La Chronique Agora

Comment la Fed fait la pire chose possible contre la crise de la dette

▪ Nous parlions la semaine dernière de la destruction de notre civilisation.

Aujourd’hui, nous abordons une question qui y est liée : et alors ?

Vous vous rappelez que nous parlions du travail du macro-économiste Richard Duncan. Nous avons suivi la progression de son raisonnement — des causes du boom boursier à l’inéluctable krach… puis à la réaction inévitable de la Fed et une nouvelle hausse du marché boursier. C’est là toutefois que nos chemins se séparent.

M. Duncan est d’avis qu’une déflation du crédit serait terrible. Nous en sommes arrivés à dépendre si complètement du crédit de la Fed, dit-il, que s’il disparaissait, cela signifierait le chaos, la dépression et la guerre.

"Selon toutes probabilités, notre civilisation n’y survivrait pas", conclut-il.

Confronté à une telle calamité, il pense qu’il n’y a aucun moyen de revenir aux principes sains de la banque et de la finance du 19ème siècle. Nous n’avons pas d’autre choix que d’avancer.

▪ Mais vers où ? Et comment ?
Une minute. Une question à la fois, s’il vous plaît.

Vers où ? Le Japon ! Comment ? Grâce à la même technique que celle utilisée par les Japonais. Ca a marché pour eux, après tout !

La Fed est pleinement décidée à garder le cap. C’est-à-dire que si la déflation du crédit veut s’établir aux Etats-Unis, il lui faudra d’abord passer sur le cadavre de Janet Yellen. Ce qui n’est pas une mauvaise idée en soi. Mais il y a peu de chances que Mme Yellen laisse faire… surtout si elle peut l’empêcher.

Voilà le problème : si le crédit doit continuer à enfler, il faut que quelqu’un emprunte plus — beaucoup plus

Voilà le problème : si le crédit doit continuer à enfler, il faut que quelqu’un emprunte plus — beaucoup plus.

La dette des ménages américains a atteint son sommet en 2007. Avec une dette totale dépassant les 600% des revenus disponibles et une dette immobilière complètement disproportionnée par rapport aux loyers, les ménages étaient sur la paille. Ils avaient tant dépensé par le passé qu’il ne leur restait plus rien pour l’avenir.

Depuis, ils ont réussi à réduire leurs niveaux de dette, bien que les derniers mois aient démontré qu’ils se préparent peut-être à emprunter un peu plus. En tous les cas, ils ne pourront pas emprunter beaucoup… parce qu’ils n’ont pas les revenus disponibles qui vont avec. Et il n’y a aucun signe que les revenus vont substantiellement augmenter.

▪ Le secteur privé en seconde ligne
Si les ménages ne peuvent continuer à ajouter de la dette, qui en est capable ? C’est le secteur privé qui est en seconde ligne. Les entreprises ont fait un beau boulot, en termes d’emprunt, ces derniers temps. Comme pour démontrer que ceux qui ont le plus d’oseille ne sont pas plus intelligents que le reste, les entrepreneurs empruntent de l’argent à qui mieux mieux, en majeure partie pour racheter leurs propres actions à des prix record. Exactement : achetez au sommet… au moins, ça permet de faire grimper les bonus !

Il ne doit pas rester beaucoup de jus dans ce citron non plus. Les revenus des entreprises sont désormais en baisse. Tout comme le revenu disponible d’un ménage, des bénéfices en baisse pour les entreprises laissent au secteur moins d’argent pour payer leurs charges financières.

Ce qui nous laisse le gouvernement. Que leur petit coeur avide en soit béni : on peut compter sur les politiciens pour faire la pire chose au pire moment possible. Quelle est la pire chose qu’un gouvernement lourdement endetté puisse faire ? Tout à fait : emprunter plus. Quand est-ce le pire moment pour le faire ? Quand il n’y a pas de véritable raison de le faire… aucune urgence nationale qui le rende nécessaire. Durant la Deuxième guerre mondiale, l’emprunt était une urgence. Aujourd’hui, c’est une imbécilité.

Nous pourrions ajouter une question supplémentaire. Quelle est la pire manière possible pour un gouvernement d’emprunter de l’argent ? C’est de l’emprunter à la banque centrale, qui imprime simplement le cash à la demande.

Un système financier qui transforme les banquiers en spéculateurs et qui rend les insiders de Washington riches… tandis que tout les autres s’appauvrissent et se chargent d’une dette croissante… ne vaut pas la peine d’être sauvé

C’est ce que fera le gouvernement américain. Plus ou moins comme les Japonais. C’est ce à quoi nous devons nous attendre. C’est également ce qu’attend Richard Duncan. Mais il pense que c’est une chose que les autorités doivent faire… pour éviter l’effondrement de la civilisation. Le gouvernement japonais a environ deux fois plus de dette/PIB que le gouvernement fédéral américain. Ce qui laisse aux Etats-Unis une bonne marge pour ajouter de la dette — à hauteur d’environ 17 000 milliards de dollars. C’est là que nous quittons M. Duncan. Un système financier qui transforme les banquiers en spéculateurs et qui rend les insiders de Washington riches… tandis que tout les autres s’appauvrissent et se chargent d’une dette croissante… ne vaut pas la peine d’être sauvé. Plus tôt nous nous en débarrasserons, mieux nous nous en trouverons.

A suivre…

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