer dans l’IA ! NBC News explique :

« Allbirds a annoncé mercredi qu’elle allait se réorienter vers les infrastructures de calcul pour l’IA, en changeant de nom pour devenir ‘NewBird AI’. L’entreprise a indiqué avoir conclu un accord de 50 millions de dollars pour financer cette nouvelle activité. »

Qu’y connaissent-ils en IA ? Comment comptent-ils rivaliser sur un marché extrêmement compétitif… sans formation, sans brevets, sans technologie, sans compétences, sans produit et sans revenus ? Voici l’annonce :

« La société cherchera dans un premier temps à acquérir du matériel informatique haute performance et à faible latence pour l’IA, puis à en fournir l’accès via des contrats de location de long terme, afin de répondre à une demande que les marchés au comptant et les hyperscalers ne sont pas en mesure de servir de façon fiable. »

L’action Allbirds a bondi jusqu’à 461 % après cette annonce. (Nous aimerions bien obtenir la liste des clients décidés à acheter de l’IA aux vendeurs de baskets. Ils ont besoin d’un abonnement à notre chronique… et peut-être aussi d’un suivi médical !)

Mais les « investisseurs » qui apportent 50 millions de dollars de financement ne sont pas des imbéciles. Ils ne parient pas sur la capacité des champions de la chaussure à monter une bonne affaire dans l’IA. Ils parient seulement sur le fait qu’ils pourront convertir leur prêt en actions qui, maintenant que l’entreprise vend de l’IA, pourront être revendues au grand public — encore plus crédule — pour plus de 50 millions de dollars.

Et il y a une chance raisonnable que cela fonctionne.

Il y a encore quelques jours, l’entreprise ne valait que 22 millions de dollars. Aujourd’hui, elle se négocie comme si elle en valait 160 millions. Comme par magie, elle a gagné 138 millions de dollars de valeur. Ce qui ne fait qu’illustrer notre propos : une bonne partie de la « valeur » des actions et obligations américaines est fictive.

Mais ce n’est pas la première fois que les investisseurs perdent la tête face à une nouvelle technologie.

En 2017, une entreprise de thé a ajouté le mot « blockchain » à son nom et son cours a triplé. (L’entreprise a ensuite fait faillite et ses petits camarades ont été poursuivis pour délit d’initié.) À la fin des années 1990, les mots magiques étaient « dot.com ». Et plus loin encore, dans les années 1960, il suffisait d’ajouter « tec » ou « tron » à un nom pour attirer l’argent des investisseurs.

Peu de ces escroqueries de façade ont prospéré. Mais beaucoup des humains qui les ont créées s’en sont très bien sortis.

Voici la formule : trouvez une entreprise cotée en Bourse en piteux état. Ajoutez « AI » à son nom. Publiez un communiqué de presse pour informer les investisseurs que vous vous êtes « réorientés » afin de devenir une société d’IA dotée de son propre tour de passe-passe propriétaire (laissez l’IA déterminer de quoi il s’agit). Faites cela avec plusieurs entreprises.

Dites-nous ce que ça donne.

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