La Chronique Agora

Diesel : le coup de grâce pour l’Europe ?

Privée d’une partie de ses approvisionnements, l’Europe pourrait bientôt voir les États-Unis fermer à leur tour le robinet du diesel. Une menace qui nourrit les craintes d’inflation et fait flamber les taux d’intérêt. Pour une économie déjà fragilisée, le piège de la stagflation se referme.

Les lignes – toutes les lignes – ont bougé à toute vitesse ce mercredi après-midi après la publication de l’indice PMI composite (baromètre avancé de l’activité aux États-Unis).

Selon l’estimation préliminaire de l’institut « S&P Global », le PMI a bondi de +2,4 points à 58,4 début septembre, atteignant son plus haut niveau depuis juillet 2021.

L’activité aux États-Unis a accéléré aussi bien dans les services que dans l’industrie manufacturière, mais ce que les investisseurs ont d’abord retenu, c’est que les entreprises qui ont répondu à l’enquête mensuelle sur leurs intentions d’achat ont signalé une forte hausse de leurs coûts, notamment énergétiques.

Autrement dit, l’accélération des commandes doit surtout se comprendre non pas comme le témoin d’une « économie rugissante, la plus forte du monde », comme le prétend Donald Trump, mais bien comme le symptôme d’achats d’anticipation face à la flambée du pétrole, du diesel, du kérosène, de l’acide sulfurique, etc.

Des achats motivés par l’absence de solution diplomatique au Moyen-Orient et une situation qui se complique avec la prise de contrôle de la totalité du littoral de la mer Rouge – et donc du détroit de Bab el-Mandeb – par les rebelles houthis, alliés de Téhéran.

La forte hausse – inattendue dans ces proportions – du PMI composite ravive les inquiétudes inflationnistes.

Cette interprétation est incontestable, comme en témoigne l’envolée, dès 15 h 30 ce mercredi, de +15 points du rendement des T-Bonds à 10 ans vers 5,12 %, son plus haut niveau depuis début juillet 2007, puis du « 30 ans », qui flambe de +11 points vers 5,410 %, sa pire marque depuis le 10 juin 2004 (le zénith des 5,3100 % du 7 mai 2006 vient d’être pulvérisé).

Le prochain objectif serait 5,48 % (10 mai 2004), puis 5,815 % (mi-mars 2002).

Selon le baromètre FedWatch  (du CME), la probabilité d’une nouvelle hausse des taux fin octobre dépasse désormais 70 %, et 95 % mi-décembre.

Et un nouveau basculement s’opère puisque le marché anticipe désormais non plus 2, mais 4 nouvelles hausses dans les 6 prochains mois, contre 3 – pour les plus pessimistes – avant la publication du PMI.

Un des gouverneurs de la Fed, Michael Barr, qui s’exprimait ce mercredi, a renforcé ce scénario à 4 hausses de taux en estimant que « de nouveaux ajustements seraient probablement nécessaires pour ramener l’inflation vers l’objectif de 2 % ».

Et comme si le scénario de la tempête parfaite (perfect storm) sur les taux avait été écrit pour cette journée du 23 septembre, les espoirs d’avancées des négociations sur la réouverture d’Ormuz, avec la « rencontre » – par émissaires interposés – entre les représentants de la Maison-Blanche et le président Massoud Pezechkian, ont volé en éclats.

Téhéran maintient ses revendications de contrôle payant du détroit d’Ormuz, de restitution de ses avoirs gelés, de versement de dommages de guerre, de cessation des opérations menées par Israël hors de ses frontières.

Donald Trump, qui rejette en bloc ces conditions, a réitéré ses menaces d’anéantissement de l’Iran : le pétrole Brent a bondi de +5 %, le WTI gagnant environ 4 % vers 93 $.

Autant les investisseurs ne croient pas aux déclarations grandiloquentes et apocalyptiques de Donald Trump (qui précèdent à chaque fois un « TACO »), autant ils prennent très au sérieux les rumeurs – rapportées par le média Politico – d’une interdiction de 90 jours des exportations américaines de diesel.

Une information que la Maison-Blanche n’a pas confirmée… mais qu’il devient difficile de nier.

En effet, toujours selon Politico, mais également selon des sources émanant de la direction des groupes pétroliers américains, le secrétaire à l’Énergie Chris Wright a appelé les PDG du secteur énergétique mardi 22 septembre pour leur indiquer qu’une interdiction d’exporter de 90 jours était envisagée dans les prochains jours.

Plusieurs d’entre eux ont immédiatement contacté la Maison-Blanche pour faire part de leur opposition.

Un dirigeant de l’industrie pétrolière qui a discuté de l’interdiction avec des responsables de haut niveau de la Maison-Blanche a dit que Trump considérerait qu’un refus d’obtempérer causerait « un problème avant décembre ».

Un problème de pénurie de carburant sur le sol américain que des spécialistes anticipaient pour la rentrée, au plus tard fin octobre.

Les raffineurs américains, qui qualifient le principe d’une interdiction de « très mauvaise idée », ont entamé ces dernières 24 heures « une série de démarches frénétiques » (selon les propres termes d’une source interne à la Maison-Blanche).

Mais surtout, ce serait la première interdiction d’exportation de diesel par les États-Unis en 150 ans d’histoire !

Et l’Europe serait la plus touchée en tant que plus gros client des États-Unis, devenus depuis la fermeture d’Ormuz le premier exportateur mondial de diesel, avec une marge confortable par rapport à la Russie, qui occupait la seconde place, mais a déjà stoppé ses exportations mi-juin.

Les capacités de raffinage russes seraient amputées de 30 %, et un retour aux niveaux d’exportation de l’été 2025 (avant le début des frappes systématiques sur l’outil de production russe) ne serait pas envisageable avant 2028.

L’année 2027 s’annonce très compliquée partout dans le monde, et tout particulièrement pour l’Europe si Trump décide de ne plus l’approvisionner en diesel.

C’est toute notre croissance économique qui pourrait s’effondrer, sur fond de flambée des prix à la pompe, ce qui se résumerait à un seul terme qui fait cauchemarder les investisseurs : la stagflation.

Avec son cortège de disruptions (industrie, transport terrestre ou aérien, tourisme…) et de troubles sociaux (grèves, blocages de type « gilets jaunes », mais « au cube » cette fois), de quoi inquiéter encore davantage nos créanciers et faire exploser les « CDS » (assurances contre un « défaut ») sur nos dettes libellées en euros.

Ce qui nous ramène à la question posée dans le titre : « Une tempête parfaite sur les taux et l’énergie peut-elle être évitée ? »

Et la réponse qui s’impose est : bien sûr qu’elle peut l’être, il suffit juste d’un miracle !

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