La Chronique Agora

Panique… sur les marchés, ou sur les routes ?

▪ C’était l’apocalypse neigeuse ce week-end à Baltimore. Vendredi, la ville était au bord de la panique. Le gouverneur O’Malley avait annoncé que la couche de neige pourrait être profonde d’un mètre… les camions de sel étaient partout, alignés autour du périphérique comme la garde nationale se préparant à stopper une invasion…

… et partout les gens rentraient chez eux — ou achetaient de la nourriture et des vidéos, bref, l’essentiel…

"Combien de bouteilles de vin avons-nous en stock ?" avons-nous demandé à Elizabeth.

"Pas assez"… mais nous y reviendrons dans quelques lignes…

▪ Sur les marchés aussi, ça sentait la panique.

"Nous sommes clairement entrés dans le camp de la crainte et de l’inquiétude", a déclaré un initié.

Malheureusement, la suite des événements n’a pas été aussi claire que nous l’aurions souhaitée. Nous pensons que les actions vont probablement prendre le chemin de la baisse pendant longtemps. Il est très probable que la reprise du marché baissier, attendue de longue date — au moins par nous ! –, a commencé. Nous avons eu notre krach. Nous avons eu notre rebond. Maintenant, nous sommes prêts pour la longue glissade vers la fin ultime, le terminus, tout-le-monde-descend.

Alors que nous écoutions la radio, l’annonceur a déclaré que seuls les fonctionnaires "essentiels"  avaient dû se présenter à leur poste durant la tempête. Nous nous sommes demandé s’ils étaient vraiment essentiels, tous autant qu’ils étaient. On ne parlait tout de même pas de ceux qui surveillent les scarabées cornus d’Afrique… Ou ceux qui élaborent un nouveau système de santé pour le pays… Ou encore ceux qui travaillent à la révision de la sous-section 4.503.02 du Code des Impôts traitant des codicilles supplémentaires non-licenciés et post-datés sur les provisions traitant des dons aux fabricants manchots de raviolis-vapeur bénéficiant de recettes d’assurance-vie sur lesquelles la base suffisante avait été révoquée parce qu’ils n’avaient pas lu les explications en petits caractères. Ou quelque chose de ce genre.

Soustraire tous les employés fédéraux non-essentiels ? Qui reste-t-il ? Quelqu’un ? Probablement quelques gars au Pentagone qui s’assurent que les Canadiens ne sont pas en train de masser des troupes à la frontière.

Mais, me direz-vous, c’est un autre sujet, n’est-ce pas ? Pas exactement. La main-d’oeuvre fédérale est la seule qui se développe aux Etats-Unis. Le gouvernement est un secteur en croissance. Tout le reste ou presque décline.

Attendez. Les derniers chiffres nous disent que le chômage US a baissé de 0,3% le mois dernier. Est-ce que vous y croyez, cher lecteur ? Où est la SEC quand on a besoin d’elle ? Les autorités n’induisent-elles pas les investisseurs en erreur — volontairement ?

Nous avons entendu une autre annonce à la radio, recrutant des employés du recensement. Encore des fonctionnaires ! Pourquoi ne pas demander aux employés non-essentiels de compter les gens ?

Nous n’avons pas de statistiques séparées, mais nous ne serions absolument pas surpris de découvrir que les chiffres de l’emploi fédéraux dissimulent autant qu’ils révèlent. Après tout, pour autant que nous puissions en juger, nous sommes toujours en période de désendettement du secteur privé. Ce qui signifie moins d’emplois. Les erreurs de l’ère de bulle doivent être réparées. Les emplois doivent être éliminés. Et l’emploi ne grimpera plus avant que le secteur privé ne trouve des moyens de remettre les gens au travail profitablement.

Mais comment faire ?

▪ Lorsque les premiers flocons sont apparus à 11h environ vendredi matin, nous avons presque eu pitié. Ils rencontraient une puissance de feu si imposante de la part des équipes de déneigement locales qu’ils n’avaient pas la moindre chance. Mais ils ont continué à tomber. Comme des soldats dans la Somme, ils se sont jetés sur les barbelés. Ils ont bravé le sel ! Et leurs compagnons d’armes continuaient de tomber.

A 15h, les équipes de déneigement avaient encore le dessus… les ouvriers levant le pouce en signe de victoire chaque fois qu’ils se croisaient. Les routes étaient mouillées, mais dégagées. Les ouvriers continuaient à répandre du sel alors que les flocons — plus nombreux que les étoiles dans le ciel ou les dollars du déficit fédéral — continuaient de chuter. Puis, à 16h, une couche blanche apparut sur le sol. La température chutait et la neige commençait à adhérer.

La neige s’est accumulée lentement… puis plus rapidement. Les camions de sel se sont peu à peu trouvés à cours de temps et de munitions. A 18h, le cours de la bataille a changé. La neige tombait sans discontinuer — et tenait. Les équipes troquèrent le sel contre le chasse-neige. Ce qui ne servit à rien. Ils étaient dépassés. La neige continuait de tomber. Les petites routes furent perdues sous une épaisse couche de neige. Puis vint le tour des grandes routes. Enfin, l’US I-95 — la grande artère de la Côte est — se retrouva en territoire ennemi.

Nous roulions sur l’I-95 vers 19h. Nous étions allé chercher Maria à la Pennsylvania Station, à Baltimore. Notre fille était arrivée vêtue comme une star de cinéma… dans un manteau de laine dont le col et les manches étaient ornés de fourrure. Les chauffeurs de taxi l’ont regardée passer alors qu’elle montait dans la voiture et embrassait son père sur la joue. Puis nous sommes partis.

Le chaos régnait sur l’autoroute à ce moment-là. Il y avait des victimes des deux côtés de la chaussée : des véhicules abandonnés, des voitures coincées dans le fossé, des dépanneuses et des secours essayant de remettre les gens sur la route. Nous avions pris la précaution de mettre quelques blocs de ciment dans le coffre de notre camionnette. Elle a glissé quelques fois, mais sans jamais quitter la route. On ne pouvait distinguer la chaussée du bas-côté. Il n’y avait plus de voies clairement définies… et peu de trafic. Nous essayions simplement de nous tenir à distance des autres conducteurs… et de suivre la piste tracée par le camion qui nous précédait.

A 20h, la neige était maîtresse du terrain. Les équipes routières admirent leur défaite. Pas une seule route, dans toute la zone Baltimore-Washington, n’était sûre. A la radio, on demandait aux civils de ne pas prendre la route et de rester chez eux… jusqu’à ce que les troupes de déneigement puissent reprendre le contrôle de la situation.

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