La Chronique Agora

La déflation aura le dernier mot

deflation

Shattered piggy bank with scattered dollar bills symbolizes financial crisis against the backdrop of a declining stock market chart.

Lorsque les autorités s’apprêtent à imprimer de la monnaie, le dollar devient une patate chaude dont chacun cherche à se débarrasser au plus vite. À court terme, les dépenses augmentent. À plus long terme, c’est l’économie qui finit par être détruite.

Rapportés au prix de l’or, les prix de l’immobilier américain mesurés par l’indice Case-Shiller ont chuté d’environ 80 % en 25 ans

Nous entamons cette semaine par une promenade dans le futur.

Jusqu’à présent, la bulle américaine est plus vaste que toutes celles qui l’ont précédée. Depuis 30 ans, elle gonfle pratiquement tout ce qu’elle touche.

Toutes les bulles finissent évidemment par éclater. La manière dont elles éclatent, en revanche, nous entraîne dans un tourbillon beaucoup plus difficile à démêler.

Mais rassurez-vous. Même lors du pire des krachs, la richesse réelle ne disparaît pas. Elle change simplement de mains.

Lorsque la Bourse baisse, ceux qui possèdent des actions voient leur richesse sur le papier diminuer. Leur droit sur la richesse réelle se réduit lui aussi. Ils deviennent « plus pauvres ». Ceux qui ne possèdent pas d’actions deviennent donc, relativement, plus riches. Leur part potentielle des biens et services réellement produits par l’économie augmente.

Les autorités fédérales et leurs riches complices ont mis en place un système plutôt avantageux pour eux : ils manipulent les marchés afin de transférer toujours davantage de richesse du public vers leur propre camp.

Ils possèdent l’essentiel des actifs financiers et contrôlent le budget américain. En poussant les taux d’intérêt à la baisse, puis en soutenant la Bourse à coups de renflouements et de puts implicites, ils se sont enrichis encore et encore.

Comme nous l’avons vu la semaine dernière, aux valorisations actuelles, les détenteurs d’actions pourraient théoriquement acheter l’équivalent de deux fois le PIB américain… et il leur resterait encore 10 000 milliards de dollars.

Ce n’est pas le capitalisme qui les a rendus aussi riches.

C’est un système monétaire corrompu.

Et si l’on lâchait les chiens du capitalisme, ils ne feraient qu’une bouchée de ces fortunes en monnaie factice.

Les taux d’intérêt seraient déterminés par de véritables épargnants et emprunteurs, et non par les décisions de la Fed. Les prix seraient fixés par les acheteurs et les vendeurs. Le budget serait équilibré. La dette serait assainie. Les soldats rentreraient au pays. L’inflation disparaîtrait.

Mais bien sûr, nous rêvons.

Revenons au monde réel…

Notre hypothèse, à laquelle nous accordons une forte probabilité, est que la bulle va se dégonfler.

Tout baissera.

Puis les autorités paniqueront.

Elles feront « tout ce qu’il faut » pour empêcher les marchés de faire leur travail : davantage de fausse monnaie, des taux d’intérêt plus bas, un contrôle de la courbe des taux, de l’assouplissement quantitatif… et probablement quelques tours de passe-passe que nous ne connaissons pas encore.

Après une première vague de ventes, l’or repartira à la hausse. Il flairera ce qui arrive : davantage d’inflation.

Les autres actifs réels — des hot-dogs aux hôtels — commenceront eux aussi à anticiper les hausses de prix à venir. Les prix à la consommation grimperont à mesure que les « anticipations d’inflation » progresseront.

En réalité, les autorités fédérales ne disposent que d’un seul outil : la fausse monnaie.

En cas de crise, elles en créeront davantage. Beaucoup davantage.

Et au-delà de la quantité de monnaie injectée dans l’économie, une autre variable joue un rôle essentiel dans l’inflation : la vitesse de circulation de la monnaie.

Un dollar dépensé deux fois dans l’année compte deux fois.

Lorsque les gens s’attendent à ce que les autorités impriment de la monnaie, le dollar devient une patate chaude. Chacun cherche à s’en débarrasser aussi vite que possible.

À court terme, les ventes augmentent. À plus long terme, l’économie finit par être détruite.

Et voici un complément important.

Nous disons souvent que le dilemme est le suivant : l’inflation ou la mort.

Mais il ne s’agit que de choix politiques.

À long terme, vous pouvez créer autant de monnaie que vous voulez. La bulle finira tout de même par mourir. Simplement plus tard, et d’une manière encore plus brutale.

Dans le combat qui oppose, d’un côté, les marchés et, de l’autre, les politiciens, les escrocs, les arrangeurs et les planificateurs centraux, les marchés finissent toujours par gagner.

Et ils gagnent par la déflation.

Même lors d’un emballement inflationniste, lorsque les prix nominaux s’envolent, les prix réels diminuent.

Les prix à la consommation progressent lorsqu’ils sont exprimés dans une monnaie qui se déprécie. Mais l’or — la monnaie réelle — augmente généralement encore davantage.

Ainsi, lorsqu’on exprime les prix en or, les biens réels deviennent en fait moins chers.

En termes réels, les prix baissent.

Pendant l’hyperinflation record qu’a connue l’Allemagne, certains observateurs remarquaient que les étrangers pouvaient utiliser des dollars — encore adossés à l’or à l’époque — pour acheter des biens à des prix dérisoires.

En novembre 1923, un dollar valait 4 200 milliards de marks.

Les visiteurs américains devenaient ainsi milliardaires, voire milliers de milliards de marks en poche. Ils pouvaient acheter des maisons entières pour l’équivalent du prix d’un abonnement à un magazine.

En termes réels, les prix avaient presque été réduits à néant.

Nous avons nous-mêmes observé ce phénomène en Argentine.

En pesos, les prix à la consommation faisaient plus que doubler tous les douze mois. Mais exprimés en dollars — même avec un dollar loin d’être parfait — ils devenaient moins chers que jamais.

Nous allions par exemple au restaurant et éprouvions presque de la culpabilité à payer si peu pour un aussi bon repas.

Le même phénomène est déjà à l’œuvre aux États-Unis.

L’immobilier est devenu beaucoup plus cher, n’est-ce pas ?

La Bourse a elle aussi énormément progressé, n’est-ce pas ?

Mais si l’on mesure ces prix en or, le constat change complètement.

Les actions valent aujourd’hui moins de la moitié de ce qu’elles valaient en 1999.

Et l’indice Case-Shiller des prix immobiliers, lorsqu’il est exprimé en or, montre que les prix des logements ont chuté d’environ 80 % en un quart de siècle.

En termes réels, toutes les bulles finissent par se dégonfler.

Encore faut-il disposer d’une vraie monnaie pour s’en apercevoir.

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