La Chronique Agora

L’IA est-elle fortement recommandée à la vente ?

Bulle IA

Sur l’augmentation totale du PIB l’an dernier, les trois quarts provenaient des investissements dans l’IA et les technologies de pointe. Si on les retire, l’essentiel de la « croissance » disparaît.

A Wall Street la bulle se poursuit… mais chez les Américains ordinaires, l’ambiance tourne au vinaigre.

Selon MarketWatch :

« De plus en plus d’Américains perdent leur logement, dans un contexte où les saisies bondissent de 20 %. A quoi est-ce dû ?

Outre l’envolée des primes d’assurance habitation, les taxes foncières font également grimper les coûts, pour les particuliers, et ils ont du mal à couvrir leurs frais quotidiens. »

Apparemment, beaucoup sont prêts à s’installer ailleurs.

« Un Américain sur cinq déclare vouloir définitivement quitter les Etats-Unis. » Selon Gallup, ce chiffre est conforme à ceux de l’an dernier, indépendamment du changement de pouvoir à Washington. « Les femmes et les jeunes filles de 15 à 44 ans, qui portent cette tendance, sont de plus en plus nombreuses à dire vouloir quitter les Etats-Unis pour s’installer ailleurs. Dans le dernier sondage, 40 % d’entre elles l’affirmaient. »

Ce n’est pas pour changer de sujet mais Friedrich Hayek révèle dans son livre emblématique, La Présomption Fatale, que le problème, avec la planification centrale, c’est que ceux qui s’en chargent ne disposent jamais d’informations suffisantes.

Ils ignorent que Mme Jones préfère les sous-vêtements de couleur jaune ou que M. Smith achète l’action Palantir, ou que le champ en contrebas de la ferme de M. Johnson est trop détrempé pour y semer du blé. Une économie réelle, souligne Hayek, est faite de millions de décisions basées sur des « connaissances éparpillées » et non centralisées.

Les gouvernements peuvent toujours planifier et contrôler… mais sans succès.

Et c’est là qu’intervient Alex Karp.

M. Karp est très présent dans l’actualité. Pas seulement parce qu’on dirait qu’il s’est coiffé avec un pétard, mais parce qu’il propose également de résoudre le problème de Hayek… en apportant TOUS les renseignements aux fonctionnaires. Tout ce qui est disponible sur Internet… du moins avec ou sans la couleur des sous-vêtements de Mme Jones. Ce qu’il ne va pas négliger, en revanche, ce sont les penchants politiques de M. Jones. Pour qui vote-t-il ? Qu’est-ce qu’il lit ? Que pense-t-il ? Est-il mécontent ? Est-ce un dissident ? Un terroriste ?

Karp s’en occupe : il s’agit d’une surveillance à une telle échelle, et avec tellement de détails, que Lavrenti Beria, le chef de la Police secrète de Staline, n’aurait jamais pu l’imaginer.

Les fonctionnaires – et les entreprises privées également – paieront très cher pour obtenir ce type de renseignements.

Par conséquent, l’action de M. Karp (Palantir) s’est envolée très haut. Elle a plus que doublé cette année, progressé de plus de 2 000 % ces trois dernières années, et ses adeptes sont plus haussiers que jamais.

Tom Nash, un analyste exalté, prévoit que l’action atteindra 1 000 $… « 500 $ [elle vaut aujourd’hui 172 $] étant le cours le plus bas auquel elle pourrait coter dans les cinq ans à venir. »

Ce cours de 1 000 $ attribuerait une valorisation d’environ 2 300 Md$ à l’entreprise. Prédiction : les poules auront des dents avant que ce soit payant pour les investisseurs.

Palantir affiche déjà un ratio cours/bénéfices de plus de 400. C’est dix fois plus que celui d’Apple. Et comme nous l’avons vu ces derniers jours, Buffett considère qu’il est recommandé de vendre l’action Apple, et non de l’acheter.

Alors est-ce qu’il est très fortement recommandé de vendre Palantir ? Peut-être.

Karp déclare que les bénéfices du trimestre dernier sont « probablement les meilleurs résultats qu’une entreprise de logiciels ait jamais obtenus… [Palantir] est l’une des meilleures entreprises du monde… Et elle accomplit une tâche noble. C’est l’entreprise la plus impressionnante et la plus incroyable de la planète… avec un produit exceptionnel… et une culture exceptionnelle. »

Si vous ne voyez pas trop ce qu’il y a de noble à conserver des dossiers sur tout le monde, Karp l’explique clairement :

« Soit certaines choses iront dans notre sens [celui des Etats-Unis] et pas dans celui de la Chine, soit ce sera l’inverse. Quand les gens s’inquiètent de la surveillance, certes, elle pose d’énormes dangers mais, vous savez, vous aurez bien moins de droits si l’Amérique n’est pas en tête. »

Cette phrase mérite une clarification. Mais plus on tente de la comprendre, plus elle devient absurde. Est-ce que les Américains vont perdre leurs droits si la Chine est en tête aux Jeux Olympiques, dans la production automobile, ou la production de drones ? Quoi qu’il en soit, pourquoi accroître la surveillance aux Etats-Unis ?

Karp prêche pour sa paroisse. La surveillance, c’est son truc.

Et la « présomption fatale » pourrait être contagieuse : M. Karp aurait dû porter un masque.

Karp note également que « la majeure partie de la croissance du PIB, dans le pays [les Etats-Unis] est due à l’IA ».

Sur l’augmentation totale du PIB l’an dernier, les trois quarts provenaient des investissements dans l’IA et les technologies de pointe. Si on les retire, l’essentiel de la « croissance » disparaît.

Et sur le marché actions, c’est pareil : si l’on retire les principales valeurs technologiques, la moitié des gains enregistrés cette année disparaissent.

Autrement dit, le marché actions et le PIB dépendent désormais d’illusions, du battage médiatique et d’âneries karpiennes.

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