La Chronique Agora

Qu'est-ce qui a justifié le "QE2" ?

▪ La bourse de Paris a clôturé vendredi à l’équilibre après un test sans grande détermination de la zone des 3 870 points en début de séance.

Le manque d’initiatives se traduisait également au niveau des volumes, qui apparaissent comme les plus creux de la semaine : 2,6 milliards d’euros échangés. Cependant, les opérateurs retiendront surtout que le bilan hebdomadaire demeure très flatteur puisqu’il flirte avec +2,85%, grâce en particulier aux assureurs, aux valeurs bancaires et aux spécialistes des produits de base.

L’inscription d’une quatrième séance de hausse consécutive semblait facile à orchestrer… mais les spécialistes des algorithmes en ont décidé autrement.

Les acheteurs (manifestement peu nombreux ou manquant de détermination) auraient dû imposer leur loi avec l’impact favorable de l’indice de confiance de l’Université du Michigan. Ce dernier ressortait en forte hausse à 74,2 (contre 71,6 précédemment), alors que les économistes tablaient sur une remontée moins franche, aux alentours de 72,5.

De surcroît, les chiffres du commerce extérieur américain s’avéraient bien meilleurs que prévus : un déficit de 37,8 milliards de dollars contre 44 milliards anticipé.

▪ Mais peut-être certains investisseurs redoutent-ils une hausse des taux d’intérêts en Chine. Elle serait toujours imminente, selon des rumeurs récurrentes depuis le début du mois de novembre.

Pékin vient en effet d’annoncer un nouveau tour de vis (relèvement de 0,5% du taux de réserve obligatoire des institutions financières) pour juguler — sans grand succès — la surchauffe de son économie.

Wall Street semble ne pas prendre la menace très au sérieux… D’ailleurs, aucun élément négatif ne ralentit plus la hausse des indices américains depuis maintenant 15 semaines.

▪ Un de nos nombreux lecteurs qui nous "challenge" régulièrement par e-mail trouvait assez étrange vendredi dernier cette façon de monter des marchés américains, sans volumes, sans lien apparent avec l’actualité du jour, sans la moindre hésitation des indices malgré des informations parfois contradictoires à quelques heures d’intervalle.

Il s’interroge aussi sur les paradoxes de l’histoire : les injections massives de capitaux au Japon se sont soldées par une division par quatre de la valeur du Nikkei en 10 ans… tandis que le Nasdaq 100 vient de doubler pour revenir au contact de son sommet historique des 2 225 points du 6 novembre 2007.

En résumé, la crise n’a jamais existé, le plein emploi est revenu aux Etats-Unis, les banques prêtent à livres ouverts et les entreprises n’ont pas besoin de bidouiller leurs comptes pour booster artificiellement leurs bénéfices puisque la croissance est au rendez-vous !

Notre réponse ne vous surprendra guère : "nous partageons votre soupçon d’une vaste manipulation des indices qui ne profite qu’à une petite minorité d’initiés". Hélas oui, la hausse des cours sert principalement à gonfler les bonus, pas à déterminer la juste valeur des actifs… Et puis quoi, la suite vous la connaissez : après la bulle, le déluge!

De toute façon, ce n’est pas avec leur propre argent que les traders des grandes banques d’affaire américaines font grimper les indices jour après jour. La Fed leur offre — à eux seulement — toutes les liquidités dont ils peuvent avoir besoin.

Comme si cela ne suffisait pas, ils se servent d’ordinateurs paramétrés pour les transactions ultra-rapides (il ne s’agit pas de flash trading mais cela y ressemble beaucoup) pour gratter quelques centimes sur chaque titre acheté ou vendu par des particuliers qui n’y voient que du feu.

La bulle gonfle donc avec de l’argent sorti de nulle part. Si elle éclate, les traders auront revendu leurs positions spéculatives en quelques millisecondes ; ce sont les futurs retraités qui se retrouveront une nouvelle fois "marrons", parce que dans l’impossibilité de vendre quand ils le souhaiteraient. En effet, leur épargne ne redevient disponible qu’en cas de cessation d’activité… le reste du temps, ils sont "structurellement" acheteurs.

▪ Quant à l’argent injecté par le Japon au cours des années 90 et qui semble s’être évaporé entre le siège de la Bank of Japan et la bourse de Tokyo, devinez où il s’est enfui… La bulle des dot.com, cela ne vous rappelle rien ?

Et la quasi faillite de LTCM avec le débouclage en catastrophe du carry trade yen/dollar (quand les obligations russes achetées avec effet de levier se sont effondrées), cela ne vous rappelle rien non plus ?

Toutes ces bulles ont été gonflées par le biais des liquidités quasi-gratuites et en quantité quasi-illimitées offertes aux marchés — et donc en priorité à Wall Street ou à la City, qui offraient de meilleurs rendements — par la banque centrale nippone.

▪ Pour l’heure, l’argent de la Fed s’en va sagement gonfler la valeur du Nasdaq 100. Cela ne durera pas éternellement, toutefois : il ne manquerait plus que le "QE2" reparte en sens inverse, à travers le Pacifique, pour aller s’investir au Japon !

Heureusement, le gouvernement nippon ne cesse de réviser à la baisse les perspectives de croissance dans l’Archipel (+1,1% en 2011 aux dernières nouvelles). La Fed, de son côté, pourrait relever ses prévisions à 3,25% ou 3,50% aux Etats-Unis l’an prochain.

Mais si tel était le cas — la croissance ne vient pas de surgir début décembre avec les 75 premiers milliards de dollars injectés par la Fed — qu’est-ce qui a justifié le "QE2" ?

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