La Chronique Agora

La Chine accélère, l’Occident doute

Pendant que l’Occident s’enlise dans le contrôle politique et les controverses budgétaires, la Chine multiplie les démonstrations de puissance technologique. À mesure que l’intelligence artificielle et l’automatisation progressent, la question n’est plus de savoir si le monde va changer, mais qui en fixera les règles.

« L’idée que les Chinois manquent de créativité est une superstition réconfortante — entretenue surtout par ceux dont la dernière innovation consistait à installer un deuxième réfrigérateur dans leur garage. » — Suggéré par ChatGPT

En Occident, nous cherchons de plus en plus à contrôler l’économie, la population, l’actualité et le « discours ». Les chiffres les plus récents indiquent que les dépenses des gouvernements fédéral, étatiques et locaux représentent environ 40 % du PIB.

Avec un tel poids, les moyens d’influence ne manquent pas.

Reuters rapportait récemment :

« Le conseiller de Trump, Kevin Hassett, suggère de sanctionner des chercheurs de la Fed de New York pour leurs conclusions sur les droits de douane.

Kevin Hassett, l’un des principaux conseillers économiques du président Donald Trump, a déclaré mercredi que les auteurs d’un document de recherche de la Réserve fédérale de New York — concluant que le coût des droits de douane était principalement supporté par les Américains — devraient être sanctionnés pour ce qu’il a qualifié de ‘travail de mauvaise qualité’. »

À l’Est — ou du moins en Chine — les citoyens disposent de moins de démocratie que nous. En 2018, la BBC titrait :

« Le président chinois Xi autorisé à rester ‘président à vie’ après la suppression de la limitation des mandats. »

Mais la Chine ne possède pas de centaines de bases militaires disséminées à travers le monde. Elle ne fait pas exploser de bateaux de pêche. Elle ne kidnappe pas de dirigeants étrangers. Elle n’a pas envahi d’autres pays, ni même menacé de le faire.

Les États-Unis, en revanche, disposent d’environ 700 bases militaires hors de leur territoire. Ils bombardent, menacent ou interviennent presque quotidiennement quelque part sur la planète.

Et sur le plan intérieur, les États-Unis comptent 541 détenus pour 100 000 habitants. En Chine, ce chiffre est de 119 pour 100 000. Soit les Chinois respectent davantage la loi, soit les Américains emprisonnent leurs compatriotes quatre fois plus souvent – sans justification proportionnelle.

Pendant que l’Occident donne des signes d’essoufflement, l’Orient semble accélérer.

La Chine a inauguré la nouvelle année avec un spectacle grandiose à Pékin, regardé par plus de personnes que n’importe quel autre show auparavant. Elle y a présenté une « nouvelle génération » de robots.

Et il ne s’agissait pas de robots de science-fiction se déplaçant avec raideur comme un sénateur fatigué. Vingt-cinq machines de taille humaine ont été mises en scène, capables de marcher, courir, sauter et exécuter des figures de kung-fu avec une précision chorégraphique impressionnante. Breakdance, sauts périlleux arrière… les prouesses étaient spectaculaires.

Leur fabricant, Unitree, affirme qu’il en produira 20 000 cette année.

Interesting Engineering rapporte :

« Le robot WuBot d’Unitree a exécuté une séquence d’arts martiaux lors de l’événement. Les robots H1 ont enchaîné des sauts de table, des sauts aériens de trois mètres et des équilibres sur une jambe.

Ils ont également réalisé un grand tour avec sept rotations et demie ainsi que d’autres mouvements de haute difficulté — une progression marquée par rapport à la danse Yangko présentée lors de l’événement 2025. »

À notre connaissance, aucun pays occidental ne présente actuellement une démonstration équivalente.

Le spectacle était si saisissant que certains spectateurs ont douté de son authenticité. Ils pensaient que même les Chinois n’étaient pas capables de faire quelque chose de tel.

« Je reste très méfiant, écrivait l’un d’eux. Cela pourrait être généré par l’IA. »

Mais le spectacle était censé être en direct, devant un public réel… et il n’était pas aussi parfait que ce à quoi on pourrait s’attendre d’une fraude générée par l’IA. Les robots devaient souvent bouger rapidement leurs pieds pour garder leur équilibre. L’IA a justement été programmée pour que l’on puisse avoir des mouvements gracieux, puissants et coordonnés.

Autre illustration : la chaîne YouTube virale de Lin Guoer (@linguoermechanic), sans rapport avec l’IA mais révélatrice de l’énergie populaire chinoise. Cette jeune femme du Yunnan restaure d’anciens moteurs et des machines hors d’usage avec un talent remarquable. Sa chaîne compte deux millions d’abonnés. (Dans l’une de ses vidéos, elle remet en état un tracteur centenaire.)

Nous ne sommes pas retournés en Chine depuis plus de vingt ans. Nous faisions partie des premiers Européens à visiter Shenzhen, alors simple ville planifiée. À l’époque, routes en terre, camions en panne, habitations délabrées, peut-être 30 000 habitants.

Mais déjà, le pays avançait : trains plus rapides, autoroutes en construction, ports modernisés.

Aujourd’hui, Shenzhen compte environ 17 millions d’habitants et figure parmi les villes les plus modernes du monde.

Et désormais, la Chine progresse rapidement dans le seul domaine où les États-Unis étaient autrefois incontestés : la technologie.

Le South China Morning Post rapporte :

« Des scientifiques chinois réalisent une percée dans les plaquettes de semi-conducteurs 2D.

Des chercheurs ont annoncé une nouvelle technique permettant la production en série de plaquettes à base de matériaux bidimensionnels — ouvrant la voie à des composants électroniques haute performance susceptibles de succéder au silicium.

À mesure que les puces se miniaturisent, les transistors atteignent les limites physiques du silicium. La recherche de matériaux alternatifs devient une priorité mondiale.

Parmi les candidats : les matériaux 2D comme le disulfure de molybdène (MoS₂), dont la structure atomique ultra-fine offre une grande mobilité électronique et une faible consommation d’énergie — des caractéristiques prometteuses pour l’ère post-loi de Moore. »

Oui, cher lecteur, nous pensions qu’une économie soumise à une forte intervention gouvernementale — en Chine comme aux États-Unis — ne pourrait qu’échouer. Peut-être avions-nous tort.

Il est également frappant que la Chine, forte de centaines de millions de travailleurs, soit en tête dans le développement de machines capables de les remplacer.

Quant à l’IA, nous doutions qu’elle puisse transformer le monde. Qui réclame davantage de mots ? Plus d’opinions ? Plus d’analyses ? Encore plus de bavardage ?

L’IA prépare-t-elle de meilleures spaghettis ? Transforme-t-elle un simple baiser d’adieu en expérience inoubliable ? Fait-elle disparaître un voisin bruyant ?

Pourtant, ce salon de robots est en train de changer notre perspective. Derrière le spectacle apparaissent des machines capables d’exécuter presque tout ce qu’un humain peut accomplir — physiquement comme intellectuellement. Sans congés maladie. Sans mauvaise volonté.

Elles peuvent remplacer les chauffeurs routiers, bien sûr — mais aussi les manutentionnaires, les mécaniciens, les livreurs.

Kateable rapportait :

« UPS supprime 78 000 emplois dans la plus grande réduction d’effectifs de son histoire afin de ‘réduire la main-d’œuvre humaine’. »

« Attention, mon chien pourrait mordre », prévient le propriétaire.

« Je m’en fiche », répond le robot.

Trier, transporter, marteler… les tâches répétitives peuvent être accomplies 24 heures sur 24, sept jours sur sept. Et sur simple commande vocale.

Les professions libérales ne sont pas épargnées.

Que fait un médecin ? Il écoute vos symptômes, prescrit des tests, interprète des résultats. Doté d’un accès quasi illimité aux connaissances médicales, un robot en blouse blanche pourrait se révéler plus précis, plus constant. On pourrait même le programmer pour faire preuve d’empathie.

« Vous n’avez pas de cancer. Vous avez une indigestion. Prenez ces comprimés. Rappelez demain matin. »

Recevez la Chronique Agora directement dans votre boîte mail

Quitter la version mobile