La Chronique Agora

La pompe et la lancette

** "Une bulle boursière peut être un accident", commence un article du Financial Times. "Deux en une décennie, ça commence à ressembler à de la négligence".

* Selon nous, les bulles de l’immobilier et de la dette n’étaient le résultat ni d’un accident ni de négligence. Elles résultaient des politiques de la Fed.

* La Réserve fédérale pense avoir deux mandats : préserver la valeur du dollar… et maintenir le plein emploi. Ces deux choses sont parfaitement incompatibles. A un moment ou à un autre, il faut choisir.

* Les autorités de la Fed ont choisi le chemin le plus facile — elles ont décidé d’essayer de stimuler l’économie… et laisser le dollar mourir. Voilà pourquoi le billet vert a perdu la moitié de sa valeur par rapport aux plus grandes devises étrangères depuis le début de ce siècle. Et voilà pourquoi nous avons assisté à deux bulles majeures — et liées — depuis le début de la décennie, l’une dans l’immobilier, l’autre dans la dette immobilière. Et c’est également la raison pour laquelle nous avons subi une crise du crédit… dont nous semblons émerger actuellement.

* Les gens commencent à comprendre — à faire le lien entre les tentatives agressives de la Fed pour mettre plus d’argent et de crédit en circulation et les bulles d’actifs. Et maintenant que leur lanterne s’éclaire… ils se posent aussi des questions sur le prix du pétrole… et de l’or… et des denrées alimentaires… et des prix à la consommation…

* … et dans ce moment de grande inquiétude, le monde tourne ses yeux fatigués vers Paul Volcker et lui demande son avis.

** Un article de Bloomberg :

* "Volcker, qui avait organisé un pic des taux d’intérêt à 20% lorsqu’il luttait contre la hausse des prix à la consommation il y a 18 ans, a déclaré : ‘il y a une certaine ressemblance entre la situation actuelle de l’inflation et celle du début des années 70’. La Fed avait échoué à freiner une accélération des prix à l’époque, favorisant la hausse de l’inflation plus tard dans la décennie, a-t-il expliqué".

* "Si nous perdons confiance dans la capacité et la volonté de la Réserve fédérale à gérer les pressions inflationnistes" et à étayer le dollar, "nous aurons de sérieux ennuis", a affirmé Volcker. "Cela doit figurer au premier rang de nos réflexions. Si nous perdons cela, nous revenons aux années 70 ou pire encore".

* "Les prix à la consommation [US] ont grimpé de 3,9% en avril par rapport à la même époque l’an dernier, à comparer avec un taux moyen de 2,7% sur la dernière décennie", rapportait hier le département du Commerce US. Selon Volcker, il y a "bien plus d’inflation" que ne le reflètent les chiffres du gouvernement.

* Oui, cher lecteur, la bataille entre l’inflation et la déflation a été bruyante et peu décisive. Mais nous n’avons même pas commencé à réaliser le véritable coût de cette guerre. A l’insu de la majeure partie des observateurs, quasiment toute une génération d’accumulation de richesse est partie en fumée. Les salaires sont revenus à leurs niveaux des années 70. Les actions stagnent depuis 10 ans. Et les maisons retrouvent leurs prix du milieu des années 90.

** Sur ce dernier point, nous avons quelques chiffres. Les dossiers de saisies ont grimpé de 65% en avril par rapport au mois précédent. En Californie, les saisies ont atteint un nouveau sommet record.

* Le constructeur immobilier Toll Bros. annonce que ses ventes chuteront de 30% ce trimestre. Les cas de triche sur les prêts hypothécaires ont grimpé de 31%, affirme le FBI. Et en Angleterre, les agents immobiliers disent que ce marché est le pire qu’ils ont vu ces 30 dernières années.

* Comment en sommes-nous arrivés là ? Les gouverneurs de la Fed ont eu le beurre, l’argent du beurre — et le sourire de la crémière. Jusqu’à présent, ils pouvaient baisser les taux et augmenter la masse monétaire, tout en gardant la tête haute et en regardant les Américains dans les yeux : "vous voyez de l’inflation ? Nous ne voyons pas du tout d’inflation, nous".

* Hélas, les rumeurs circulent… les preuves apparaissent… et les gens sont consternés. Ils se retournent notamment contre Alan Greenspan. Nous avons déclaré, il y a des années de ça, que la réputation de Greenspan était inversement corrélée au prix de l’or. A mesure que le métal jaune grimpait, la cote de popularité de Greenspan baissait. Cette tendance a probablement encore de beaux jours devant elle.

* Même Ben Bernanke a désavoué son ancien patron — déclarant que la Fed peut et doit détecter les bulles et les percer avant qu’elles ne tournent mal. Mais Bernanke a beau rouler des mécaniques… il s’est montré peu disposé à faire le choix difficile de Volcker. Entre protéger le dollar et maintenir la bulle bien gonflée, Bernanke a choisi la pompe, et non la lancette.

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