La Chronique Agora

Etats-Unis/Chine : match nul

** Pour autant que nous puissions en juger, le voyage de Tim Geithner à Pékin était — au mieux — un match nul. Il a débité ses mensonges apaisants. La Chine a écouté. Les marchés ont réagi favorablement.

* Son but était de bluffer et berner les investisseurs du monde — et notamment de la Chine –, pour les pousser à croire que les Etats-Unis gardaient le contrôle de leurs finances. Une fois que nous serons sortis de ce pétrin, a déclaré Tim Geithner au président chinois, nous nous amenderons. Plus de fièvre du crédit et de dépenses gouvernementales. Il nous faut juste une autre petite dose de cet antique remède… une toute dernière fois… pour surmonter la sombre nuit du retournement économique. Une fois que le soleil se sera levé et que l’économie sera de retour sur la route de la reprise, faites-moi confiance, les Etats-Unis équilibreront leur budget, abandonneront l’assouplissement quantitatif pour toujours et rejoindront les Alcooliques Anonymes. Sérieusement. Juré-craché, si je mens je vais en enfer.

* Mais certaines habitudes sont difficiles à perdre. Celle d’obtenir quelque chose en l’échange de rien en fait partie. Dépenser de l’argent que quelqu’un d’autre a gagné, c’est comme dévorer une grosse tranche de Forêt-Noire tandis que la personne en face de vous grossit. Vous demanderiez probablement une deuxième part.

* Les Américains ont pour habitude de dépenser d’immenses quantités d’argent… sans la plus petite intention de le rembourser un jour. Les consommateurs l’ont fait durant les années 90 et 2000. A présent, les autorités le font aussi. Rien que cette année, le déficit fédéral américain représente quatre fois celui de l’an dernier, qui était déjà un record. La dette américaine officielle explose. Selon Bill Gross, elle devrait atteindre 100% du PIB américain dans cinq ans. Nous pensons qu’elle atteindra ce niveau encore plus tôt.

* A 100% du PIB… même les économistes grand public sont d’avis que la situation sera irréversible… le versement des intérêts sera supérieur à ce que les Etats-Unis peuvent se permettre. A ce moment-là, forcé d’emprunter toujours plus rien que pour suivre les intérêts, le système se transformera en pyramide de Ponzi à l’issue fatale.

** "Nous nous attendons à ce que le gouvernement ne puisse pas se sortir" de ses positions de dépenses déficitaires, déclarait Gross dans un entretien sur Bloomberg Radio. Les programmes de relance seront "des positions semi-permanentes sur le bilan [américain]".

* Une fois qu’on s’est engagé sur ce chemin, il est difficile — voire impossible — de revenir en arrière. Les Etats-Unis ne pourront rembourser leur dette… et ne pourront pas alléger General Motors. Pas plus que la Réserve fédérale ne pourra vendre ses détentions obligataires sur le marché libre — sans causer une hausse des rendements.

* Même Ben Bernanke dit que "les déficits de long terme menacent la stabilité financière" du pays.

* Comme nous l’avons souligné de nombreuses fois, le problème est plus politique que financier. Les charlatans de Washington pourraient encore redresser la barre — s’ils le voulaient. Nous leur avons déjà dit comment ils pourraient maîtriser les déficits… et le retournement économique. Mais ils ne sont pas près de suivre nos suggestions. Ils préfèrent continuer à s’amuser… jusqu’à ce que les choses tournent mal.

** Elles pourraient mal tourner avec la Chine. L’empire du Milieu. La Menace rouge. Qui mène désormais la surveillance des obligations.

* Les taux d’inflations et les rendements obligataires chutaient depuis 26 ans… si bien qu’il n’y avait guère besoin de les surveiller. Mais la Chine semble être en mode "vigilance".

* Selon les articles de presse rapportant le match qui s’est tenu à Pékin, on dirait que Geithner a réussi à détourner l’attention du sujet qui fâche — au moins pendant un temps. Il y a eu des bla-bla sur le fait que la Chine devait jouer un plus grand rôle dans le FMI, par exemple, et encore des bla-bla sur la coopération entre la Chine et les Etats-Unis en matières de finances.

* Quelqu’un a même demandé au secrétaire au Trésor américain pourquoi il parlait d’impliquer la Chine dans le FMI. Sa réponse : "je vois ça comme une évolution nécessaire". Nous ne nous demanderons même pas ce qu’est "une évolution nécessaire". Parce que toute la discussion sur le FMI était complètement hors-sujet et inutile et bla-bla-bla.

* Le véritable problème est la dernière chose dont Geithner voulait parler. En partie parce qu’il ne le comprend pas… et en partie parce qu’il ne peut rien en dire qui fasse avancer la situation. La Chine a beaucoup de billets de banque où figure le portrait de présidents américains morts. Elle s’inquiète de ce que ces présidents verts soient bientôt non seulement morts, mais aussi sans aucune valeur.

* "Si les Etats-Unis peuvent trouver un moyen de protéger les actifs de la Chine", a déclaré Yu Yongding en entrant directement dans le coeur du sujet, "le prestige des Etats-Unis ici augmentera".

* Et sinon… eh bien… nous verrons bien ce qui se passe.

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