La Chronique Agora

Le point de rupture approche sur les marchés mondiaux

Fragility and pressure create anxiety and weakness causing rupture under stress and tension that tests hidden strength deeply

Quand le Forex commence à tanguer, les marchés sont prêts à basculer. Les mouvements brutaux sur les devises, souvent relégués au second plan, agissent comme un sismographe du système financier mondial. Envolée de l’or et de l’argent, tensions géopolitiques extrêmes, interventions monétaires d’urgence : les signaux se multiplient, suggérant que les équilibres bâtis depuis des décennies sont en train de se rompre.

L’histoire s’emballe sur les marchés, sur l’échiquier géopolitique — et nous allons y consacrer une bonne partie de cette chronique —, sur l’échiquier monétaire. Un échiquier dont les mouvements peuvent conditionner les lignes directrices des dix prochaines années. Quand le Forex et l’or s’emballent, c’est que des mouvements tectoniques majeurs viennent de débuter.

Il est trop tôt pour dire si c’est l’histoire avec un grand « H » qui va s’écrire au cours des prochaines séances, mais l’envolée des métaux précieux — qui se poursuit ce lundi — avait peut-être valeur de « canari dans la mine », de trémor avant un séisme systémique majeur.

Et c’est peu de dire qu’il s’est produit beaucoup d’événements « hors normes » depuis le 3 janvier, dont certains sont peut-être secrètement en cours au moment où vous découvrez ces lignes. Je pense notamment à la situation en Iran, avec l’intensification des échanges américano-israéliens.

Car Donald Trump a commencé l’année par une action qui est assumée comme étant antichinoise, anti-BRICS, et qui est revendiquée comme une affirmation de souveraineté des États-Unis sur l’Amérique centrale et l’Amérique du Sud.

Il s’agit de l’enlèvement de Nicolás Maduro par une unité « antiterroriste », sous des prétextes qui n’ont pas tenu la route plus de 48h, le temps d’écarter son implication dans un cartel de la drogue fictif (« Del Sole »), puisqu’inventé par la CIA.

Cela a juste servi à contourner un feu vert du Congrès (pour autoriser une opération militaire assimilable à un acte de guerre), puis à abuser les médias et l’opinion publique le temps que le président vénézuélien soit impatrié illégalement sur le sol américain, et exhibé comme un trophée dans les rues de New York avant d’être incarcéré.

Comme cela a été rapidement dénoncé par la Chine, l’invasion d’un État souverain, en dehors de toute légitime défense face à une menace armée ou en l’absence d’un mandat des Nations unies, est prohibée par le droit international et par la Charte des Nations unies. Il semblerait que les conséquences les plus manifestes ne soient pas celles anticipées par Trump :

Car Pékin sait que ses requêtes pour l’exécution des contrats inter-États, protégés par le droit international, seront validées par l’OMC et que les États-Unis seront condamnés s’ils empêchent le Venezuela de les honorer. Pékin semble faire profil bas… mais essayez d’importer une once d’argent de Chine !

Et demain, essayez d’importer des « mémoires » : il y a pénurie de capacités de stockage dans la Silicon Valley, et le problème devient si crucial que des projets de construction de data centers vont devoir être différés.

L’argent s’était envolé au-delà de 100 $ vendredi ; il atteint déjà les 109 $/oz. L’or a franchi la barre des 5 000 $, puis les 5 100 $, dès les premières minutes de cotation en Asie ce lundi 26 janvier.

C’était l’événement le plus prévisible au lendemain d’un week-end où Wall Street réalise que Donald Trump vient d’ouvrir un nouveau front en interne.

Après les migrants illégaux, la CDC, la Fed et Jerome Powell, le voilà qui s’en prend aux icônes bancaires, et en particulier à JPMorgan Chase et à son PDG, Jamie Dimon.

Donald Trump vient de déposer une plainte à 5 milliards de dollars, accusant la première banque du pays — et son CEO, Dimon — d’avoir procédé ou autorisé la fermeture de plusieurs de ses comptes et de ceux de ses sociétés pour des raisons politiques.

La Trump Organization poursuit également en justice le géant des cartes de crédit Capital One, affirmant que cette banque a fermé ses comptes pour des raisons identiques (ce qui lui a valu une chute de 7,5 % en clôture vendredi).

Il va bientôt être plus rapide de mentionner avec quelle institution (ONU, OMC, GIEC, Open Society de Soros) ou quel pays Donald Trump n’est pas en conflit, après l’épisode de l’annexion du Groenland et de nouvelles menaces adressées au Canada après la signature, jeudi dernier, d’un accord commercial avec la Chine (visant notamment à compenser l’éventuel tarissement de ses approvisionnements en pétrole « lourd » en provenance du Venezuela).

Et même quand il ne menace pas un pays ou ne menace pas de s’en emparer, les circonstances font que le statu quo qu’il jugeait satisfaisant n’est plus possible : c’est ce qui est en train de se produire avec le premier créancier des États-Unis, à savoir le Japon.

La Première ministre japonaise, Sanae Takaichi, a mis en garde contre des mesures à prendre contre les mouvements « anormaux » du yen, alimentant les spéculations sur une intervention imminente sur le marché des changes — possiblement avec le soutien des États-Unis.

Des cambistes ont rapporté que la Réserve fédérale de New York avait contacté des banques au sujet du yen, une démarche souvent perçue comme un signe avant-coureur d’une intervention. Le yen s’est fortement redressé après avoir glissé vers 159,5 vendredi matin : il cote 154 et affiche +3 % depuis vendredi 17h.

C’est la plus forte hausse journalière depuis août. Avec des positions short sur le yen à des niveaux records depuis dix ans et des élections qui approchent, les autorités semblent prêtes à agir à nouveau, face à la menace inflationniste qui lamine le pouvoir d’achat des Japonais.

Avec un plongeon du yen qui dope les exportations des entreprises nippones, pour la première fois depuis plus de dix ans, la Réserve fédérale de New York signale ouvertement une intervention sur le marché pour soutenir le yen japonais.

Alors que les rendements des obligations d’État japonaises continuent d’atteindre des niveaux extrêmes, que la Banque du Japon signale que la hausse des taux n’est pas terminée, le yen ne cesse de baisser : c’est le signe que quelque chose s’est cassé dans la mécanique de formation des parités de change.

La mauvaise situation économique du Japon — en termes de déficit et de pertes latentes pour les fonds de retraite nippons — est potentiellement catastrophique pour l’économie mondiale.

Les déclarations de la Réserve fédérale de New York laissent entrevoir un changement de cap que les marchés ont depuis longtemps anticipé : les actions, l’immobilier, les métaux précieux et autres matières premières industrielles ont atteint des niveaux records.

Rares sont les actifs qui évoluent encore près de niveaux planchers depuis 2020 : le pétrole en fait partie, et l’opération vénézuélienne avait pour but de le faire reculer vers les 50 $ souhaités par Donald Trump.

C’est tout l’inverse de ce qu’espèrent les géants du secteur cotés à Wall Street, et les pays producteurs de pétrole qui sont payés en dollars : la rechute du billet vert, qui vient de s’amorcer avec le bond du yen, c’est la double peine… ils feront tout pour voir le prix de l’or noir remonter.

Par ailleurs, son ratio par rapport à l’or et à l’argent atteint ce lundi un plancher historique… une situation qui ne saurait se prolonger.

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