La Chronique Agora

La leçon de Bourse que mon père m’a transmise

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Caring loving adult son hugging embracing his old elderly senior father while he is showing his family photograph photo at home, telling stories of his youth. Happy father`s day! I love you, dad!

En vendant ses actions après le krach de 1987, puis en revenant trop tard sur les marchés, mon père a commis une erreur classique. Sans le vouloir, il m’a pourtant transmis l’une des leçons les plus précieuses de ma carrière d’investisseur : ne jamais laisser la peur dicter ses décisions.

Je pensais récemment à mon père. Il aurait eu 90 ans à la fin du mois de mai. Il a été pour moi un modèle exceptionnel : il m’a montré comment être un bon père, un bon fils, un bon mari, un bon frère et un bon citoyen.

Il avait de nombreux centres d’intérêt. C’était un musicien hors pair, capable d’entendre une chanson une seule fois, puis de la rejouer au piano, note pour note.

Il adorait également le basket. Supporter des Knicks depuis toujours, il aurait été fou de joie de les voir remporter leur premier titre NBA en 53 ans.

En revanche, il y avait un domaine pour lequel il n’avait ni talent particulier ni grand intérêt : la Bourse.

Ironie du sort, c’est pourtant à propos des marchés qu’il m’a donné l’une des plus grandes leçons de ma vie — et cela, sans même le vouloir.

J’étais rentré lui rendre visite. Nous étions assis dans le sous-sol de la maison où j’avais grandi et parlions de la Bourse. Il m’a raconté qu’il avait vendu toutes ses actions après le krach de 1987 et qu’il n’était revenu sur le marché que plusieurs années plus tard, lorsque le marché haussier des années 1990 était déjà bien engagé.

Il avait vendu au plus bas et laissé passer plusieurs années de hausse.

À l’époque, je venais tout juste de commencer ma carrière et travaillais comme assistant dans une salle de marchés. Autant dire que je n’y connaissais absolument rien. Pourtant, la manière dont mon père avait réagi à la volatilité des marchés m’est restée en mémoire.

Son comportement n’avait rien d’exceptionnel. Des millions d’investisseurs font exactement la même chose lorsque les actions chutent. Ils craignent, à juste titre, de ne jamais revoir leur argent. Et une fois les pertes encaissées, les cicatrices sont parfois si profondes qu’ils jurent de ne plus jamais remettre les pieds en Bourse. Puis, lorsque les actions sont reparties beaucoup plus haut, ils ont le sentiment de passer à côté de quelque chose et finissent par revenir.

Et le scénario recommence.

Il faut dire qu’il existe toujours d’excellentes raisons d’être pessimiste. Il y a toujours quelque chose de grave dont il faudrait s’inquiéter.

La guerre. La corruption et les imbéciles qui sévissent à Washington. La hausse du coût de la vie.

Il suffit d’ailleurs de se pencher sur l’histoire pour trouver des événements terribles qui auraient, en toute logique, dû faire sombrer les marchés :

Et ce ne sont là que quelques exemples.

Une personne rationnelle pourrait observer ces événements et en conclure que les marchés allaient forcément chuter — et ne plus remonter avant que les problèmes en question aient été résolus.

Elle se tromperait. Lourdement.

L’inverse est également vrai. Pendant les marchés haussiers, il est facile de se croire tous devenus des génies et de s’imaginer que l’on ne perdra plus jamais d’argent.

Les marchés se portent très bien en ce moment. Mais, tôt ou tard, ils repartiront à la baisse.

Vous vous dites peut-être : « Merci pour l’optimisme… » Mais c’est la vérité. C’est ainsi que fonctionnent les marchés. Les marchés baissiers, et même les krachs occasionnels, font partie de leurs cycles naturels.

Les circonstances changent légèrement à chaque fois, ce qui donne l’impression que la situation est totalement inédite.

Mais elle ne l’est pas.

De notre côté, nous sommes aussi un peu plus âgés et disposons d’un peu moins de temps pour attendre le rebond qui finira par arriver. Cela rend les choses plus inquiétantes.

Quoi qu’il en soit, mieux vaut ne pas reproduire l’erreur de mon père : vendre au plus bas et racheter au plus haut. Ce comportement finit inévitablement par peser sur votre patrimoine.

Voici trois principes simples, mais essentiels, à garder en tête lors de la prochaine correction, du prochain marché baissier ou du prochain krach.

1. Les marchés baissiers ont toujours été suivis de nouveaux sommets

Toujours. Sans exception.

Cela ne se produit pas nécessairement aussi vite que vous le souhaiteriez, mais cela finit par arriver.

Les individus continuent d’innover et les entreprises de lancer de nouveaux produits ou services, même pendant les périodes difficiles. Investir dans une entreprise rentable, capable de générer des flux de trésorerie, reste l’un des meilleurs moyens de faire fructifier son patrimoine.

Une chute des marchés, aussi violente soit-elle, ne change rien à cette réalité.

2. Répartissez votre argent selon différents horizons de temps

À quel moment aurez-vous besoin de liquidités ?

Si vous devez utiliser cet argent dans les trois prochaines années, retirez dès maintenant la somme concernée des marchés. Non pas parce que les valorisations sont excessives, mais parce que tout peut arriver à court terme.

Si vous avez besoin de cet argent pour rembourser votre crédit immobilier, payer les frais de scolarité de vos enfants ou régler une autre dépense importante dans les trois prochaines années, placez-le sur des supports très prudents : bons du Trésor, certificats de dépôt ou obligations d’entreprises à court terme et de bonne qualité. Il doit s’agir de véritables obligations détenues en direct, et non d’un fonds obligataire.

Si votre horizon se situe entre trois et cinq ans, vous pouvez intégrer quelques actions. En revanche, je déconseille de spéculer avec de l’argent dont vous savez que vous aurez besoin dans les cinq prochaines années. Pour cette échéance, une combinaison d’actions à dividendes ou d’entreprises extrêmement solides et de placements plus prudents, comme les obligations, paraît raisonnable.

N’oubliez pas : les marchés baissiers ont toujours été suivis de nouveaux sommets, mais il faut parfois plusieurs années pour les retrouver.

Si votre horizon est supérieur à cinq ans, vous pouvez détenir davantage d’actions. Cela ne vous dispense pas d’investir intelligemment. Les entreprises qui augmentent régulièrement leur dividende constituent notamment une excellente solution. Mais plus votre horizon est long, plus vous pouvez vous permettre de prendre des risques.

3. N’essayez pas d’anticiper les mouvements du marché

Tous ceux qui vendent lorsque la situation se dégrade affirment qu’ils rachèteront quand les marchés auront encore baissé.

Ils ne le font jamais.

La peur est trop forte.

De la même manière, personne ne parvient à identifier précisément un sommet ni à vendre au moment exact où la tendance commence à se retourner.

Si votre argent est réparti selon les horizons de temps décrits plus haut, vous n’aurez pas à trop vous inquiéter de la prochaine baisse.

Les sommes dont vous aurez besoin prochainement seront à l’abri de la chute des actions. Votre capital destiné au moyen terme sera lui aussi largement protégé.

Quant à votre argent investi à long terme, un marché baissier pourra être douloureux, mais le temps jouera en votre faveur.

Souvenez-vous de la violence de la crise financière mondiale. Il a fallu environ cinq ans et demi aux marchés pour retrouver leur précédent sommet.

Cela aurait été une véritable torture pour une personne ayant besoin de son argent à court terme. Mais pour quelqu’un qui pouvait attendre dix ans, ce n’était pas un problème majeur.

Dix ans après le sommet qui avait précédé la crise, le marché affichait une progression de 63 %.

Graphique : $SPX

J’ai lu quantité de livres sur la Bourse — j’en ai même écrit quelques-uns. J’ai suivi des formations, étudié pendant des milliers d’heures et obtenu différentes certifications et autorisations professionnelles liées aux marchés financiers.

Mais la leçon qui m’a le plus marqué reste celle que mon père m’a transmise en me racontant son expérience, dans l’espoir que je ne commette pas la même erreur que lui.

Mission accomplie, papa.

Merci.

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