La Chronique Agora

Quels risques pèsent réellement sur nos banques françaises ? (2)

▪ Après le risque de liquidité et les problèmes de rentabilité, nous poursuivons ci-dessous notre étude des risques auxquels sont actuellement exposées les banques en France.

▪ Le risque de solvabilité
Les banques ont-elles suffisamment de fonds propres pour continuer à développer leurs activités de prêts et pour faire face à de brutales dépréciations d’actifs ?

C’est un vrai dilemme.

Si l’on stresse violemment les risques dits systémiques, alors on crée des phénomènes d’auto-réalisation et cela peut être contre-productif.

En effet, si les marchés avaient la conviction que le système bancaire dans sa globalité était insuffisamment capitalisé (affichant des ratios de solvabilité en deçà des seuils réglementaires) et s’ils avaient surtout la conviction que les Etats les plus solides, le FMI, l’UE et les fonds de garantie créés récemment n’étaient pas en mesure de le re-solvabiliser suffisamment, alors on se serait installé dans le cercle vicieux suivant :

Banques dans l’incapacité de continuer à prêter à l’économie et d’investir sur les marchés financiers pour cause d’insuffisance de fonds propres ; donc effondrement de l’économie réelle et chute de presque tous les actifs financiers ; donc hausse des provisions sur le compte de résultat des banques et nouvelles destructions de fonds propres, donc nouvelles menaces sur la solvabilité des banques.

Cependant, si on ne le fait pas, on perd totalement en crédibilité, et la confiance que l’on aura cherchée à tout prix à sauvegarder ne sera pas restaurée pour autant.

▪ Comment les risques de la Grèce, de l’Espagne et de l’Italie sont-ils évalués dans les bancaires ?
En réalité, il faut pouvoir distinguer au niveau des normes comptables IFRS ce qui relève pour les positions sensibles du banking book (moins-values latentes qui n’impactent pas le compte de résultat) et ce qui relève du trading book (moins-values latentes qui impactent directement le compte de résultat).

A ce niveau, on peut considérer que le compte de résultat — et donc la solvabilité des banques — n’est pas menacé puisque la plupart des positions sont logées dans le banking book.

Enfin, il faut pouvoir également distinguer les positions sensibles de Souverains Zone euro ayant une probabilité forte de défaut et les positions sensibles de Souverains Zone euro sujettes à de fortes dépréciations de leurs mark to market mais encore éloignées du défaut.

Dans le premier cas, les Commissaires aux comptes exigeront un passage de provisions qui impactera le coût du risque des banques et donc le résultat net courant à la baisse — et partant les fonds propres et donc la solvabilité des établissements retenus.

On sait que lors du récent plan de sauvetage grec, ces dépréciations ont été forfaitairement fixées à 21% du nominal pour les titres d’Etat grecs échéancés avant 2020 (21%, c’est ridiculement faible et se limiter à des positions arrivant à maturité avant 2020, c’est trop réducteur). Donc le risque de défaut grec est clairement sous-évalué dans les comptes.

Par contre, il est peut-être exagéré de parier sur des défauts espagnols et italiens qui, pour le coup, menaceraient sérieusement la solvabilité du système bancaire européen.

Tout au plus peut-on anticiper des dévalorisations fortes de ces papiers soumis à une prime de risque structurelle durable avec des impacts comptables négatifs sur la réserve de réévaluation et non sur les comptes de résultat.

On le voit, tant sur le plan de la solvabilité que sur le plan de la liquidité, il est quand même difficile d’imaginer une cascade de faillites bancaires.

Mais j’aurai l’occasion de préciser tout ceci de manière quantifiée par l’établissement de stress tests bancaires précis et rigoureux.

Première parution dans le Billet du Trader du 16/09/2011.

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