La Chronique Agora

Les initiés encaissent, les autres paient

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Silhouettes on red background highlight insider threat detection, suspect focus.

Donald Trump veut laisser son nom dans l’Histoire, jusque sur les billets de banque. Mais derrière cette volonté de marquer son époque se dessine surtout une Amérique qui dépense toujours davantage pour entretenir l’illusion de la prospérité. Et lorsque les subventions gonflent, que les valorisations s’envolent et que les initiés se préparent à vendre, mieux vaut se demander qui paiera la note.

Aucun président n’aura fait autant d’efforts que Donald Trump pour graver son nom dans l’Histoire. Du temps où il faisait encore des affaires, il collait déjà son patronyme sur tout ce qu’il lançait : Trump University, Trump Shuttle, Trump Vodka, Trump Taj Mahal… À la Maison-Blanche, la manie ne l’a pas quitté : le Trump-Kennedy Center, les comptes Trump, la salle de bal Trump… bientôt l’Arc de triomphe Trump et, pourquoi pas, un billet de 250 dollars à son effigie.

Ce billet a justement fait parler de lui cette semaine. Internet s’est beaucoup amusé en découvrant que le nombre 250 avait, en chinois, une signification particulière. Copilot précise :

« En mandarin, ‘250’ s’écrit 二百五 et se prononce èrbǎiwǔ. Dans le langage courant, l’expression désigne un idiot ou un imbécile. »

Aux États-Unis, on réserve d’ordinaire les billets de banque aux présidents morts. Y faire figurer un président bien vivant serait donc sans précédent — au sens presque littéral du terme. Et peut-être de mauvais augure. La plupart des entreprises auxquelles Trump a donné son nom ont mal fini. Rien ne garantit que les projets publics baptisés en son honneur connaîtront un sort plus heureux.

Mais qui sait ? Donald Trump n’est pas tout à fait un président comme les autres. Il finira pourtant, comme eux, par franchir cette frontière dont nul voyageur ne revient. Son portrait sur un billet paraîtra alors moins présomptueux. Et dans quelques années, vous serez peut-être ravi d’avoir gardé un billet de 250 dollars à son effigie… ne serait-ce que pour acheter un café.

En attendant, ce sont les agriculteurs qui vont toucher davantage de billets de 250 dollars. Le Wall Street Journal rapporte :

« Au début de l’année, le ministère de l’Agriculture estimait que les aides directes versées aux agriculteurs atteindraient 44 milliards de dollars en 2026. Les fonds publics auraient ainsi représenté plus du quart du revenu agricole net attendu, une mesure générale des bénéfices du secteur.

Cette estimation ne tenait pas encore compte des 11 milliards de dollars supplémentaires réclamés mercredi au Congrès par le président Trump, principalement pour aider les agriculteurs à supporter les conséquences de la guerre avec l’Iran. Si cette enveloppe est votée, les aides publiques au secteur agricole pourraient atteindre un record cette année. »

Les agriculteurs américains rejoignent ainsi les rangs, déjà bien fournis, de ceux qui vivent sous perfusion fédérale : retraités, fonctionnaires, simples d’esprit, invalides, sous-traitants, consultants, escrocs et autres profiteurs. Leur situation ressemble désormais davantage à celle de leurs homologues européens. Les agriculteurs que nous connaissons en France nous disent que leurs subventions couvrent à peu près l’équivalent de leur revenu net. Sans elles, beaucoup ne tiendraient pas longtemps.

Autrefois, les États-Unis consacraient l’essentiel de leur surplus de richesse à leur armée, tandis que l’Europe dépensait le sien dans la protection sociale. L’Amérique fait désormais les deux. Entre la hausse des dépenses de retraite, Medicaid, les aides agricoles et un budget du Pentagone de 1 500 milliards de dollars, elle dilapidera sa fortune à la fois dans les canons et dans le beurre.

À Wall Street, en revanche, le calme domine. Les investisseurs délaisseraient peu à peu les valeurs de l’intelligence artificielle, devenues hors de prix, au profit d’actions un peu plus raisonnablement valorisées. Une vieille expression boursière dit alors que « l’on tire sur les généraux ». Les généraux, cette fois, sont les Sept Magnifiques, qui ont porté le marché ces dernières années. Nvidia, Apple, Alphabet, Meta, Microsoft, Amazon et Tesla reculent pourtant de 3 % depuis le début de l’année.

Au-dessus d’eux trône encore le généralissime : SpaceX. Les investisseurs sont convaincus que l’entreprise est promise à la Lune. Ils feraient peut-être mieux de regarder ce qu’il advient généralement de ces coqueluches de la cote après leur introduction en Bourse. Charlie Bilello le rappelle :

« Toutes les grandes introductions en Bourse des quinze dernières années sont, à un moment ou à un autre de leur première année, retombées sous leur cours de clôture du premier jour. »

Didi Global a perdu 90 % de sa valeur. Robinhood et Rivian ont chacune chuté de 80 %. Et la liste continue. SpaceX, comme Alibaba avant elle, a déjà baissé de 35 %. Les initiés, pourtant, n’ont même pas encore commencé à vendre.

Les entreprises de ce type distribuent des quantités considérables d’actions pour attirer et récompenser leurs premiers salariés, leurs prêteurs et leurs investisseurs. Ces titres sont généralement bloqués pendant un certain temps. Cela permet de limiter le flottant — c’est-à-dire le nombre d’actions réellement disponibles sur le marché — et de maintenir artificiellement la pression à la hausse.

Dans le cas de SpaceX, seuls 5 % environ des titres ont été mis en circulation jusqu’à présent. Mais les verrous sauteront progressivement. Au bout de 180 jours, près de 60 % des actions pourraient devenir négociables.

Or, ces titres ne dorment pas dans les portefeuilles de paisibles investisseurs de long terme. Ils appartiennent à des salariés, à des fonds de capital-risque et à des spéculateurs. Tous doivent avoir, au fond, la même idée que nous : mieux vaut vendre, empocher le gros lot et quitter la table avant que les gains ne s’envolent…

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