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Dette publique : à quelle sauce les prêteurs seront-ils spoliés ?

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La dette publique devra être répudiée, d’une façon ou d’une autre. Les détenteurs d’assurance-vie seront en première ligne.

La dette publique devra être répudiée, d’une façon ou d’une autre.

Henri Regnault, keynésien critique dont je vous parlais récemment, distingue cinq « technologies » de spoliation.

1- « La technologie bolchévique qui consiste à dire merde au créancier (un salopard de capitaliste… pas de pitié, et en plus c’est au nom du peuple qu’on fait ça !). »

Pour l’auteur de La Crise, cette technique n’est plus au goût du jour. Seule une guerre du type Etats-Unis vs Chine serait susceptible de ramener cette méthode sous les feux de la rampe, en tout cas à court-moyen terme. La Chine n’étant pas dupe de ce risque, vous ne vous étonnerez pas qu’elle réduise la voilure concernant sa surexposition aux bons du Trésor américain et qu’elle empile les lingots jaunes jusqu’aux plafonds de ses entrepôts sécurisés.

2- « La technologie monnaie de singe qui consiste à rembourser dans une monnaie dont la valeur réelle (le pouvoir d’achat) s’est considérablement dégradée »

Le niveau élevé d’inflation qui a régné après la Deuxième guerre mondiale a largement permis aux gouvernements occidentaux de désendetter les Etats. Henri Regnault estime que cette arme ne peut pas être dégainée dans la période actuelle où l’enjeu est déjà d’obtenir une inflation positive. Sans compter que l’Histoire regorge d’exemples attestant qu’une fois germée, l’inflation est impossible à maîtriser à court terme et peut très rapidement dégénérer en hyperinflation.

3- « La technologie misérabiliste qui consiste à réclamer un rabais et des délais de paiement. »

Voilà une autre méthode qui a fait ses preuves. Le deal est le suivant : « repentance » contre « indulgence », comme le formule Henri Regnault.

En gros, le gouvernement débiteur promet de devenir plus regardant sur son budget (réduction de la taille de l’Etat) pour obtenir des gouvernements créditeurs une réduction ou un rééchelonnement de sa dette, ce qui revient à un défaut partiel.

En Grèce, cela a donné lieu à l’un de ces soap operas assommants dont on se demande si la diffusion s’arrêtera un jour. Aux dernières nouvelles, nous en sommes à la septième saison.

Henri Regnault estime qu’en cas de forte remontée des taux, un tel scénario pourrait être appliqué au Portugal ou en Espagne mais que le cas italien serait « plus problématique ». Quant au pays « de Jeanne d’Arc, Napoléon et De Gaulle », il est évidemment hors de question qu’il demande l’aumône si son gouvernement se retrouve dans la panade ! En revanche, la quatrième méthode que voilà conviendrait plutôt bien à un pays tel que le nôtre, à en croire l’auteur.

4- « La technologie de la monnaie fondante qui consiste à interdire les billets pour pouvoir imposer des taux négatifs sur tous les dépôts monétaires et rendre ainsi attrayants des placements financiers pourtant pas vraiment très désirables ! »

C’est ici qu’intervient la notion de « djihadisme keynésien », chère à Henri Regnault. Au coeur de cette doctrine, il y a la conviction qu’en imposant des taux négatifs aux épargnants, ces derniers vont « – soit les dépenser (donc soutenir l’activité économique et payer de la TVA) – soit accepter de les investir à un taux moins négatif en bons d’Etats, ou bien de les risquer dans des investissements directs en entreprise ou sur les marchés financiers. »

Toutefois, des petits malins qui ne voudraient pas dépenser plus qu’ils n’ont besoin et encore moins placer leur épargne à taux négatifs pourraient avoir la mauvaise idée de conserver tout ou partie de leurs économies en espèces. Et là – vous me voyez venir -, il faut accélérer le mouvement vers une société sans cash, comme dans les pays scandinaves ou en Inde. La fin des espèces est l’ultime garantie pour que le gouvernement puisse imposer le taux de son choix à l’épargne domestique.

Mentionnons un aspect qui n’est pas évoqué par Henri Regnault : les crypto-devises sont un moyen, encore légal en France, d’échapper à cette contrainte étatique.

Pour le rédacteur de La Crise, « La suppression des billets n’est pour le moment qu’un fantasme de djihadistes keynésiens qui se heurtera à l’inertie des sociétés humaines dont les perceptions monétaires sont ancrées dans l’histoire longue ». Nous verrons bien, mais les choses me semblent évoluer tout de même assez vite à ce sujet. Les moyens de paiement électroniques sont en pleine ébullition et leur usage s’avère très pratique.

Henri Regnault verrait bien en France une combinaison monnaie fondante + spoliation régalienne, méthode dont je vous résume les grands principes ci-dessous.

5- « La technologie régalienne qui consiste à invoquer la continuité de l’Etat et de l’ordre public pour forcer au roulement de la dette. »

Ici encore cher lecteur, vous allez malheureusement vous sentir en terrain connu. Ce qu’il s’agit en fait de « forcer », c’est le « consentement » des épargnants et des investisseurs institutionnels à détenir des titres de dette étatique en les empêchant de les vendre, quelles que soient les pertes qu’ils devront subir. Ciao la liquidité, bienvenue dans ce qu’Henri Regnault appelle le corralito.

Ce terme est le nom familier donné « aux mesures économiques prises en Argentine le 1er décembre 2001, lors de la crise économique, par le ministre de l’économie Domingo Cavallo dans le but de mettre fin à une course à la liquidité et à la fuite des capitaux », explique Wikipédia.

Le mot espagnol corralito – diminutif du corral destiné au bétail – est utilisé en Argentine pour désigner les parcs à bébé.

Devant poursuivre ses activités indispensables (défense, police, justice, distribution de pass culturels et soutiens aux vidéo-clips musicaux – rayez la mention inutile), l’Etat doit parvenir à se procurer de l’argent par un moyen ou par un autre.

Récente illustration des missions essentielles de l’Etat empêchant toute diminution des dépenses publiques

Or si les marchés rechignaient à refinancer sa dette, notre gouvernement n’aurait d’autre choix que d’administrer la gestion de la dette étatique domestique pour mieux revenir sur les marchés. En clair, cela veut dire en particulier blocage des fonds euros des contrats d’assurance-vie. La loi Sapin 2 cadrant « parfaitement avec le corralito« , relève Henri Regnault.

Le rédacteur de La Crise précise en citant Natacha Valla, la directrice adjointe du CEPII, le Centre de recherche français sur l’économie internationale : « si la dette qui est en face des contrats d’assurance-vie perd 50% de sa valeur, il faudra bien que quelqu’un prenne la perte… il faudra que ça s’ajuste d’une façon ou d’une autre« .

La « variable d’ajustement », c’est évidemment le titulaire du contrat ! »

Et si tout cela ne suffit pas à ramener la dette publique à un niveau soutenable ?

Non content de vous avoir réduit au rang de bétail corralisé, l’Etat a également la possibilité de vous massacrer avec la Grosse Bertha de la répression financière. Je fais ici référence à la super-taxe évoquée par le FMI en 2013. Celle-ci pourrait être prélevée en une seule fois à concurrence de 10% du patrimoine net de chaque ménage. A l’époque, une telle taxe aurait permis à la Zone euro de revenir à son niveau d’endettement de 2007, de pré-crise, donc.

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