La Chronique Agora

Force brute, résultat nul

Fist

En diplomatie comme en économie, la coercition finit toujours par produire l’effet inverse de celui recherché. Menaces tarifaires, chantage politique, attaques contre la banque centrale et mise sous tension des alliances historiques… À force de confondre puissance et brutalité, les États-Unis semblent saper eux-mêmes les fondations de leur leadership mondial.

« Les nations ne tombent pas toujours sous les coups d’armées d’invasion. Le plus souvent, elles se fracturent de l’intérieur, vidées de leur substance par des dirigeants qui confondent leur propre survie avec le destin de l’État. » — MiddleEastMonitor.com

Tiens… voilà une nouvelle utilisation du ruban adhésif tarifaire : contraindre les étrangers à rejoindre son Conseil de la paix bidon. The Mirror :

« Trump menace d’imposer un droit de douane extravagant de 200 % sur le vin français après le refus de Macron de rejoindre le Conseil de la paix proposé

‘J’imposerai un droit de douane de 200 % sur ses vins et ses champagnes. Et il rejoindra le Conseil. Mais il n’est pas obligé de le faire’, a déclaré Trump à propos du dirigeant français. ‘Personne ne veut de lui parce qu’il sera très bientôt hors du pouvoir’, a-t-il ajouté, dans une pique adressée au président français. »

Nous avons toute confiance dans l’équipe de notre président. Leur mission historique — dont ils semblent parfaitement inconscients — paraît être d’accélérer le déclin et la chute de l’empire américain.

Et, à vrai dire, ils s’en acquittent avec un certain talent. Énumérons les moyens utilisés… ou laissons plutôt John Dienner le faire pour nous :

« Il a fait enlever le président du Venezuela (kidnapping), saisi plusieurs pétroliers étrangers en haute mer (piraterie), largué des bombes sur des sites en Iran liés au développement nucléaire, ainsi qu’en Somalie, au Nigeria et en Syrie (actes de guerre). Il a menacé les dirigeants iraniens et colombiens d’interventions militaires en raison du trafic de drogue, de la corruption et de la répression violente des manifestations (bellicisme). Il a menacé le président de la Réserve fédérale américaine de poursuites pénales pour avoir refusé de baisser les taux d’intérêt comme il l’exigeait (intimidation). Et enfin, il a menacé de s’emparer du Groenland, protectorat d’un allié de l’OTAN.

Son attitude agressive envers le Canada et ses attaques tarifaires poussent désormais son voisin du nord dans les bras accueillants de la Chine — principal antagoniste stratégique des États-Unis.

Il propose en outre un plafonnement des taux d’intérêt des cartes de crédit à 10 %, sans comprendre que des millions d’Américains à faible note de crédit verront leur plafond réduit, voire leur carte purement et simplement inutilisable. »

On se souvient pourtant que l’empire américain reposait sur trois piliers :

Sur le premier pilier, l’économie, les États-Unis sont désormais éclipsés par la Chine, qui occupe une position dominante : elle est aujourd’hui le premier exportateur mondial. L’économie américaine est par ailleurs fragilisée par les politiques de Donald Trump — droits de douane, déficits jumeaux, dollar utilisé comme arme géopolitique.

La BBC rapporte :

« Une entreprise manufacturière a déclaré qu’elle retirait ses investissements des États-Unis, enregistrant une perte de 400 000 dollars de revenus en raison de l’incertitude liée aux droits de douane imposés par Donald Trump. Le président américain a récemment surenchéri en menaçant de prendre le contrôle du Groenland, affirmant qu’il imposerait des droits de douane à plusieurs pays, dont le Royaume-Uni, s’ils s’opposaient à cette prise de contrôle. »

CNBC :

« La vente massive d’obligations s’accélère alors que Trump intensifie ses menaces tarifaires. Les bons du Trésor américain et les obligations souveraines d’autres pays ont continué à être vendus mardi, les déclarations de la Maison Blanche ravivant les craintes d’une guerre commerciale entre les États-Unis et l’Europe. À 6 h 10 (heure de l’Est), les rendements des Treasuries — en particulier sur les maturités longues — se sont envolés. Le rendement du 30 ans a bondi de 9 points de base à 4,93 %, se rapprochant dangereusement du seuil symbolique de 5 %. »

Reuters :

« Le fonds de pension danois AkademikerPension a annoncé mardi qu’il vendrait d’ici la fin du mois ses bons du Trésor américain, pour un montant d’environ 100 millions de dollars, invoquant la faiblesse des finances publiques américaines. »

Dans le même temps, la valeur du dollar — mesurée en or — est passée sous le seuil des 4 700 dollars l’once. Le ratio Dow/or s’approche désormais de 10, contre plus de 40 en 1999. Et il continue de baisser.

Voyons voir…

Nos alliés les plus proches sont devenus nos adversaires. The Independent :

« Le Canada prépare une réponse à une hypothétique invasion américaine, selon un rapport. »

Les étrangers abandonnent le dollar. Global Media Watch :

« Alerte sur l’effondrement du dollar : dix pays, représentant 45 % de la population mondiale, viennent d’abandonner le dollar américain. »

Et comme le président américain n’a pas obtenu le prix Nobel de la paix, il va désormais « mettre les États-Unis au premier plan ». BBC :

« Je ne me sens plus obligé de penser uniquement à la paix, même si celle-ci restera toujours prédominante. Je peux désormais réfléchir à ce qui est bon et approprié pour les États-Unis. »

Que faisait-il auparavant ? Nous ne le savons pas.

Mais… merci pour votre service.

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