La Chronique Agora

Immobilier, croissance, consommation… Faut-il s’inquiéter pour la Chine ?

▪ Des immeubles abandonnés, des quartiers jamais habités, des infrastructures jamais utilisées, voilà la vision à peine caricaturale que nous pouvons nous faire de l’immobilier en Chine.

Comme le disais aux lecteurs de La Quotidienne de la Croissance dans un précédent article, le marché de l’immobilier est manifestement en phase d’explosion. Reste à savoir si Pékin parviendra à contenir la déflagration ou si les répercussions de cette bulle vont frapper en profondeur l’économie et le système bancaire et financier chinois.

Est-ce la fin de la flamboyance économique chinoise et le début d’un krach chinois ?

De l’immobilier — et ses difficultés — à l’économie chinoise — et ses difficultés –, sautons le pas ! Ou plutôt posons-nous la question suivante : l’immobilier est-il le révélateur, l’épitomé, de l’état de l’économie ? Bref, est-ce la fin de la flamboyance économique chinoise et le début d’un krach chinois ?

En examinant de plus près les récents chiffres de l’économie de l’Empire du Milieu, c’est sans surprise que l’on constate que les secteurs les plus touchés sont ceux des matières premières et de l’industrie lourde. Deux secteurs qui doivent beaucoup à la construction dont nous avons vu qu’elle n’était pas au meilleur de sa forme.

▪ Les entreprises contrôlées par l’Etat en première ligne
La décélération de l’activité est en outre majoritairement concentrée dans les grandes entreprises contrôlées par l’Etat :

Des entreprises qui sont dans le collimateur de Pékin depuis quelques mois. Les dirigeants chinois ont en effet décidé de lutter contre les maux qui gangrènent ces entreprises : corruption, mauvaise gouvernance, endettement, efficacité et rendement désastreux, mauvais choix stratégiques. Ce sont elles qui affichent les plus importantes baisses de leur chiffre d’affaires.

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Pour revivifier l’économie chinoise, les dirigeants ont, depuis 2011, clairement affiché leur volonté de réformer progressivement les entreprises publiques et semi-publiques. Non-intervention lors de faillite, ouverture aux capitaux étrangers, remise en cause progressive des monopoles… Pékin souhaite mettre en place une économie plus efficace, plus ouverte à la concurrence et aux investisseurs non-chinois.

Une telle mutation prend du temps, surtout dans un système depuis longtemps sclérosé

Evidemment une telle mutation prend du temps, surtout dans un système depuis longtemps sclérosé par la gestion communiste, les lourdeurs du système et le clientélisme.

Sans surprise non plus, ce sont les régions les plus tournées vers l’industrie lourde (comme le Shanxi, dans le nord du pays) qui sont le plus touchées par le ralentissement économique.

▪ Que font les ménages ?
L’économie chinoise ne se résume pas à sa construction, ses régions industrielles et à ses conglomérats publics. La Chine, c’est aussi une classe moyenne (disposant d’un revenu annuel équivalent à 35 000 $ ou plus) en forte progression et qui devrait tripler d’ici 2022 pour atteindre les 80 millions.

Or, jusqu’à présent, la consommation des ménages se porte bien. Ou plutôt se maintient. Mais s’il y a bien un indicateur à surveiller au cours des prochains mois, celui qui devrait permettre de diagnostiquer au mieux l’état de santé du patient Chine, c’est bien la consommation intérieure, et tout particulièrement celle des ménages.

C’est devenu un topos, une idée fixe un peu trop rebattue comme explication à chacune des décisions prises par Pékin mais elle a un fond de vérité : les dirigeants chinois tentent en effet de passer d’un modèle économique reposant sur les exportations à un modèle soutenu par la consommation intérieure. Cette évolution, que l’on nous annonce depuis 2007, prend du temps à se mettre en place — ce qui n’a rien d’anormal.

La part de la consommation des ménages dans le PIB chinois tourne autour des 35%

Actuellement, la part de la consommation des ménages dans le PIB chinois tourne autour des 35%, loin derrière les chiffres des pays occidentaux (entre 60% et 70%), et surtout loin de ce qu’elle représentait dans les années 80 (autour de 50%). La raison ? Essentiellement, la propension très marquée des Chinois à épargner — aux dépens de la consommation effrénée.

Pour tenter de soutenir la consommation des ménages, Pékin s’est bien sûr lancé dans les grandes manoeuvres : augmentation des salaires, mise en place étendue d’une assurance santé et chômage… et attention toute particulière aux créations d’emplois. Pour l’instant, l’économie chinoise continue à créer des emplois et le taux de chômage (urbain) reste sous la barre des 5%, limite fixée par Pékin.

▪ Pékin ne se fera pas en un jour
Si les ambitions et les intentions des dirigeants chinois sont à saluer et semblent la voie la plus sage pour stabiliser sur le long terme la croissance, les difficultés et les déséquilibres actuels laissent planer un gros doute sur leur capacité à mener jusqu’au bout cette indispensable transition.

Autant de paradoxes qui expliquent l’inquiétude généralisée quant à l’évolution économique de la Chine

Comment soutenir la consommation et mener des réformes plus sociales alors que la croissance fléchit ? Comment encourager les créations d’emploi alors que le secteur public est à la peine ? Comment éviter que le système bancaire n’implose sous ses dettes tout en soutenant le crédit ? Autant de paradoxes qui expliquent l’inquiétude généralisée quant à l’évolution économique de la Chine.

Mais ces défis auxquels est confrontée la Chine ne doivent pas faire oublier — de mon point de vue du moins — les énormes atouts du pays qui va s’imposer progressivement comme la puissance économique majeure du 21ème siècle.

Ses efforts en matière d’internationalisation du yuan, d’instauration d’un marché financier alternatif, d’institutions financières concurrentes à celles mises en place après Bretton Woods, sa présence grandissante sur la scène géopolitique et diplomatique mondiale ne doivent pas être négligés.

Alors certes, la croissance chinoise va très certainement continuer à décélérer, mais la puissance économique du pays va continuer à croître dans les années qui viennent.

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