La Chronique Agora

Les Français sont-ils de bons épargnants ? (2/2)

investissement, épargne, retraite

Le problème n’est pas vraiment du côté des épargnants, mais plutôt dans les raisons pour lesquelles nous épargnons…

Comme nous l’avons vu hier, au regard des objectifs donnés à leur épargne, on peut dire que les Français sont d’assez bons épargnants. L’épargne en France est bien souvent une précaution face aux aléas de la vie, ce qui nécessite une certaine liquidité. Mais c’est aussi un moyen d’accumuler assez pour réaliser des achats importants, comme une voiture ou une maison. Les investissements en Bourse, perçus comme trop risqués, n’y ont donc pas de place. Par ailleurs, la question de l’épargne retraite n’intervient pour beaucoup qu’après ces étapes essentielles, même si elle préoccupe environ trois quarts des Français.

Pourtant, j’ai écrit au début de ma chronique d’hier que les Français ne seront jamais de bons épargnants. Je persiste et je signe. Explications.

Une bonne et une mauvaise épargne

Ce ne sont pas les Français qui sont en cause. Leur manière d’épargner, nous l’avons vu, est en accord avec leurs objectifs. Le problème vient des objectifs. Ceux-ci ne sont, en réalité, pas choisis de gaieté de cœur par les Français. Ils leur sont imposés par une classe politique, administrative et syndicale inconséquente, imprévoyante et dispendieuse.

Au premier rang des accusés, l’absence de vraie réforme des retraites. Celles-ci, nous le savons, coûtent extrêmement cher, plus cher que dans bien des pays. L’Institut économique Molinari (IEM) a calculé que nous y consacrions 15% du PIB, contre environ 11% en Allemagne, 10% en Espagne ou 8% au Royaume-Uni. La raison principale tient au sous-développement des réserves des régimes publics de retraites et des fonds de pensions.

Nos déficits publics élevés, notre dette faramineuse, notre fiscalité confiscatoire, notre chômage structurel, notre manque d’investissement, notre faible croissance, notre désindustrialisation… s’expliquent en grande partie par l’absence d’une capitalisation collective.

Aujourd’hui, les actifs gérés par les fonds de pension privés et les fonds de réserve publics représentent 13% du PIB en France. Au Danemark, c’est 199% du PIB ; au Canada, 184%, aux Pays-Bas, 173%, etc.

Sans réforme structurelle qui créerait des fonds de pension à la française, le rapport qualité/prix du système de retraites et le retour sur investissement pour les cotisants resteront médiocres, voire continueront à se dégrader. En effet, à cotisation égale, affirme l’IEM, « un salarié se créerait trois fois plus de droits retraite s’il pouvait capitaliser de façon collective, au lieu d’alimenter la répartition ».

Le retard de la France en matière de capitalisation collective génère un manque-à-gagner pour la collectivité équivalant à 2,6 points de PIB – soit environ 60 Mds€ – chaque année. C’est-à-dire, si l’on se compare à la moyenne de l’OCDE, 3 750 € par retraité chaque année.

Une vraie réforme des retraites changerait, par conséquent, complètement les objectifs des épargnants et la manière dont ils épargnent. De même, une réforme de la fiscalité permettant aux Français de se projeter loin dans l’avenir serait la bienvenue. Avec des impôts, taxes ou cotisations qui naissent presque chaque jour, avec des taux qui augmentent régulièrement, avec des niches fiscales, subventions, crédits d’impôt en tout genre qui surgissent à chaque loi de finances pour inciter les Français à investir dans tel produit plutôt que dans tel autre, il est bien difficile pour un épargnant moyen de s’y retrouver. Il est surtout presque impossible d’avoir une stratégie de long terme.

Comment, par ailleurs, être un bon épargnant alors que le taux du prélèvement forfaitaire unique (PFU) ou flat tax sur les revenus financiers reste confiscatoire – n’oublions pas que l’épargne est constituée de revenus non dépensés mais déjà imposés – et qu’il ne s’applique pas aux revenus immobiliers ? Comment être un bon épargnant quand l’immobilier est surtaxé en France ? Comment être un bon épargnant quand une fiscalité lourde et de multiples contraintes pèse sur toutes les formes d’épargne retraite ? Comment être un bon épargnant alors que les droits de succession continuent de dilapider un patrimoine patiemment – et parfois douloureusement – constitué ?

Un manque de culture économique et financière

On pourrait, enfin, incriminer l’école, inapte à donner aux Français une culture économique et financière digne de ce nom. Avec des professeurs d’économie comme Nathalie Arthaud (Lutte ouvrière) et Sandrine Rousseau (Europe Écologie-Les Verts), l’enseignement de l’économie ne peut qu’être orienté contre les épargnants !

Puissions-nous avoir des politiques publiques favorables à l’épargne et aux épargnants, tel est le vœu que je formule au commencement de cette nouvelle année. Malheureusement, je crains qu’il ne reste un vœu pieux en 2023.

Je souhaite néanmoins une heureuse année à tous nos lecteurs. Qu’ils continuent d’être de « bons épargnants » en particulier grâce à… La Chronique Agora.

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