D’un côté, Scott Bessent veut maintenir les taux bas pour financer une dette toujours plus lourde. De l’autre, Kevin Warsh est censé défendre la valeur du dollar. Entre les deux, Trump promet encore davantage de dépenses. Lequel cèdera ?
Irving Fisher figure au mont Rushmore des grands noms de la finance : c’est lui qui annonça que les actions avaient atteint un « plateau durablement élevé »… juste avant qu’elles ne plongent dans le ravin en 1929.
On y trouve aussi Ben Bernanke, qui rassurait les acheteurs immobiliers en affirmant que « nous n’avons jamais connu de baisse des prix de l’immobilier à l’échelle nationale »… juste avant l’effondrement généralisé du marché immobilier en 2008.
Bernanke mérite même une deuxième place.
Il avait averti le Congrès : « Si nous ne faisons pas cela, il se peut que nous n’ayons même plus d’économie lundi », pressant les élus de renflouer les joueurs les plus gros et les plus riches de Wall Street… et de faire supporter leurs pertes à des contribuables qui n’y étaient pour rien.
Et voici maintenant les marteaux-piqueurs à l’œuvre pour sculpter un nouveau visage : celui de Scott Bessent, secrétaire au Trésor américain, qui a tranquillement annoncé la semaine dernière que, désormais, « la maison », c’était lui.
Mais parle-t-il de la maison dont les prix ne pouvaient soi-disant jamais baisser… ou de celle qui finit par s’effondrer ?
La cible immédiate de Bessent était le taux de change du yen japonais.
Il semble penser qu’il peut le régler comme on règle un thermostat.
Mais sa remarque traduit une ambition bien plus vaste. Bessent laisse entendre qu’il devrait pouvoir contrôler le prix du dollar… ainsi que les taux hypothécaires payés par les propriétaires américains.
Bref, toute la mécanique.
Seulement voilà : il peut influencer ces variables, mais il ne peut pas les contrôler.
Le monde est rempli de joueurs… et eux aussi auront leur mot à dire.
Bessent le sait mieux que quiconque. Il faisait partie de l’équipe de George Soros qui, en 1992, paria contre « la maison » — la Banque d’Angleterre — et gagna.
Un affrontement se prépare, comme un combat en cage sur la pelouse de la Maison-Blanche, entre Bessent et le président de la Fed, Kevin Warsh. En simplifiant, les deux hommes incarnent les deux grandes forces de l’Histoire : inflation ou déflation… boom ou krach… yin ou yang.
Bessent dispose d’un avantage : derrière lui se trouvent toute la puissance et toute la crédibilité des États-Unis.
Mais la « maison » vacille déjà et craque de toutes parts, tandis que l’eau commence à lécher ses fondations.
Et Donald Trump a déjà démontré à Atlantic City qu’un casino, lui aussi, pouvait être emporté par la vague.
La tension dramatique est facile à résumer.
Bessent — la force expansive du yang — doit financer la maison, c’est-à-dire le budget fédéral.
Et au cours des douze prochains mois, cela signifie notamment refinancer 10 000 milliards de dollars d’anciennes dettes, auxquels viendront s’ajouter entre 1 000 et 3 000 milliards de nouveaux emprunts.
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Warsh, lui, incarne le yin prudent : plus réservé, plus académique.
Sa mission est censée être de protéger la valeur du dollar — ce que ses prédécesseurs ont spectaculairement échoué à faire.
Le dollar de 1971 ne vaut aujourd’hui plus qu’une petite fraction de ce qu’il valait lorsqu’il a été émis.
Warsh affirme qu’il compte faire mieux.
Ses prédécesseurs le pensaient sans doute aussi.
Beaucoup dépend donc du maître de cérémonie auquel Bessent rend des comptes… et auquel Warsh doit, en dernier ressort, son poste : Donald J. Trump.
Qui soutiendra-t-il ?
Warsh et des taux plus élevés pour défendre le dollar ?
Ou Bessent et ses efforts pour maintenir le coût de l’emprunt à un niveau bas, afin de faciliter le financement — et le refinancement — des dépenses fédérales ?
Posez-nous une question plus difficile !
Un autre indice est apparu la semaine dernière.
Lors de son grand meeting à Dallas, POTUS a expliqué aux électeurs américains que s’ils donnaient aux républicains les deux chambres du Congrès en novembre, chacun d’entre eux recevrait 5 000 dollars.
La BBC a fait le calcul :
Le président américain Donald Trump affirme qu’il verserait 5 000 dollars à chaque adulte américain si les républicains remportaient les deux chambres du Congrès lors des élections de mi-mandat de novembre.
Les États-Unis comptent près de 270 millions d’adultes. Un versement de 5 000 dollars à chacun coûterait donc environ 1 300 milliards de dollars au gouvernement fédéral.
Extraordinaire, non ?
Beaucoup d’électeurs considèrent Trump comme un conservateur.
Mais promettre 1 300 milliards de dollars pour acheter les voix des électeurs n’a absolument rien de conservateur.
Personne n’avait tenté quelque chose de comparable depuis 1972, lorsque le démocrate George McGovern proposa un « demogrant » de 1 000 dollars.
Au moins, la proposition de McGovern reposait sur une idée.
Son projet consistait à remplacer tous les autres programmes sociaux par un revenu minimum garanti — une idée que certains conservateurs approuvaient d’ailleurs, estimant qu’il serait plus facile de fermer un seul robinet que plusieurs.
Le projet de M. Trump — si tant est qu’il y en ait un — ne possède même pas cette maigre justification.
C’est de l’achat de voix pur et simple.
Bien entendu, l’État fédéral n’a pas 1 300 milliards de dollars qui dorment dans un tiroir.
Il faudrait donc emprunter cet argent.
Washington devrait déjà afficher un déficit de 1 800 milliards de dollars l’an prochain.
Ce « dividende » supplémentaire porterait le déficit à plus de 3 000 milliards de dollars, soit environ 10 % du PIB.
Mais le pays n’épargne qu’environ 0,3 % de son PIB — trois dixièmes de point.
Même pas de quoi verser un acompte sur le déficit.
Au bout du compte, la Fed devrait donc financer cette dépense en achetant elle-même la dette publique, autrement dit en « imprimant » de la monnaie.
Il faudrait, en clair, créer encore davantage d’inflation.
Dans un entretien récent, notre collaborateur Dan Denning a posé la question sans détour :
« À la place de qui préféreriez-vous être : Bessent ou Warsh ? »
« L’Histoire sera plus indulgente avec Warsh », avons-nous répondu.
« Après tout, il essaie de faire ce qu’il faut : protéger le dollar. »
Mais Bessent gagnera le combat.
Lorsque la crise arrivera, Warsh devra rapidement refaire ses calculs.
Les principes et la prudence sont peut-être de belles qualités.
Mais lorsque la « maison » commencera à s’effondrer, il y verra probablement des luxes dont il peut se passer.
Il n’aura pas le choix.
Il devra la consolider avec le seul matériau encore disponible : de la fausse monnaie.
