Wall Street veut croire que l’intelligence artificielle, les fusées et les promesses technologiques suffiront à faire oublier la dette, les déficits et les excès de valorisation. Peut-être. Mais pour l’instant, il n’est pas certain que cette nouvelle révolution augmentera réellement la productivité. Elle ajoute surtout de la complexité, de l’euphorie… et tous les ingrédients d’une bulle.
Attendez une minute. Les jeunes générations ne vont-elles pas profiter de toutes les formidables avancées technologiques de ces dernières années ? N’auront-elles pas des voitures autonomes ? N’auront-elles pas l’IA pour leur dire quoi penser… et les aider à ne plus penser du tout ? Ne pourront-elles pas vivre sur Mars, de façon très confortable, grâce à l’une des grandes fusées d’Elon ?
Plus important encore, cette nouvelle technologie ne va-t-elle pas permettre à l’économie de s’arracher à la gravité de ses 110 000 milliards de dollars de dette accumulée, et de justifier enfin le ratio cours/chiffre d’affaires de Nvidia, valorisé à 23 fois son chiffre d’affaires ?
Et permettre aux politiciens — sans même transpirer la moindre goutte — d’équilibrer le budget tout en honorant toutes les promesses faites à des électeurs crédules ?
Peut-être bien… PWC rapporte :
« L’adoption de l’IA pourrait ajouter 15 points de pourcentage au PIB mondial d’ici 2035 »
Mais c’est ici que les choses se compliquent de nouveau. Nous savons que si vous gagnez 10 shillings et que vous en dépensez 11, vous vous enfoncez. Continuez ainsi et vous finirez ruiné. Et nous savons aussi que si vous portez vos revenus à 11 shillings, vous aurez très probablement envie d’en dépenser 12 !
Mais qui sait ? Peut-être inventerez-vous l’équivalent, pour le XXIe siècle, de la roue… ou du bilboquet.
Mieux encore, nous dit Wall Street : il ne s’agit pas seulement d’une opportunité d’investissement, c’est l’équivalent technologique du pays de cocagne. Dans ce grand et glorieux monde de demain, l’IA augmentera la production pour tout le monde. Nous deviendrons tous riches, nous rembourserons nos dettes et nous n’aurons même plus besoin de changer de chaussettes.
L’idée, dans les grandes lignes, est que les ordinateurs imiteront la pensée humaine. Mais, d’une manière ou d’une autre, ils nous sortiront du trou que la pensée humaine a creusé. Nous aurons tous nos « majordomes » IA à notre service pour nous guider, nous aider à éviter de faire des erreurs, n’est-ce pas ? Nous diront-ils d’arrêter de dépenser ces 11 shillings ? Les écouterons-nous ? Ce sont des inconnues… connues.
Parmi ces autres inconnues connues figurent toutes ces choses que l’IA aidera les hommes à faire, alors qu’il vaudrait mieux ne pas les faire du tout. L’IA développée par Palantir, par exemple, aide les États-Unis et Israël à assassiner des dirigeants étrangers. S’agira-t-il d’un progrès pour l’humanité, lorsque les génies de l’IA du camp d’en face assassineront nos propres dirigeants ? Et que dire des machines à perdre du temps ? Déjà, on peut gaspiller des heures à suivre des pièges à clics générés par IA. Un terrier de lapin, puis un autre.
Youpi !
L’IA devient de plus en plus performante pour organiser et présenter l’information. Mais elle organise et présente aussi des fausses informations, de la propagande et des mensonges purs et simples. Sera-t-elle comme Internet, facilitant immensément la circulation du blabla, sans pour autant nous rendre plus intelligents ni plus productifs ?
Pour éviter une débâcle de la dette, cette nouvelle technologie devrait augmenter la productivité, et non simplement ajouter de la complexité et de la nouveauté. L’IA y parviendra-t-elle ? Jusqu’à présent, rien ne l’indique.
Et puis, il y a SpaceX qui décolle. Encore plus de complexité. Pas un investisseur sur mille ne comprend comment envoyer des fusées dans l’espace, ni comment qui que ce soit pourra gagner de l’argent avec cela.
Mais des millions d’entre eux semblent galvanisés, au point que des professionnels de l’investissement habituellement sobres et raisonnables passent leurs ordres comme s’il s’agissait des dot.com en 1999 ou des actions japonaises en 1989. Le prix n’a presque plus d’importance, chante le chœur : c’est l’opportunité d’une vie.
MSN rapporte :
« Les actions et ETF liés à l’espace s’envolent avant l’introduction en Bourse de SpaceX »
Et qui sait ? Peut-être ont-ils raison ; peut-être que le whisky se mettra vraiment à ruisseler des rochers. Mais tant que nous n’y aurons pas goûté, nous nous en tiendrons aux fondamentaux. C’est une bulle. Et les bulles finissent par éclater.
