La Chronique Agora

La bulle du pétrole, une illusion de plus ?

▪ 2014 touche à sa fin. Il fait de plus en plus sombre à cette époque de l’année. La Fed ne semble pas en mesure d’y faire quoi que ce soit.

Dans moins d’une semaine, nous connaîtrons le jour le plus court de l’hémisphère nord. Ensuite, le sol invictus reprendra ses droits… et les jours rallongeront jusqu’au 21 juin.

Avant-hier était le premier jour des Saturnales ; le soleil s’efface. Cette fête de la Rome antique était prétexte à un renversement des rôles. Pour une fois, les maîtres servaient leurs esclaves — et tous profitaient d’une journée de jeux et d’ivresse.

A Washington, un groupe d’hommes en costume prenait le petit-déjeuner à une table voisine de la nôtre :

"Nous avons une bien meilleure chance aujourd’hui".

"Oui… j’ai parlé à Mitchell… Je pense qu’on peut faire passer ça cette fois-ci. Mais il faut être patient".

"Bon sang, ça fait trois ans qu’on attend".

"Oui, mais c’était avant novembre… on a une bien meilleure chance maintenant".

Nous sommes assis dans le hall de notre hôtel, les pieds sur un tabouret — attendant que quelqu’un se présente pour les laver. Pour l’instant, personne ne semble intéressé. Les Saturnales et leur renversement des rôles n’ont pas laissé de traces sur la capitale américaine — pour l’instant.

Maître et esclave… difficile de dire qui est qui. Les esclaves entrent dans l’isoloir et se croient les maîtres.

Ce n’est qu’un aspect du problème de notre démocratie moderne. Maître et esclave… difficile de dire qui est qui. Les esclaves entrent dans l’isoloir et se croient les maîtres. Glissant leur bulletin dans l’urne, ils pensent commander aux "serviteurs de la république".

Mais les bureaucrates, les politiciens et les lobbyistes savent qui est le patron.

▪ Que penser de la chute du pétrole ?
Nous interrompons notre série sur l’investissement. Il se passe tant de choses dans le monde — il nous faut nous tenir au courant. Le plus intéressant, d’un point de vue financier, est l’effondrement du prix du pétrole.

"La chute des prix du brut menace de mort 1 000 milliards de dollars de projets énergétiques", braille un titre du Financial Times.

Plus bas en première page :

"La Russie fait grimper les taux d’intérêt à 17% dans une stratégie choc pour soutenir le rouble".

Les puits de pétrole, le gaz de schiste, l’économie russe — tous sont en danger

Les puits de pétrole, le gaz de schiste, l’économie russe — tous sont en danger. Les prix ne sont pas assez élevés pour justifier de nouveaux investissements ou opérations.

Imaginez que vous ayez lourdement emprunté pour forer des puits de pétrole. Vous devez rembourser votre dette, que les prix chutent ou non. Que faites-vous ? Vous pompez tout ce que vous pouvez ! Et l’augmentation de l’offre pèse plus encore sur les prix.

On tient là un parfait concentré de toutes les sottises de la bulle — de l’alpha à l’oméga — engendrée par la politique de taux zéro de la Fed. Les producteurs pétroliers ont emprunté environ 500 milliards de dollars (devenus des junk bonds) et ont multiplié la production du schiste par quatre. Partout, on a clamé que ça signait une sorte de New Deal pour l’industrie américaine.

A présent, impossible de le nier : c’était le même vieux bluff de la part des banquiers centraux.

▪ Des bulles… des bulles… des bulles…
Des dot.com à l’immobilier, et désormais à l’énergie : à chaque fois, des bulles.

Les taux ultra-bas sont censés engendrer des investissements, des emplois et des dépenses. Paul Krugman y croit encore. L’auteur de "Mettez fin à cette dépression MAINTENANT" conseille à la Fed de poursuivre sa politique de taux zéro :

"L’économie mondiale est plutôt faible, nous ne voyons aucune inflation et le risque, si nous augmentons les taux et qu’il s’avère que nous nous sommes trompés, est absolument gigantesque".

Mais qu’en est-il des risques liés à l’étouffement, l’écrasement et le passage à tabac des taux d’intérêt ?

Mais qu’en est-il des risques liés à l’étouffement, l’écrasement et le passage à tabac des taux d’intérêt ? Comme le dit Ludwig von Mises, tous les booms causés par le crédit bon marché se terminent par un krach.

Le boom pétrolier a été produit par les taux bas de la Fed. Sans eux, le secteur n’existerait pas sous sa forme actuelle. Il n’aurait pas pu financer tant d’investissements risqués. Mais il y a toujours un serpent qui se cache quelque part dans les buissons. Les taux bas ne suffisaient pas. Les prix du pétrole devaient eux aussi rester à la hausse.

La Fed peut contrôler la terre, la lune et les étoiles. Mais c’est l’OPEP qui contrôle les prix du pétrole. Et le cartel était heureux de les voir chuter… pour que leurs concurrents en bavent.

Et donc… la bulle éclate ! Dans la mesure où une quantité gigantesque d’argent est allée aux produits énergétiques… et que bon nombre d’emplois y sont liés — les états US sans pétrole de schiste n’ont enregistré aucune création nette d’emploi depuis le début de la crise — toute cette histoire de "reprise" ne va-t-elle pas se révéler être une bulle aussi ?

Nous attendons de voir.

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