La Chronique Agora

Nous avons caché nos graphiques boursiers sous la jaquette de notre roman estival

** A partir de la semaine prochaine, La Chronique Agora prend ses quartiers d’été pour une quinzaine de jours. Compte tenu de la volatilité observée ces huit ou neuf dernières semaines, nous n’osons espérer que les marchés observeront une trêve — olympique — en notre absence, c’est pourquoi cette dernière édition du 1er août va être principalement consacrée à vous fournir des repères utiles en cas de nouveaux décalages indiciels sur les actions ainsi que des seuils clés concernant le pétrole, le dollar et les taux d’intérêt.

Si vous avez parcouru les trois dernières Chroniques, le décor est planté. Après avoir monopolisés les gros titres avec des pertes record, les titans de la finance planétaire — une dizaine de firmes, majoritairement américaines ayant dévoilé entre 15 et 50 milliards de dollars de pertes — pourraient alimenter ces prochains jours la gazette judiciaire avec des enquêtes concernant les conditions d’émission et de placement auprès des particuliers de produits dérivés de crédit (CDO, ABS, RMBS…) et d’ARS (auction rate securities).

Leurs déboires trouvent leur source — oui, c’est fait exprès ! — dans l’éclatement de la bulle immobilière qui se solde par une chute façon cataracte de 15% des prix des maisons sur 12 mois aux Etats-Unis. Un repli tout aussi spectaculaire est attendu à Londres cette année… et nul ne sait jusque vers quelles profondeurs pourrait plonger le secteur du logement en Espagne. Ce processus débouche inéluctablement, après les vertigineux tourbillons financiers qui ont englouti Northern Rock, Bear Stearns et IndyMac, sur une crise de… liquidités — et nous refermons le robinet de la thématique des fluides, en espérant qu’il ne gouttera pas inopportunément en notre absence.

** Vous surveillerez également l’évolution du baril de pétrole. Sa consolidation a débuté il y a pratiquement trois semaines, partant d’un zénith voisin de 147 $. Le test des 126 $ puis des 122 $ a bien eu lieu, il reste à présent celui très hypothétique des 116 $, l’ex-record absolu de la fin avril. Cependant, en pariant sur un mouvement d’une durée comparable aux cinq précédents épisodes correctifs majeurs des 18 derniers mois — et en retenant l’hypothèse la moins favorable pour les marchés d’actions –, il devrait y avoir de nouveaux coups de boutoir à la baisse d’ici la mi-août. Une accalmie géopolitique suffira-t-elle à précipiter le baril 10 $ plus bas que ce 31 juillet, avec un cours moyen pondéré de 126 $ sur les dernières 24 heures ?

En dehors des convulsions du Nymex ou de l’ICE, parmi les éléments susceptibles de retarder une nouvelle débâcle boursière, il y a l’anticipation d’un nouveau plan de relance économique américain, que les républicains et les démocrates appellent conjointement de leurs voeux. En toute hypothèse, achetez dès maintenant la rumeur mais vendez la nouvelle — si jamais vous la découvrez avant le 18 août prochain.

Nous ne saurions envisager tous les cas de figure, et la déclinaison de toutes les thématiques précédemment évoquées serait fastidieuse… mais nous gardons un oeil rivé sur la Chine, avec sa croissance qui risque de ralentir juste après les Jeux olympiques, et sur l’Inde avec son inflation à 12%. Alors que les économistes s’extasient sur sa croissance à 8,5%, nous doutons que le récent relèvement du taux directeur à 9% favorise une progression de la bourse de Bombay et de l’immobilier d’ici fin 2008.

La théorie du découplage Asie/Occident… vous savez ce que nous en pensons depuis le début !

Cette légende moderne nous apparaît aussi fumeuse que le cash burn rate des années 2000/2001 — plus une entreprise, qui n’a ni vrai métier, ni clientèle, gaspille de capital, plus elle augmente ses chances de devancer ses concurrents –, que le Goldilocks des années 2005/2006 — un pseudo-équilibre des risques entre croissance et inflation… qui débouche aujourd’hui sur une stagflation en bonne et due forme –, ou que la "Maradona theory" de Mervyn King qui tente d’expliquer comment une banque centrale peut dribbler l’inflation et contourner la récession sans modifier son taux directeur.

** Notons à ce propos que les Etats-Unis n’échappent à aucun des deux écueils si l’on se fie aux trois statistiques publiées jeudi. Le Département du Travail a annoncé une forte hausse des sans-emploi (+44 000 en données hebdomadaires) et une croissance du PIB inférieure aux prévisions (+1,9% au lieu de +2,3% attendu), après une contraction de -0,2% au quatrième trimestre 2007 (révisé de +0,6% initialement).

Le tout sur fond d’inflation supérieure aux prévisions : l’indice d’inflation PCE s’affiche à +2,1% en juillet (au lieu de 2% attendu). La pertinence de ce baromètre est cependant devenue plus faible que par le passé dans la mesure où les prix de l’énergie en sont exclus. Nous préférons nous fier aux estimations du sénateur républicain Ron Paul qui évoque une dérive des prix (celle qui impacte les ménages) proche de 10%.

Tout ce qui précède est déjà en partie intégré dans les cours, mais ce ne sera encore plus le cas si le curseur du pétrole remonte au-dessus des 127 $, si le dollar rechute sous 1,57/euro, si le rendement des T-Bonds américains remonte au-dessus des 4,25%, si la Chine ou l’Inde remontent de nouveau leurs taux et si l’or se met à flamber au-delà des 975 $/once — et nous en oublions délibérément. De quoi envisager bien des scénarios !

** Parmi les baromètres boursiers qui nous apparaissent les plus fiables, nous retenons surtout l’Eurotop 100. L’indice a trébuché une nouvelle fois au contact des 2 510 points : il s’agit simultanément du zénith des 24 et 31 juillet derniers mais également du plancher du 17 mars.

Avec une clôture sans consistance (-0,06% hier), le mois de juillet se solde par une perte de 1,15% — après -9,4% au mois de juin. En cas de rechute plus appuyée, l’Eurotop 100 pourrait revenir s’appuyer sur les 2 425 points. S’il choisissait au contraire l’option haussière, l’objectif le plus plausible serait la MM50 qui gravite vers 2 560 points (ex-zénith du 25 juin) ou le seuil des 2 570 points (plancher du 22 janvier dernier) et surtout les 2 600 points (plancher du 11 au 20 juin), afin de retracer classiquement 50% du repli entre 2 880 et 2 310 points.

Un petit coup d’oeil sur le S&P 500, la principale référence américaine, s’impose. Le S&P vient d’effectuer un aller-retour express entre 1 283 points et 1 236 points puis 1 284 points en l’espace de cinq séances.

L’indice a repris 4% en deux séances et il lui reste à retracer les 1 291 points testés le 23 juillet dernier.

Mais dans le cadre d’un second segment haussier court terme, le S&P ne devrait pas s’arrêter là et rejoindre les 1 300 points puis les 1 320 points (MM50). A ce moment, l’indice aura retracé 50% de la baisse entre 1 440 et 1 200 points. Le S&P pourrait ensuite tester 1 335 points puis 1 340 points (MM100). En cas de rechute sous les 1 250 points, un nouveau test des planchers annuels serait hautement prévisible.

Enfin, nous ne saurions faire l’impasse sur le CAC 40, même s’il alterne excès haussiers et excès baissiers sans toujours donner des indications de tendance fiables lors des ruptures de supports ou de résistances. Le mois de juillet s’achève sur une perte globale de 1% (clôture à 4 390 points) mais le CAC 40 a retracé hier après-midi son zénith du 24 juillet brièvement inscrit à 4 440 points avant de rechuter vers 4 365 points (au plus bas du jour).

Même si le début du mois d’août suscite une hausse technique (au-delà des 4 400 points), l’indice demeure vulnérable aux soubresauts du pétrole. Il pourrait refermer un gap symbolique ouvert au-dessus des 4 346 points le 30 juillet, ce qui consoliderait le mouvement haussier amorcé le 16 juillet vers 4 000 points.

Le refranchissement ultérieur des 4 435 points permettrait alors au CAC 40 de progresser sans opposition en direction des 4 535 points, soit le zénith du 25 juin qui coïncide désormais avec la MM50… à condition que les chiffres du chômage américains publiés aujourd’hui ne déçoivent pas.

** Wall Street a démontré hier toute sa versatilité et sa vulnérabilité aux mauvaises nouvelles : S&P 500 a chuté de 1,3% et le Dow Jones de 1,8%.

Les opérateurs avaient salué en début de semaine les efforts conjugués de la Réserve fédérale, du Trésor, du Congrès — avec le plein appui de l’administration Bush — pour relancer l’économie, et tout particulièrement le secteur du logement. Mais Alan Greenspan a douché cet optimisme en estimant que Freddie Mac et Fannie Mae n’étaient pas à l’abri d’un "accident". Qui mieux que lui connaît les turpitudes auxquelles sont confrontés ces deux GSE qui ont les yeux plus gros que le ventre, dont notamment le montant des sommes gaspillées dans des investissements qui n’avaient rien à voir avec l’immobilier, en particulier lors des campagnes présidentielles ou des renouvellements de siège au Congrès ?

Au bout du compte, le score global du mois de juillet s’avère négatif de 1% pour le S&P 500 et légèrement positif pour le Dow (+0,25%) : alors, un mois pour rien ? Pas si sûr, car la tendance fortement négative de mi-mai à mi-juillet n’est pas remise en cause… et en ces temps de congés estivaux, nous sommes tenté de surveiller de près l’évolution des compagnies aériennes qui ont souvent un coup d’avance sur la conjoncture aux Etats-Unis.

Philippe Béchade,
Paris

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