La Chronique Agora

Récession : les signaux qui font trembler les marchés

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Le conflit au Moyen-Orient paralyse le détroit d’Ormuz et fait flamber l’énergie. Croissance en berne, inflation de retour… Le spectre d’une récession mondiale n’a jamais semblé aussi concret.

Le 28 février 2026, les États-Unis et Israël ont lancé des frappes sur l’Iran. Depuis, le détroit d’Ormuz, par lequel transitent près de 20 % de l’approvisionnement pétrolier mondial, est de facto paralysé. Les pétroliers n’osent plus s’y engager, leurs assureurs non plus.

Le résultat ne s’est pas fait attendre. Le baril de Brent tutoie désormais les 100 dollars, après avoir bondi de 35 % depuis ses plus bas de décembre 2025. Le gaz naturel liquéfié (GNL), dont l’Europe et l’Asie dépendent fortement via les exportations du Qatar, a lui flambé de plus de 40 %. Les marchés financiers digèrent mal ce double choc.

Des fondamentaux déjà fragilisés avant la crise

Ce qui rend la situation particulièrement inconfortable, c’est que l’économie mondiale abordait déjà 2026 dans une position délicate.

Aux États-Unis, le PIB s’était contracté de 0,2 % au premier trimestre. Le marché du travail montrait des signes d’essoufflement : tous les rapports mensuels sur l’emploi de 2025 ont été révisés à la baisse. Les ménages puisent dans leur épargne ou s’endettent pour maintenir leur niveau de consommation, deux réflexes qui ne durent jamais très longtemps.

En zone euro, la croissance stagnait déjà à un rythme poussif. L’OCDE tablait sur 0,8 % pour 2026 avant même l’embrasement du Moyen-Orient. En France, l’INSEE et la Banque de France ont revu leurs prévisions à la baisse, les 24 et 25 mars. Dans ses projections macroéconomiques intermédiaires publiées le 25 mars, le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, a formulé les choses sans détour : « Plus le conflit dure, plus le pétrole flambe et plus il y aurait d’effets négatifs pour l’économie française et européenne. »

La durée du conflit, seul vrai arbitre

Tout tient à une question : combien de temps durera-t-il ? Dans un scénario de résolution rapide (quelques semaines), les économies développées devraient absorber le choc sans dommages durables. Historiquement, le S&P 500 a perdu en moyenne 5 % lors des crises géopolitiques majeures liées au pétrole, avant de récupérer ces pertes en moins de 41 jours.

Pas de quoi paniquer, donc.

Mais si le conflit s’enlise, le tableau change radicalement. L’inflation pourrait dépasser 3 % dans la zone euro dès juin, et frôler 4 % en moyenne dans les pays du G20 sur l’ensemble de 2026, selon les projections de l’OCDE. Les banques centrales se retrouveraient alors dans une position délicate, coincées entre le spectre inflationniste et le risque de récession. Monter les taux pour juguler les prix ou les baisser pour soutenir la croissance ? Impossible de s’attaquer aux deux problèmes à la fois.

Coface a déjà tranché dans le vif : l’agence a déclassé 23 secteurs et 4 pays. La métallurgie, l’automobile, la chimie et la grande distribution américaine figurent parmi les premières victimes. Près de 80 % des économies avancées ont enregistré une hausse des défaillances d’entreprises au premier trimestre 2025.

Ce que cela change pour les investisseurs

La récession n’est pas le scénario central. Ni la Banque de France, ni l’OCDE, ni la BCE ne l’anticipent formellement à ce stade. Mais le risque a clairement augmenté.

Goldman Sachs l’a chiffré sans ambiguïté : dans sa note hebdomadaire du 25 mars, la banque a relevé sa probabilité de récession américaine de 25 % à 30 %, directement en réponse à la flambée du pétrole liée aux perturbations d’Ormuz. Un signal que Wall Street ne peut ignorer.

Dans ce contexte, les secteurs de l’énergie et les valeurs défensives font figure de refuges. À l’inverse, les valeurs liées à la consommation discrétionnaire (voyages, loisirs, distribution non alimentaire) subissent les pressions les plus fortes.

Pour les investisseurs de long terme, la leçon de l’histoire reste valable : les chocs géopolitiques perturbent les marchés, mais ne les brisent pas. À condition que le conflit ne s’étire pas sur plusieurs mois. C’est précisément ce que personne ne peut garantir aujourd’hui.

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