La Chronique Agora

Hausse des impôts : l’erreur de trop ?

hausse-impots-2027

Wooden blocks display the year 2027 and the word BUDGET, symbolizing financial planning and future fiscal organization. Stacked coins suggest monetary growth and investment, while a calculator and documents imply analysis and accounting. This image is suitable for commercial and editorial use related to finance, business, and economic forecasting.

Après avoir assuré que les impôts n’augmenteraient pas, le gouvernement s’apprête pourtant à relever encore le poids des prélèvements obligatoires. Le problème est que la France ne manque déjà pas d’impôts. Elle manque surtout de croissance.

Cela devait être une ligne rouge : les impôts ne devaient pas augmenter. Pourtant, les premiers éléments du projet de loi de finances pour 2027 transmis au Haut Conseil des finances publiques montrent exactement l’inverse : le poids des prélèvements obligatoires devrait encore progresser de 0,3 point de PIB. Nous passerions ainsi à 44,2 % du PIB selon les normes de l’Insee, et à plus de 45 % selon les normes Eurostat. Autrement dit, alors que la France affiche déjà un niveau de prélèvements particulièrement élevé, nous nous préparons une nouvelle fois à l’alourdir.

Malheureusement, cette méthode n’a rien de nouveau. En 2024, les prélèvements ont augmenté de 38 milliards d’euros. En 2025, la hausse a atteint 52 milliards. Et au deuxième trimestre 2026, ils progressaient encore d’environ 50 milliards d’euros sur un an. Au total, impôts, taxes et cotisations sociales représentent désormais près de 1 400 milliards d’euros en France. Depuis 2021, leur montant a augmenté d’environ 300 milliards d’euros. Il devient donc difficile de soutenir que le problème français serait un manque de recettes fiscales.

Le catalogue des nouvelles taxes

Et pourtant, le projet de budget remet déjà sur la table toute une série de hausses ou de maintiens de taxes : fiscalité sur les contrats automobiles, produits sucrés, télévision payante, autoroutes, aéroports, tabac, surtaxe sur les grandes entreprises ou encore mesures visant les contribuables les plus fortunés. Pris séparément, chacun de ces prélèvements peut sembler limité. C’est d’ailleurs souvent ainsi qu’on les présente : quelques euros ici, quelques dizaines d’euros là, une taxe supplémentaire sur telle activité ou un taux légèrement relevé sur telle autre.

Mais l’économie ne fonctionne pas taxe par taxe. Ce qui compte, c’est leur accumulation.

Et cette accumulation finit nécessairement par avoir des conséquences sur le comportement des ménages et des entreprises. Un ménage davantage taxé dispose de moins de moyens pour consommer ou épargner. Une entreprise davantage taxée dispose de moins de marge pour investir, recruter ou augmenter les salaires. Lorsque la consommation et l’investissement ralentissent, c’est l’ensemble de l’activité économique qui finit par en souffrir. Voilà pourquoi le débat sur les impôts ne peut pas se limiter à savoir combien une nouvelle taxe rapportera théoriquement à l’État. Il faut aussi se demander combien elle risque de coûter à l’économie.

Toujours plus d’impôts, toujours moins de croissance ?

C’est précisément là que le problème français devient inquiétant. La croissance devrait atteindre seulement 0,4 % cette année selon les dernières prévisions de l’OCDE, ce qui place la France en queue de peloton parmi les grandes économies présentées. Dans le même temps, notre croissance annuelle moyenne sur longue période est tombée sous la barre de 1 %. Nous avons donc une économie qui crée de moins en moins de richesse, mais à laquelle nous demandons toujours davantage de recettes fiscales.

Ce mécanisme ne peut évidemment pas fonctionner indéfiniment. Les recettes fiscales dépendent de l’activité économique, de la consommation, des bénéfices des entreprises, des revenus des ménages, de l’emploi et de l’investissement. Si tous ces éléments progressent peu, augmenter continuellement les prélèvements finit par réduire l’assiette sur laquelle ils reposent. En d’autres termes, on peut parfaitement augmenter les impôts sans obtenir, à terme, les recettes attendues. C’est même tout le danger de la situation actuelle : à force de vouloir prélever davantage sur une économie qui ne croît presque plus, nous risquons surtout d’affaiblir encore cette économie.

La mauvaise variable d’ajustement

Pourquoi continuons-nous malgré tout dans cette voie ? La réponse est malheureusement assez simple : parce qu’augmenter les impôts permet d’éviter le vrai débat, celui des dépenses publiques. Depuis les années 1980 jusqu’en 2025, les dépenses publiques françaises ont augmenté d’environ 700 %, contre environ 567 % pour le PIB en valeur. Le décalage est considérable. Et il ne s’explique pas uniquement par les grands postes sociaux ou les investissements publics. Les dépenses de fonctionnement représentent à elles seules environ 552,7 milliards d’euros, soit près du tiers de l’ensemble des dépenses publiques. Les organismes divers d’administration centrale représentent eux aussi près de 150 milliards d’euros par an.

C’est donc bien là que devrait se situer le cœur du débat : non pas savoir quelle nouvelle taxe créer, mais quelles dépenses peuvent réellement être réduites. Malheureusement, cette question est beaucoup plus difficile politiquement. Il est toujours plus facile d’ajouter une taxe ciblée que de remettre en cause une dépense installée depuis des années. Et c’est ainsi que l’impôt devient progressivement la variable d’ajustement permanente du système.

La France n’a plus beaucoup de marge

Le contexte rend pourtant cette stratégie particulièrement dangereuse. La dette publique atteint désormais 3 595,5 milliards d’euros, soit 119 % du PIB. Elle a augmenté de plus de 1 200 milliards d’euros depuis 2020, alors que le PIB en valeur progressait beaucoup moins vite. Dans le même temps, les taux d’intérêt sur la dette française ont fortement augmenté. Le temps où l’on pouvait financer les déficits à très faible coût est terminé.

Cela signifie que l’État va devoir consacrer une part de plus en plus importante de ses ressources au paiement des intérêts. Et si les dépenses ne diminuent pas suffisamment tandis que la charge de la dette augmente, la tentation sera encore une fois de chercher de nouvelles recettes fiscales. Puis encore d’autres. Nous entrerions alors dans une mécanique extrêmement dangereuse : plus de dépenses, plus de dette, plus d’intérêts, plus d’impôts et, au final, moins de croissance.

Jusqu’où peut-on aller ?

Car il existe forcément une limite au niveau de prélèvements qu’une économie peut supporter sans détériorer son dynamisme. La France semble malheureusement décidée à tester cette limite. Or notre pays ne souffre pas d’un manque chronique d’impôts. Avec près de 1 400 milliards d’euros d’impôts, taxes et cotisations sociales, les recettes sont déjà considérables. Le problème est ailleurs : nous dépensons beaucoup, nous nous endettons beaucoup et nous ne créons pas suffisamment de croissance en contrepartie.

Dans ces conditions, augmenter encore les impôts revient à traiter les conséquences sans jamais s’attaquer aux causes. Pire, cela risque d’aggraver le problème que l’on prétend résoudre. Car sans croissance, il n’y aura ni redressement durable des comptes publics, ni hausse pérenne des recettes fiscales, ni réduction crédible de la dette. La priorité devrait donc être exactement inverse : réduire les dépenses qui peuvent l’être, alléger progressivement la pression fiscale et surtout redonner aux ménages et aux entreprises les moyens de consommer, d’investir, d’embaucher et de produire davantage. Ce n’est qu’ainsi que l’on pourra réellement élargir l’assiette fiscale et, paradoxalement, améliorer durablement les recettes publiques.

Continuer à augmenter les impôts dans une économie déjà presque à l’arrêt, c’est prendre le problème à l’envers. Et malheureusement, c’est précisément ce que nous sommes en train de faire.

Recevez la Chronique Agora directement dans votre boîte mail

Quitter la version mobile