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Épargne : à qui les Français font-ils confiance ? (1/2)

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À qui les Français font-ils confiance en matière patrimoniale ? S’en remettent-ils à leurs conseillers bancaires, à des influenceurs, à leur propre intuition, ou bien encore à l’intelligence artificielle ?

Les Français ont-ils une culture financière suffisante pour prendre des décisions éclairées concernant leur épargne ? Nous avons déjà eu l’occasion d’aborder cette question dans ces colonnes et la réponse était plutôt négative.

Nous avons par exemple fait état d’une étude de l’OCDE (2023) sur les nouveaux investisseurs (personnes qui ont acheté des produits financiers pour la première fois à partir de la pandémie de COVID-19) qui montrait que 67 % d’entre eux estimaient avoir une connaissance élevée des produits financiers. En réalité, ils étaient incapables de répondre correctement à plus de deux des six questions posées par les enquêteurs. Une autre étude, menée par l’assureur Allianz (2024), que nous avons également évoquée, révélait que seuls 10 % des Français avaient un niveau élevé de culture financière.

Des épargnants « experts » qui se font rouler dans la farine

Ce faible niveau d’expertise, couplé à l’assurance de s’y connaître en matière d’épargne, expliquerait-il l’accroissement du nombre de victimes d’arnaques financières ?

Selon Le Figaro Magazine du 13 février 2026 : « Fin 2025, 16 % des Français déclaraient avoir déjà été victimes d’une escroquerie sur un placement financier. »

Il est vrai que les escrocs utilisent des techniques toujours plus sophistiquées pour piéger leurs potentielles victimes. En mars 2023, nous passions en revue les différentes arnaques possibles, et rien n’a vraiment changé en la matière depuis trois ans.

En revanche, le déploiement massif de l’intelligence artificielle (IA) a permis de rendre les escroqueries de moins en moins détectables. De plus en plus réalistes, elles arrivent à piéger de plus en plus de personnes.

Les escrocs flattent les « bas instincts » de leurs victimes : principalement leur ego (« je commercialise un placement atypique, pas encore connu, vous pouvez être parmi les premiers à en profiter ») ou leur appât du gain (« je vous propose un rendement exceptionnel garanti à 8 % – profitez-en maintenant, le train ne passera pas deux fois »). À chaque fois, il s’agit de faire passer leur « proie » pour quelqu’un d’exceptionnel qui sait profiter des opportunités avant les autres. Bien peu de personnes se demandent alors pourquoi de parfaits inconnus leur proposent des occasions en or.

Interrogés en 2024 par l’Autorité des marchés financiers (AMF), 52 % des Français se disaient potentiellement intéressés par un « placement dans des éco-parkings en Espagne avec un investissement de départ de 1 000 € et une perspective de rendement annuel de 20 % ». Et 82 % l’étaient par un « placement 100 % garanti et toujours disponible avec un taux d’intérêt de 8 % ».

Selon la même étude de l’AMF, parmi les multiples raisons qui incitent à souscrire, l’attractivité de l’investissement (39 %) est celle qui est le plus souvent mise en avant. Les souscripteurs sont mis en confiance par des discours rassurants (30 %) qui promettent la récupération du capital investi (26 %) et font miroiter des gains rapides (25 %).

Il est particulièrement frappant de constater que ce ne sont pas les personnes les plus âgées, considérées souvent comme les plus vulnérables aux arnaques, qui souscrivent à des placements frauduleux, mais les moins de 35 ans (67 % des victimes). Les plus âgés étant moins présents sur le web, ils sont sans doute moins susceptibles d’être abusés en ligne. Surtout, ils sont plus prudents, comme le montre le baromètre de la cybersécurité de la Fédération Bancaire Française (FBF).

S’ils se sentent particulièrement exposés – 82 % pensent que leur génération est plus ciblée par les arnaques et 47 % estiment qu’ils savent moins bien se protéger que les jeunes – les seniors adoptent, en réalité, des comportements plus vertueux.

Le même baromètre révèle aussi que « lorsqu’ils soupçonnent une sollicitation douteuse, les seniors n’hésitent pas à agir : 81 % des plus de 60 ans contactent leur banque, contre 66 % pour l’ensemble des Français ».

Comment s’étonner alors que les victimes des arnaques financières soient majoritairement des jeunes hommes attirés par le risque ? Les hommes, interrogés par l’AMF, se disent, en effet, à l’aise en matière d’épargne (46 % contre 35 % pour l’ensemble des Français) et avouent avoir tendance à décider seuls (51 % contre 45 % pour l’ensemble des Français).

Quant aux jeunes de 18-34 ans – les plus vulnérables – ils se disent prêts à prendre des risques (64 % contre 48 % pour l’ensemble des Français). Ils avouent aussi s’informer auprès des influenceurs (24 % contre 10 % pour l’ensemble des Français) dans lesquels ils disent avoir confiance (30 %). Une confiance moindre cependant que celle qu’ils ont dans les discussions ou avis sur Internet (39 % contre 20 % pour l’ensemble des Français).

En tout cas, ce n’est pas la méconnaissance du risque qui fait des victimes : 85 % des personnes interrogées par l’AMF connaissent l’existence d’arnaques, et 97 % pensent que le risque est important.

Le baromètre « Les Français et la cybersécurité » (vague 4, 2025) de Toluna Harris Interactive pour la FBF montre aussi que la notoriété des principales escroqueries continue de progresser : près de 90 % des Français savent ce qu’est un hameçonnage, 88 % connaissent la fraude au faux conseiller bancaire, 84 % la fraude aux sentiments et à l’amitié, 80 % la demande de rançon informatique, et 76 % la fraude au prêt.

Enfin, nous notons que les personnes visées par les fraudeurs ont pris des précautions avant de souscrire à l’offre alléchante qui leur est proposée : 42 % ont fait des vérifications sur la personne qui proposait l’offre ; 41 % ont pris des renseignements en ligne sur l’offre ; et 48 % ont demandé l’avis de leur conseiller bancaire ou financier.

Ce dernier chiffre nous amène à nous demander à qui les Français vont vraiment confiance en matière d’épargne.

C’est ce que nous verrons dans la seconde partie de cet article.

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