La Chronique Agora

Et s’il fallait savoir partir à temps ?

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Les Etats-Unis ont longtemps incarné le pays où l’on venait tenter sa chance. Aujourd’hui, certains de ses citoyens cherchent au contraire une porte de sortie. Car l’Histoire rappelle une chose simple : il existe des moments où rester devient plus risqué que partir — et personne ne sonne la cloche pour vous prévenir.

Voici les dernières informations publiées par The Independent :

Le nouveau rêve américain ? Quitter les États-Unis pour s’installer en Europe

À l’aube de son 250e anniversaire, un pays autrefois défini par le champ des possibles semble désormais rongé par l’avidité, les divisions et la primauté du profit sur l’humain, au point d’éclipser les idéaux sur lesquels il a été fondé… Les inquiétudes liées à la sécurité, à la santé et à l’avenir poussent un nombre record de citoyens américains à quitter le pays qu’ils ont autrefois aimé.

On venait autrefois aux Etats-Unis avec la conviction que tout était possible…

Aujourd’hui, certains en repartent, peut-être parce qu’ils jugent que les scénarios les plus probables sont devenus nettement moins réjouissants.

Un ami, dont la famille vit aux États-Unis depuis plus de 300 ans, nous a récemment confié qu’il demandait la citoyenneté canadienne.

« On ne sait jamais ce qui peut arriver. Le Canada vient de modifier les règles pour faciliter l’accès à la citoyenneté si l’on a un ancêtre canadien. Alors je tente ma chance. »

Il ne fuit pas.

Du moins, pas encore.

Il s’achète simplement une autre possibilité.

Tout ce dont il a besoin, c’est d’un arrière-grand-père originaire de Moose Jaw, et il disposera alors d’une sorte d’option de vente : si les choses tournent mal chez lui, cette solution de repli prendra de la valeur.

Plaignons plutôt ceux qui n’avaient aucune option.

Ils sont restés à Saint-Pétersbourg. Ou à Saginaw.

Les malheureux « koulaks » essayaient peut-être simplement d’améliorer les rendements agricoles… avant que Staline ne les condamne à mourir de faim.

Et que dire de ce citoyen sincère qui rêvait de transformer la France en démocratie parlementaire moderne ? Il a eu sa révolution… puis la révolution l’a rattrapé.

Sans oublier le paysan irlandais qui a refusé un aller simple pour Boston au moment même où les plants de pommes de terre commençaient à dépérir.

Même une lecture sommaire de l’Histoire suffit à enseigner une chose : il y a des moments où il vaut mieux être ailleurs.

Mais, comme sur un marché boursier arrivé au sommet, aucune cloche ne sonne pour vous prévenir qu’il est temps de partir.

Common Dreams :

Les demandes de citoyenneté canadienne explosent alors que des Américains cherchent à fuir un deuxième mandat désastreux

Depuis l’adoption d’une loi permettant aux personnes ayant des ancêtres canadiens remontant à plusieurs générations de demander la citoyenneté, les archivistes constatent également une hausse des demandes de documents généalogiques.

Selon le Daily Express, Abdul El-Sayed avait déjà pris de l’avance sur la tendance :

Le candidat démocrate au Sénat dans le Michigan, Abdul El-Sayed, aurait déjà suggéré, dans un épisode de mai 2023 de son podcast America Dissected, que les Américains devraient partir au Canada pour réaliser le « rêve américain ».

« Les données économiques nous montrent que si vous voulez réaliser le rêve américain, eh bien, vous devriez aller vivre au Canada, car vos chances y sont deux fois plus élevées. Ici, l’endroit d’où vous partez détermine largement celui où vous finirez. »

Nous allions autrefois au Canada pendant l’été.

Lorsque Baltimore devenait étouffante et moite, toute la famille s’entassait dans notre van Chevrolet… et prenait la route de la Nouvelle-Écosse.

Là-bas, au moins, nous étions certains qu’il ne ferait pas trop chaud.

Et ce n’était pas tout.

Nous étions également convaincus que les Canadiens seraient polis.

Même s’ils n’étaient pas particulièrement ravis de nous voir arriver, ils ne nous le diraient pas.

Être « aimable » fait partie de la culture.

Mais les êtres humains ne sont pas toujours gentils.

De temps à autre, ils perdent la raison.

Et ils deviennent cruels.

L’Irlande sous Cromwell… lorsque des milliers d’enfants irlandais furent envoyés dans les Caraïbes, où ils furent exploités jusqu’à la mort dans les plantations de canne à sucre.

La France pendant la Révolution… où se faire arrêter en tentant de fuir pouvait vous conduire directement à la guillotine.

La Russie, en 1918, avec le fameux « télégramme de pendaison » de Lénine, ordonnant aux autorités de « lyncher publiquement au moins 100 koulaks, riches salauds, suceurs de sang bien connus ».

Les Américains ne sont pas immunisés contre ce genre de folie.

Dans le Massachusetts, de pieux fidèles finirent par se convaincre que le diable arpentait les rues de Salem.

Il fallait extirper Lucifer de leurs semblables — littéralement.

C’est ainsi que Giles Corey fut placé sous de lourdes planches, sur lesquelles on empila des pierres.

Corey était-il un sorcier… de mèche avec le Diable ?

Il refusa de répondre.

Et lorsqu’on le « pressa » pour obtenir une réponse…

« Plus de poids. »

Il fallut trois jours à Corey pour mourir.

Dans un endroit plus clément, cet homme robuste de 80 ans aurait peut-être vécu encore dix ans.

Un lecteur fidèle nous écrivit récemment pour objecter :

« Vous écrivez depuis la France et l’Irlande. Un pays, c’est comme un conjoint. S’il y a un problème, il faut rester et essayer de l’arranger… pas prendre la fuite. Il faut rester fidèle à son pays. Ne pas lui tourner le dos. »

Étrange sentiment venant d’un Américain.

Car tous les Américains ont des ancêtres — à l’exception de ceux qui furent importés comme esclaves — qui sont partis ailleurs.

S’ils ne l’avaient pas fait, nous ne serions pas Américains.

Et puis un conjoint n’est pas un pays.

Vous avez choisi votre conjoint.

Et vous pouvez lui parler.

En cas de désaccord, avec un peu de patience, de bonne foi, peut-être un verre de vin et quelques fleurs, vous pouvez demander pardon… et reconnaître qu’elle avait raison depuis le début.

Mais vous ne pouviez pas amadouer Staline avec de belles paroles.

Phytophthora infestans — le mildiou de la pomme de terre — ne répondait pas au courrier.

Et lorsque la guillotine fut installée dans le jardin des Tuileries, il était déjà trop tard pour partir.

Qui sait ce que l’avenir nous réserve ?

Nous garderons donc nos papiers en règle… au cas où.

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