La Chronique Agora

Déprime à Davos

** Bill Clinton aurait dû aller dans les Alpes. Au lieu de cela, le pauvre homme est resté dans les collines… pour venir en aide à son épouse en Caroline du Sud.

* A Davos, en Suisse, durant la conférence people où se mêlent brasseurs de pouvoir et mouches du coche, Clinton avait toujours beaucoup de succès. En Caroline, il a fait un flop.

* S’il avait été à Davos, Clinton aurait peut-être pu donner à la réunion un peu de la magie des jours anciens. Chaque année, les grands de ce monde se réunissent pour se dire comment rendre le monde meilleur. La plupart se contentent de radoter d’une manière qui était naïve au début de leur carrière, avant de s’aigrir et devenir du défaitisme durant leur âge mûr, pour finalement se muer en stupidité. Certains pensent probablement encore pouvoir améliorer les choses. Quelques-uns y réussissent probablement.
 
* Mais cette année, la réunion semblait avoir un ton défaitiste. Probablement parce que les nouvelles étaient mauvaises.

* On a découvert il y a quelques jours qu’un jeune homme travaillant pour une vieille banque avait réussi à engager 50 milliards de dollars dans des positions qui étaient perdantes pour la plupart. Cela représente plus de la moitié de la valeur de toutes les réserves en or et en devises étrangères de la France. C’était plus que la valeur accumulée par la banque au cours de plusieurs décennies. Comment cela avait-il pu se produire ? Qu’est-ce qui n’allait pas ? Comment les banques pouvaient-elles être si fragiles… et que penser du système financier mondial, s’il est construit avec des briques qui s’effritent si facilement ?

* Lorsque ses patrons, à la Société Générale, ont découvert ce qu’il faisait, ils ont rapidement essayé de clôturer ses positions — l’une des pires séances de l’histoire récente. Et lorsque tout a été terminé, notre trader avait établi un nouveau record en la matière, avec plus de quatre fois les pertes de Nick Leeson, qui avait provoqué la ruine de la banque Barings, vieille de deux siècles.

* Lorsqu’on lui a demandé son avis sur les faits, Leeson a répondu : "ils n’ont donc rien appris ?"

* L’apprentissage, ça coûte cher. Lorsque les marchés grimpent, personne n’apprend quoi que ce soit. C’est lorsque les choses tournent mal que les gens enfilent leur casquette à réfléchir et prennent des notes.

* Puis, à Davos, le week-end dernier, Stephen Roach est monté sur le podium, tel un vieux professeur dont le discours aurait de forts relents de "je vous l’avais bien dit".

* "Si nous avions géré nos économies à l’ancienne, par exemple, où l’épargne et la consommation sont financées par le revenu, nous ne serions peut-être pas dans le pétrin où nous nous trouvons actuellement". Roach a continué en disant qu’à côté des désordres actuels, "la crise des dot.com n’est rien".

* Comme nous l’avons également mentionné à l’occasion, c’est une chose que de punir quelques spéculateurs durant le jeu des dot.com. Par contre, donner une leçon sévère à toute la classe moyenne des Etats-Unis, c’est une autre paire de manche. Les consommateurs US n’ont jamais aimé l’école…

* Les dépenses concernant les technologies de l’information représentaient à peine un sixième des dépenses consacrées à la construction immobilière. Mais ce n’est qu’un début. Parce que la bulle des dot.com n’a pas poussé des millions de ménages à penser qu’ils étaient bien plus riches qu’ils le sont en réalité. Elle n’a pas poussé des millions de familles à emprunter et dépenser bien plus qu’elles pouvaient se le permettre. Et elle n’a pas poussé les banquiers et les investisseurs à placer des milliards de dollars en positions perdantes.

* Naturellement, les paroles de M. Roach n’ont rien fait pour améliorer l’humeur, à Davos.

* Le Dow a connu une rechute fin de semaine dernière. Qu’est-il arrivé au rebond, se sont demandé les investisseurs ? L’escadron d’hélicoptères de Bernanke n’avait-il pas baissé les points de base de 75 points de base ? Ne font-ils pas chauffer les moteurs pour une autre séance cette semaine ?

* Si si… mais seuls les investisseurs aurifères semblent savoir ce que cela signifie. Larguer de l’argent depuis des hélicoptères a peu de chances de faire prospérer une économie. Mais cela a beaucoup de chances de rendre les investisseurs aurifères plus riches. L’or a atteint de nouveaux sommets. Les matières premières en général — et le pétrole en particulier — ont grimpé.

* Un petit mot au passage : on ne peut pas vraiment rendre les gens riches en ayant recours à une "économie à la zimbabwéenne". Une société s’enrichit en produisant des choses… ou en imprimant de l’argent. Il n’y a rien d’autre à faire. Un crédit plus souple n’y parviendra pas. Une consommation en hausse n’y contribuera pas. Imprimer de l’argent — et le larguer depuis des hélicoptères — est une proposition perdante.

* Mais nous espérons que nos autorités financières continueront. Au moins, c’est amusant à observer.

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