La Chronique Agora

Diesel : la pénurie que les marchés ne veulent pas voir

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Gas station with different types of fuel. Closed gas station. Shortage. Different types of fuel pumps, indicated by colors. gun for refueling

Les cours du brut donnent encore l’illusion d’un marché sous contrôle. Mais derrière le pétrole « papier », la réalité physique se tend dangereusement : l’offre de diesel se contracte et le risque d’un choc inflationniste mondial devient de plus en plus difficile à masquer.

Je multiplie dans mes chroniques quotidiennes les mises en garde depuis plusieurs semaines : les marchés pétroliers virtuels ont éclipsé la réalité du marché physique du pétrole, mais le mur de la pénurie se rapproche pour le diesel.

Le pétrole physique échangé quotidiennement, c’est 100 millions de barils par jour ; le pétrole « papier » échangé quotidiennement, 5 milliards de barils par jour.

Pour chaque baril de pétrole physique, il y a 50 barils de pétrole papier vendus à terme pour faire baisser les prix : avec ce genre d’effet de levier, les vendeurs mettent le curseur où bon leur semble… Mais c’est un combat d’arrière-garde : les cours du diesel échappent déjà à tout contrôle.

Le diesel se négocie comme si le pétrole était à 140 $ le baril… et la riposte de Trump consiste à demander aux raffineurs de réduire leurs marges, laissant croire qu’avec la pseudo-réouverture d’Ormuz, la flambée des prix relevait de leur comportement « opportuniste ».

À la suite de l’attaque sans précédent de l’Ukraine contre des raffineries russes situées à 2 500 km de ses frontières et contre 30 pétroliers de la « flotte fantôme » en seulement deux jours, les écarts de craquage mondiaux du diesel explosent.

Écart de craquage du diesel : 77 $, à comparer avec le WTI, à peine à 74 $.

Les marges de raffinage du diesel dépassent désormais le prix du brut lui-même. Si le pétrole est le sang de l’économie, l’épine dorsale de notre économie fonctionne au diesel : 80 % du fret américain, en tonnage, et 80 % du commerce mondial se déplacent par mer.

La plupart des exploitations agricoles et minières ne fonctionnent pas avec des engins électriques.

Mais, en ces temps de déferlante de records liés à l’IA et aux investissements massifs — plus de 1 000 Mds$ — programmés en 2027 par les hyperscalers et tous les fournisseurs de capacités de calcul, il ne faut pas négliger les générateurs diesel servant de systèmes énergétiques de secours aux centres de données d’IA.

C’est également le cas pour les hôpitaux, les aéroports… et tous les services publics critiques — pompiers, police, distribution de l’eau, etc. — dont la continuité doit être assurée.

En d’autres termes, les consommateurs ne vont pas tarder à « découvrir » la réalité des prix, lesquels ont été contenus par les 40 fausses annonces successives de réouverture d’Ormuz par Donald Trump… tandis que le détroit se retrouve de nouveau impraticable, sauf pour quelques pétroliers de « pays amis » dont le passage est autorisé par Téhéran.

Et la situation géopolitique se tend, avec le retour des porte-avions américains dans la mer d’Oman et des rumeurs de possible coup de force aéronaval dans le Golfe, doublé d’une intervention terrestre jugée très « hasardeuse »… mais qui serait dictée par l’urgence de « rouvrir Ormuz », maintenant que la voie diplomatique semble avoir échoué.

Car il sera bientôt impossible de dissimuler la situation de pénurie mondiale de diesel et la pression inflationniste qui va découler d’un baril à 140 $, tandis que les médias mainstream continuent de distraire tout le monde avec du brut à moins de 72 $ à la veille du week-end — son prix d’avant-guerre.

Les raffineries mondiales ont traité 6 millions de barils de brut de moins par jour au mois de juin par rapport à l’année dernière : c’est une baisse de 6,1 %, et cela empire depuis le 1er juillet, alors que les raffineries russes ont été durement touchées.

La Russie, confrontée à une situation de pénurie en interne — avec des queues de plusieurs heures devant les stations-service moscovites —, vient de stopper ses exportations le 9 juillet : auprès de qui ses clients habituels — ex-républiques soviétiques d’Asie centrale, pays d’Afrique, Hongrie, etc. — vont-ils pouvoir se fournir cet été ?

La France et les pays européens disposent officiellement de stocks leur permettant de tenir jusqu’à la rentrée… Mais, officieusement, la tension sur les marges de raffinage raconte une tout autre histoire : précisément celle que les marchés ne veulent pas entendre et qu’ils s’efforcent de dissimuler à coups de manipulations des marchés à terme, sur injonction de la Maison-Blanche et probablement des autorités européennes, qui veulent à tout prix éviter un coup de chaud à la pompe durant la saison touristique qui bat son plein.

C’est relativement facile tant que les investisseurs ont les yeux braqués sur la Coupe du monde de football et que nos médias détournent notre attention avec la canicule.

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