La Chronique Agora

Quand les prix rattrapent la « Golden Age »

Pendant que les médias pro-Trump célèbrent une économie américaine prétendument florissante, certains chiffres racontent une tout autre histoire : diesel à plus de 6 dollars le gallon, salaires qui stagnent et logement devenu hors de portée pour une grande partie des ménages. Et lorsque le portefeuille commence à parler, la propagande a parfois du mal à couvrir le bruit.

« À terme, je pense que le portefeuille des Américains va finir par leur imposer la réalité, et qu’ils cesseront de regarder Fox pour prêter davantage attention au prix de l’essence. »

— Thomas Massie

Une bonne partie de ce qui passe pour de « l’information » relève davantage de la bande dessinée. Il y a les gentils et les méchants. On demande aux lecteurs d’applaudir les gentils, quoi qu’ils fassent… et de maudire les forces sataniques qui s’emploient à saper la République.

Ces dernières semaines seulement, nous avons vu apparaître dans notre boîte mail au moins trois nouveaux sites « d’information et d’opinion » : MiddleAmericaNews, FaithFreedomReport et PatriotJournal. Tous semblent offrir une vision particulièrement optimiste de l’économie américaine, davantage proche du meeting de campagne que de l’analyse sérieuse. Et presque chaque titre rend hommage au génie du POTUS… ou dénonce les manœuvres diaboliques de ses nombreux ennemis :

« Il vient de conclure un accord formidable… »

« Il vient de remettre quelqu’un à sa place… ou de faire taire quelqu’un d’autre… »

« Il a enfin mis un terme aux fake news en interdisant aux grands médias l’accès à la Maison-Blanche. »

« Dieu merci… nous nous sommes enfin débarrassés des fake news », disent les fidèles.

Mais qu’est-ce que MiddleAmericaNews et les autres ont de particulier ? Si les informations de CNN sont fausses… quel genre d’informations PatriotJournal nous vend-il ?

Nous avons demandé à notre assistant IA — Claude — de découvrir qui se cachait derrière ces torchons pro-Trump. « D’où viennent ces groupes d’information ? » lui avons-nous demandé. « Qui les finance ? » « Comment ont-ils obtenu notre adresse e-mail ? »

Claude est revenu bredouille. Les structures juridiques semblent conçues pour dissimuler la provenance des fonds avec une telle efficacité qu’ils en ressortent blanchis comme neige. Notre limier numérique a toutefois réussi à flairer au moins une piste. Des documents indiquent que, juridiquement, ces entreprises sont soumises aux lois et procédures du comté de Palm Beach, en Floride.

Peut-être que les Russes cherchent à interférer dans les prochaines élections. Plus probablement, ce sont les Américains eux-mêmes qui s’en chargent : ils clôturent le grand champ ouvert de l’opinion et poussent le troupeau vers ses propres pâturages, soigneusement aménagés et balisés.

Si nous en parlons, c’est surtout pour glisser vers notre véritable sujet : l’économie américaine est loin d’être aussi florissante que le laisse entendre la propagande.

Trump affirme :

L’économie « se porte incroyablement bien ».

Nous sommes entrés dans un « âge d’or ».

Nous n’avons « jamais vu de chiffres pareils ».

CNBC :

« Le président Donald Trump a déclaré lundi que l’économie américaine pourrait afficher des taux de croissance allant jusqu’à 20 %, tout en affirmant qu’une croissance aussi rapide ne devrait pas pousser la Réserve fédérale à relever ses taux d’intérêt. »

« Nous pourrions avoir un PIB de 14, 15, 16 et 20 % », a déclaré Trump lors d’un événement organisé dans le Bureau ovale pour annoncer des accords visant à faire baisser le prix des médicaments sur ordonnance. « La croissance ne provoque pas d’inflation. »

Sur ce point, il a raison. La croissance, à elle seule, ne provoque pas d’inflation. Mais il n’y a guère de raison de s’en inquiéter : l’économie américaine connaît à peine de croissance, avec un PIB qui ne progresse que de 1,5 %. Ce qui augmente, en revanche, c’est la masse monétaire et le crédit… qui progressent de plus de 7 % par an depuis un demi-siècle. Sans surprise, les prix ont eux aussi augmenté… à tel point que le dollar a perdu environ 95 % de sa valeur depuis les années 1970.

Bien sûr, ce sont des chiffres que nous avons déjà vus. Des calculs trop familiers. Inutile de les ressortir une fois de plus.

Et comme le souligne Tom Massie, idéologiquement, les électeurs peuvent avoir envie de monter dans le train Trump. Mais la réalité — notamment à travers des chiffres que nous n’avions encore jamais vus — pourrait bien s’en mêler.

Nous avons déjà vu beaucoup de 6, de 5 et de 1, par exemple. Mais placez-les devant le prix du diesel et vous obtenez quelque chose de nouveau. M. Trump a raison : nous n’avions encore jamais vu le diesel à 6,51 dollars le gallon. C’est environ 75 % de plus qu’au moment où il a lancé la guerre contre l’Iran.

Et dans certains endroits, le diesel est encore beaucoup plus cher. SiliconValleyNews :

« Une station-service californienne affichant un diesel à 9,99 dollars illustre la crise des carburants »

Voici un autre chiffre que nous n’avions encore jamais vu. MoneyWise :

« Les salaires américains chutent à 43 % du revenu national, leur plus bas niveau depuis la Grande Dépression »

Plaignons les pauvres patriotes. Ils célèbrent l’âge d’or… et s’appauvrissent. Les salaires stagnent, tandis que l’inflation réduit le revenu réel disponible. Kevin Warsh :

« Depuis plus de cinq ans, l’inflation reste supérieure à l’objectif. Le fait est simple : l’inflation est trop élevée et elle l’est depuis trop longtemps. »

Rappelons à nos lecteurs qu’entre Trump et Biden, 20 000 milliards de dollars ont été ajoutés au fardeau de la nation — soit deux fois plus qu’en 2016. À un taux d’intérêt de 5 %, ces deux présidents coûteront à la nation 1 000 milliards de dollars d’intérêts par an — à payer pour toujours… ou jusqu’à ce que tout le système s’effondre, selon ce qui arrivera en premier.

La hausse de 25 points de base du taux directeur de la Fed décidée par Warsh ne changera pas grand-chose, dans un sens comme dans l’autre. Avec une inflation à 3,4 %, elle porte le taux réel des fonds de la Fed à seulement 0,6 % — ce qui reste très faible. Mais au moins, elle témoigne d’une certaine indépendance de la Fed et pourrait annoncer d’autres hausses de taux.

Autre retour à la réalité : peut-être sommes-nous effectivement dans un âge d’or. Peut-être pas. Or, or ou métal sans valeur, les familles ont besoin de logements. Et, compte tenu de la manière dont l’Empire de la Bulle américain a été financé, il faut désormais un revenu familial de 124 000 dollars pour pouvoir s’offrir une maison au prix médian. Malheureusement, le revenu familial médian n’est que de 86 000 dollars. L’écart de financement n’a donc jamais été aussi important. Encore des chiffres que nous n’avions jamais vus auparavant.

Dites ce que vous voulez. Les électeurs n’aimeront pas ces chiffres.

L’idéologie est gratuite. Le diesel, lui, ne l’est pas.

P.-S. Ce matin, un nouveau site « d’information et d’opinion » est encore apparu dans notre boîte mail : AmericanPrideDaily. Même recette de prédication patriotique. Même propriétaire difficile à identifier.

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