La Chronique Agora

Eux, l’élite

élite, révolution, liberté d’expression

« Je n’ai pas lu la Constitution, mais, d’après ce qu’on m’a dit, je pense sincèrement qu’il s’agit d’un gaspillage de papier. »
~ Donald Trump

L’étau se resserre.

Des taux d’intérêt plus élevés. Une baisse des revenus réels. Les entreprises et les consommateurs sont sur la retenue. La plupart puisent dans leurs économies. D’autres cherchent de la monnaie dans leurs poches. Certains ne trouvent rien. NBCnews :

« Un nombre croissant de consommateurs affichent des retards de paiement pour leur crédit automobile, une tendance que les analystes financiers craignent de voir se poursuivre ; il s’agit d’un signe de la pression que la flambée des prix des voitures et l’inflation prolongée exercent sur les budgets des ménages.

Le nombre de saisies avait chuté au début de la pandémie, lorsque les Américains avaient pu bénéficier d’un coup de pouce grâce aux chèques de relance, et que les prêteurs étaient plus disposés à accommoder les personnes en retard de paiement. Mais ces derniers mois, le nombre de personnes ayant des retards de paiement s’est rapproché des niveaux prépandémiques, et pour les consommateurs aux revenus les plus faibles, le taux de défaillance des prêts dépasse maintenant celui de 2019, selon les données de l’agence de notation Fitch. »

Illogique collectiviste

Le plus probable est que la récession à venir ne fera qu’empirer les choses. Les prix, les ventes et les bénéfices chuteront… tout comme le marché boursier. Mais nous y reviendrons en temps voulu.

Aujourd’hui, nous vous faisons part d’une idée. La liberté d’expression et les marchés libres ne comptent pas vraiment pour la grande majorité des Américains. Et, maintenant qu’ils disparaissent, la plupart des gens s’en moquent. Mais pourquoi ont-ils été inclus dans la Constitution des Etats-Unis en premier lieu ?

La clé pour comprendre l’avenir des Etats-Unis, et pourquoi nous sommes condamnés, est de réaliser que « le peuple » et « les décideurs » ne sont pas les mêmes. Mancur Olson a décrit cette importante différence dans son livre The Logic of Collective Action [NDLR : traduit en français sous le titre Logique de l’action collective].

Il nous explique pourquoi le gouvernement américain est devenu si imposant, si autoritaire et si déphasé par rapport au « peuple ».

En bref, le soutien à un renforcement de l’Etat – lois, réglementations, subventions, renflouements, mesures de relance et autres – est toujours très limité et ciblé. Certaines personnes, celles qui reçoivent l’argent, ont tout intérêt à ce que les nouveaux programmes, quels qu’ils soient, soient mis en œuvre. Le public, quant à lui, n’est généralement pas au courant de ce qui se passe. Si vous lui expliquiez, il est fort probable qu’il serait contre… ou simplement indifférent.

Une politique publique peut accorder un budget d’un milliard de dollars à un petit groupe de fournisseurs d’armes, par exemple, pour « aider l’Ukraine ». Expliquez cela au citoyen lambda. Si le programme est lancé, cela lui coûtera… environ 3,03 $. Il ne va pas s’indigner. Il ne sait pas vraiment où se trouve l’Ukraine ; il ne connaît pas l’histoire de ce pays et n’a aucune idée de ce qui a mené à la guerre. Et aider l’Ukraine à « protéger sa liberté » semble être une bonne chose, dans l’ensemble.

Mais si le commun des mortels est ignorant ou indifférent, les initiés qui recevront l’argent sont bien informés et vivement intéressés par ces mesures. Le programme pourrait changer leur vie. Naturellement, ils engageront des lobbyistes… contribueront aux campagnes de certains membres importants du Congrès… et s’assureront que tout le monde intègre l’idée qu’il s’agit d’une question d’importance nationale vitale.

Histoires d’origines

Cela explique comment le gouvernement américain est devenu si grand et si puissant. Mais cela n’explique pas pourquoi il essaie maintenant d’étouffer la liberté d’expression et de contrôler l’économie. Cela ne nous dit pas non plus comment les limites constitutionnelles – conçues pour protéger la liberté d’expression et une économie libre – en sont arrivées là. Pour cela, nous devons revenir aux origines des Etats-Unis.

Les élites ne sont jamais complètement homogènes… et rarement toutes sur la même page. Lorsque la Révolution américaine a débuté, elle n’avait le soutien que d’environ un tiers de la population des colonies qu’elle concernait. Un autre tiers était contre. Et l’autre tiers avait mieux à faire.

Lors de la bataille cruciale de Yorktown, en Virginie, il y avait à peu près autant d’« Américains » combattant pour l’Angleterre que pour les colonies… et la bataille a en réalité été décidée par des étrangers, plutôt que par des Américains. La marine française, sous le commandement du comte de Grasse, avait bloqué la baie de Chesapeake, coupant l’approvisionnement des forces anglaises.

Les élites américaines de 1776, qui voulaient se détacher de la Grande-Bretagne, étaient des étrangers. C’est-à-dire qu’ils étaient des rebelles… défiant l’autorité de l’élite bien établie.

Naturellement, ils voulaient pouvoir dire ce qu’ils pensaient, sans aller en prison. Ils étaient donc favorables à la « liberté d’expression ».  Mais les idées de liberté, de libre-échange et d’évolution sociale étaient également dans l’air du temps. La Richesse des nations d’Adam Smith a été publié en 1776, la même année que la Déclaration d’indépendance des Etats-Unis.

Ces idées « libérales » ont amenés les fondateurs de la nation américaine à faire confiance au bon sens des masses… à leur sagesse populaire et à leurs valeurs traditionnelles. En outre, ils avaient besoin du « peuple » pour gagner la guerre d’indépendance !

Aujourd’hui, la situation est complètement différente. Les élites ne sont pas des outsiders, mais des insiders, désireux de protéger leur pouvoir, leur statut et leur richesse. Elles ne sont pas favorables à la liberté d’expression. Si celle-ci était pleinement autorisée, « le peuple » – ou du moins les intellectuels dissidents – l’utiliserait pour les critiquer !

Les décideurs au sein de l’élite pensent qu’ils ne sont plus à la merci des « contes de bonne femme » ou des Constitutions. Comme Joe Biden ou Donald Trump, ils pensent pouvoir inventer leurs propres règles, au fur et à mesure qu’elles apparaissent nécessaires.

Ils sont dans la position du roi britannique George III, désireux de protéger leurs possessions contre les étrangers. Ils n’aiment pas la liberté d’expression, car elle remet en cause leurs idées. Et ils n’aiment pas non plus les marchés libres. Les marchés libres sont en constante évolution. Un homme invente un appareil photo dernier cri. Puis, un autre invente un téléphone portable qui prend aussi des photos. Un arriviste découvre le pétrole et, avant même de s’en rendre compte, son petit-fils est gouverneur de New York.

Les marchés libres, comme la liberté d’expression, améliorent la situation de tous. Dans la compétition entre les idées et les opinions, tout comme dans la compétition entre les entreprises, les entrepreneurs et les technologies, c’est le peuple qui l’emporte. Mais les initiés n’en sortent pas nécessairement gagnants. Ils possèdent l’entreprise d’appareils photo, mais pas l’entreprise qui produira les iPhone de demain ; ils sont la classe dirigeante d’aujourd’hui, mais pas nécessairement les gouverneurs et les bureaucrates de demain.

Naturellement, ils essaient d’arrêter l’avenir avant qu’il ne se produise.


[ERRATUM : une précédente version de cet article mentionnait le livre de Charles Darwin L’Origine des espèces comme étant aussi publié en 1776. Il a en réalité été publié en 1859.]

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