La Chronique Agora

Les investisseurs quittent lentement le navire américain

Young businessman standing on the boat while holding an umbrella and briefcase with a sinking town at the sea

Entre déficits abyssaux, explosion du coût de la dette et engrenage géopolitique autour du détroit d’Ormuz, les États-Unis semblent pris dans un engrenage destructeur. Une question s’impose : un empire peut-il encore durer lorsque sa puissance financière, stratégique et monétaire vacille ?

Seeking Alpha rapporte :

« Les avoirs des banques centrales étrangères en bons du Trésor détenus à la Fed de New York sont au plus bas depuis 2012. »

La dette augmente. Les paiements d’intérêts augmentent. Les prêteurs disparaissent. Et il n’y a aucun moyen de maîtriser la « spirale de la dette ».

Shanaka Anselm Perera explique :

« DERNIÈRE MINUTE. Les états financiers consolidés du Trésor américain pour l’exercice fiscal 2025 font apparaître 6,06 trillions de dollars d’actifs pour 47,78 trillions de dollars de passifs. Cela représente une position nette négative de 41,72 trillions de dollars. Et ce chiffre exclut la Sécurité sociale et Medicare, que le CBO estime ajouter entre 50 et 70 trillions de dollars d’obligations non financées sur 30 ans.

Steve Hanke et David Walker ont écrit dans Fortune, le 23 mars, que ces chiffres traduisaient une insolvabilité au regard de tout cadre comptable standard… Mais ces chiffres sont ceux du Trésor lui-même. Ils sont publiés sur Treasury.gov. Ils sont audités. Et ils décrivent un gouvernement dont les passifs dépassent les actifs dans un rapport proche de 8 pour 1.

Ajoutez maintenant la guerre à cette équation. Les intérêts annuels sur la dette nationale ont atteint 1,22 trillion de dollars pour l’exercice fiscal 2025. C’est plus que le budget de la défense. Plus que Medicare. La demande de financement supplémentaire pour la guerre contre l’Iran dépasse 200 milliards de dollars.

La Réserve fédérale ne peut pas baisser les taux, car l’inflation énergétique liée au détroit d’Ormuz a porté le PCE à 2,7 %, et il continue de monter. Chaque point de base maintenu par la Fed est un point de base qui se répercute sur 39 trillions de dette brute.

La guerre, qui devait durer quelques semaines, coûte désormais des centaines de milliards, tandis que son financement devient plus onéreux à chaque baril de pétrole qui ne transite pas par le détroit.

L’arithmétique est circulaire et s’accélère : la guerre fait monter les prix de l’énergie ; les prix de l’énergie font monter l’inflation ; l’inflation empêche la baisse des taux ; des taux plus élevés augmentent le coût du service de 39 trillions de dette ; l’alourdissement du service de la dette creuse le déficit ; l’aggravation du déficit exige davantage d’emprunts ; et ces emprunts se font à des taux plus élevés parce que la guerre continue.

Le cercle n’a pas d’issue tant que le détroit reste fermé. »

C’est pourquoi les étrangers ne veulent plus détenir de bons du Trésor américain : ils ne leur font plus confiance pour agir avec discernement. Une nation profondément endettée devrait réduire ses dépenses, non les accroître. Et un empire prospère, arrivé au terme de sa trajectoire, devrait se faire des amis et des alliés, non des ennemis.

Un empire doit accomplir deux choses pour durer. Il doit assurer la sécurité — non seulement pour lui-même, mais aussi pour ses États vassaux. Il doit également entretenir un système financier, fondé sur une monnaie solide, qui permette aux hommes de produire et d’échanger. S’il ne peut pas payer ses factures ni maintenir ouverts les points de passage du commerce, à quoi sert-il ?

Dans notre précédente chronique, nous nous sommes concentrés sur les routes commerciales et sur le fait que le rôle d’un empire est de les maintenir ouvertes. Cela nous a conduit à un ensemble d’hypothèses et de suppositions.

Premièrement, soit le gouvernement américain est lamentablement ignorant de ces réalités, soit, plus probablement, cette ignorance est simplement une qualification requise. Sa véritable mission historique serait alors d’affaiblir l’empire. Des dirigeants intelligents et cultivés ne pourraient pas accomplir ce travail.

Deuxièmement, les politiques et les programmes actuels du gouvernement américain constituent un mélange d’improvisation guerrière et de chaos toxique. Le détroit d’Ormuz était ouvert. Il est maintenant fermé. Le président dit qu’il va le rouvrir, puis que ce n’est pas son problème, puis, plus récemment, qu’il mettra fin à la guerre, qu’il soit ouvert ou non. Ce n’est pas exactement la réflexion stratégique que l’on attend d’un grand empire.

Troisièmement, toute l’équipe de Trump — ou presque — semble faite d’un bois de pin médiocre, et non de chêne majestueux. Le caractère de Hegseth, par exemple, serait rejeté par Marvel Comics pour excès de simplisme. Trump lui-même, si son père n’avait pas été l’un des hommes les plus riches, aurait peut-être été un propriétaire de bar prospère, ou à la rigueur, un franchisé dans la location de voitures.

Quatrièmement, l’inspiration initiale de l’attaque contre l’Iran aurait été de détruire son programme nucléaire. Peu importait, semble-t-il, que l’Iran ne dispose apparemment d’aucun programme nucléaire, selon les inspecteurs internationaux… ni que, s’il en avait eu un, celui-ci aurait déjà été détruit en juin dernier… ni encore qu’il négociait activement pour éviter d’être bombardé. Il ne semble pas non plus avoir effleuré l’esprit des « Hegsethiens » que plus ils bombardent l’Iran, plus ils incitent l’Iran — ainsi que toutes les autres nations du monde — à vouloir se doter de l’arme nucléaire pour se prémunir contre les bombardements américains.

Nous n’avons pas d’AK-47 à la maison. Et il n’y a pas de char de combat dans notre jardin. Nous comptons sur l’État fédéral pour rendre ces choses inutiles. De même, des nations de niveau intermédiaire, qui pourraient être capables de fabriquer des bombes nucléaires, ont choisi de s’épargner cette dépense.

À la place, elles ont fait confiance aux États-Unis — le grand empire — pour les protéger… et, avec l’ONU et d’autres institutions internationales, pour administrer une forme approximative de justice entre les États membres.

Aujourd’hui, elles s’interrogent : peut-on encore faire confiance aux États-Unis — à leur monnaie, à leur crédit ou à leur puissance militaire ?

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