La Chronique Agora

La Chine va-t-elle vraiment remplacer les États-Unis ?

Les États-Unis donnent des signes évidents de déclin, tandis que la Chine gagne du terrain dans l’industrie, la technologie et le commerce mondial. Mais faut-il y voir une bascule historique inévitable ? Ou bien une nouvelle illusion née de la foi dans la planification d’État ? L’exemple du Japon rappelle que les puissances montantes ne sont jamais à l’abri d’un retournement.

« Ne sous-estimez jamais le président Trump ni son pouvoir politique. » — Steven Cheung

Le dernier conservateur du Congrès vient d’être éjecté de son siège. Par le Grand Chef et ses grands soutiens financiers. L’Associated Press rapporte :

« Le représentant Thomas Massie battu dans la primaire du Kentucky… Une nouvelle victoire pour Trump »

La République était sans doute condamnée de toute manière. Mais qui — ou quoi — pourrait bien lui succéder ?

Dans la vision trumpienne du monde, les États-Unis dominent la planète et se rapprochent chaque jour un peu plus du ciel. Les Américains sont plus intelligents. Plus beaux. Tous leurs enfants sont au-dessus de la moyenne… et personne ne sait mieux remettre les autres à leur place – Chinois compris.

Une opinion plus répandue admet que, oui, les États-Unis perdent du terrain tandis que la Chine en gagne. Mais, avec les bonnes décisions politiques, ou quelques démonstrations de force supplémentaires, les États-Unis pourraient encore rester au sommet.

La troisième lecture est spenglérienne : les États-Unis ont connu leur heure de gloire ; l’heure est venue pour la Chine d’écarter le vieux chef de meute et de prendre sa place.

Chez La Chronique Agora, nous avons tendance à céder nous aussi à la tentation de l’inévitabilité historique. Il y a les producteurs et les consommateurs. Tout le reste, en économie, relève du détail, de l’élaboration théorique, de la politique et des faux-semblants — appelons cela le DEPF. Avec le temps, ce DEPF tend à grossir… au détriment de la production et de la consommation réelles.

Depuis leur naissance, les États-Unis ont presque toujours avancé. Mais le DEPF, lui, a explosé. L’État fédéral est devenu bien plus interventionniste qu’autrefois. Le dollar a perdu plus de 95 % de sa valeur en cinquante ans, et cette dépréciation s’accélère désormais. Quant aux Américains, on peut soutenir qu’ils sont devenus riches, satisfaits d’eux-mêmes et vulnérables à l’excès de confort. Une « correction » n’aurait donc rien de surprenant.

Mais la Chine connaît-elle vraiment une ascension pendant que les États-Unis chutent ? Cette lecture est peut-être beaucoup trop simpliste. Le déclin américain est visible — relativement au reste du monde, et selon presque tous les indicateurs. Il est en revanche loin d’être évident que la Chine soit prête, désireuse ou capable de remplacer les États-Unis comme puissance hégémonique mondiale.

La Chine est incontestablement un poids lourd. Dean Baker écrit :

« L’économie chinoise est environ un tiers plus importante que celle des États-Unis si l’on raisonne en parité de pouvoir d’achat. Elle progresse de 4 à 5 % par an, contre environ 2 % pour les États-Unis. Autrement dit, la Chine occupe déjà la première place — et son avance se creuse. »

Mais regardons les choses de plus près. Chaque fois qu’une société réussit, les observateurs sont tentés d’attribuer ce succès au génie de ses planificateurs. Dans les années 1980, par exemple, le Japon faisait envie au monde entier. Le pays avait son « plan industriel » et son organisme de planification, le MITI. La contribution réelle de cette institution au succès économique japonais fait encore l’objet de débats. Mais quoi qu’elle ait fait, elle n’a pas empêché le Japon de subir le cycle classique d’essor et d’effondrement.

À la fin des années 1980, les actions japonaises étaient massivement surévaluées et l’économie ralentissait. Puis, la Banque du Japon a abaissé ses taux. Peu après, la Bourse s’est effondrée. Ce n’était pourtant pas le moment idéal pour « acheter le creux ». Les actions japonaises n’ont retrouvé leur niveau d’avant-crise qu’en 2025 — trente-cinq ans après le début du krach.

Aujourd’hui, le Wall Street Journal attribue à son tour la réussite chinoise à ses politiques industrielles :

« La ‘politique industrielle tous azimuts’ de Pékin laisse le reste du monde sur place

Xi Jinping a porté la politique industrielle chinoise à un niveau inédit. Elle vise presque tous les secteurs et toutes les régions, la demande comme l’offre, les services comme les biens, les industries de pointe comme les activités les plus ordinaires. Ses objectifs sont économiques, technologiques et stratégiques. Ses outils relèvent aussi bien de la microéconomie que de la macroéconomie.

Trump aurait obtenu de Pékin plusieurs engagements : acheter davantage de soja, d’énergie et d’avions américains ; retenir certains équipements militaires destinés à l’Iran ; ouvrir un peu plus le marché chinois aux entreprises américaines. Mais rien de tout cela n’empêchera la Chine de continuer à gagner des parts de marché dans le monde. C’est l’un des traits essentiels de ce que certains appellent sa ‘politique industrielle tous azimuts’. »

Greg Ip, dans le Wall Street Journal, met en avant le dernier « plan quinquennal » chinois. Celui-ci ciblait dix-neuf secteurs jugés prioritaires. Beaucoup relevaient sans surprise des technologies de pointe, ces industries à la mode dont tout le monde parle. Mais Pékin s’est aussi intéressé aux appareils électroménagers et aux produits chimiques ménagers les plus banals. Résultat : une croissance rapide dans presque tous les domaines.

Et inutile d’espérer freiner la Chine à coups de droits de douane ou d’interdictions pures et simples. Elle se tournerait tout simplement vers d’autres marchés. Puis viendrait l’étape suivante…

Les véhicules électriques chinois pourraient intégrer des logiciels et des systèmes d’intelligence artificielle chinois. À mesure qu’ils gagneraient des parts de marché à l’étranger, ces logiciels et cette IA pourraient supplanter leurs concurrents américains et s’imposer comme standards mondiaux.

Selon Greg Ip, il faudrait donc une « réponse commune de toutes les démocraties de marché à la politique industrielle chinoise ».

Vraiment ? La croissance chinoise est-elle vraiment le fruit d’une planification publique supérieure ? Les Chinois peuvent-ils être battus par une contre-planification encore plus brillante ? Ou la planification centrale n’est-elle, au fond, qu’une forme supplémentaire de DEPF ?

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