La forte performance boursière de BNP Paribas et Crédit Agricole ne doit rien au hasard. Derrière la hausse des cours se cache un virage stratégique clair : moins de guichets, plus de gestion d’actifs et de services aux entreprises, avec des marges nettement supérieures.
Le secteur bancaire affiche de solides performances en Bourse, à l’image de BNP Paribas.
Sur un an, l’action de BNP Paribas — deuxième banque européenne derrière HSBC — progresse de 43 %.
La banque d’affaires JPMorgan Chase voit encore davantage de potentiel sur le titre.
Boursorama rapporte :
« [JP Morgan] rappelle que même si le titre a bien performé l’an dernier (+36 %), il reste très en retard par rapport aux autres valeurs bancaires depuis quatre ans, un écart qui pourrait selon lui se combler avec les mesures prises par l’équipe de direction afin d’améliorer la profitabilité des activités les moins performantes. Ces initiatives pourraient s’accompagner de cessions d’actifs destinées à rassurer le marché sur la situation de capital. »
BNP Paribas : le virage stratégique vers les activités à forte rentabilité
Depuis la période des confinements, la croissance du groupe repose avant tout sur une hausse structurelle de la rentabilité.
BNP Paribas accorde désormais une priorité croissante à la gestion d’actifs, aux services aux entreprises et à l’assurance, tandis que la banque de détail, notamment la gestion des comptes courants des particuliers, voit son poids relatif diminuer.
La banque de détail génère en effet des marges plus faibles, en raison des besoins élevés en personnel, du maintien d’un réseau d’agences étendu et des contraintes réglementaires. À l’inverse, les activités de gestion d’actifs et de services aux entreprises permettent des marges plus élevées avec une intensité capitalistique et humaine plus faible.
C’est dans cette logique que s’inscrit l’acquisition, finalisée en juillet, de AXA Investment Managers. Cette opération augmente fortement les encours sous gestion du groupe, et donc les revenus récurrents issus des frais de gestion. Selon les résultats du troisième trimestre, AXA IM apporte 867 milliards d’euros d’actifs sous gestion, portant le total du groupe BNP Paribas à 2 392 milliards d’euros.
L’intégration d’AXA IM permet également des effets d’échelle significatifs : les revenus de la gestion d’actifs augmentent proportionnellement aux encours, sans nécessiter une hausse équivalente des effectifs. La fusion des équipes et des plateformes permet en outre des économies opérationnelles, via la rationalisation des structures, des bureaux et des fonctions support.
BNP Paribas estime ainsi les bénéfices de l’acquisition — économies d’échelle et nouvelles opportunités de revenus — à 550 millions d’euros par an à l’horizon 2029. Le rendement annuel de l’opération est évalué à 18 % en 2028 et 22 % en 2029, pour un coût d’acquisition de 2,8 milliards d’euros.
Des rendements très contrastés selon les métiers
Dans ses présentations aux investisseurs, BNP Paribas compare la rentabilité de ses différents métiers via le rendement sur fonds propres (Return on Net Equity).
Cette comparaison éclaire clairement le virage stratégique du groupe :
- services aux entreprises : 22,2 % ;
- gestion d’actifs et assurances : 23,7 % ;
- banque de détail : 14 % ;
- activités spécialisées (leasing automobile, financements spécifiques, etc.) : 13 %.
Des rendements élevés signifient des marges supérieures, sans recours massif à la dette ni émissions supplémentaires de titres.
À l’inverse, la banque de détail — notamment les crédits immobiliers — implique des coûts fixes élevés, un réseau d’agences dense et des exigences réglementaires importantes en fonds propres pour couvrir le risque de défaut.
En résumé, la performance boursière de BNP Paribas en 2025, ainsi que la recommandation positive de JPMorgan, s’expliquent par le recentrage stratégique vers la gestion d’actifs, les services aux entreprises et l’assurance, illustré par l’intégration d’AXA IM et la réduction progressive de l’exposition à la banque de détail.
Crédit Agricole : la même dynamique à l’œuvre
Crédit Agricole bénéficie également de la bonne dynamique du secteur bancaire, avec une performance boursière de 31 % sur un an.
À l’image de BNP Paribas, Crédit Agricole tire l’essentiel de sa croissance des services aux entreprises et de la gestion d’actifs, tandis que la banque de détail reste globalement stagnante.
La présentation du troisième trimestre fait apparaître une hausse de 5,7 % des actifs sous gestion, et de 6,8 % des encours d’épargne-retraite. À l’inverse, les encours de crédits de la banque de détail stagnent aussi bien en France qu’en Italie.
Un partenariat stratégique entre la banque et Indosuez Wealth Management illustre ce tournant vers les activités à forte valeur ajoutée.
Boursorama précise :
« Indosuez Wealth Management et Crédit Agricole CIB annoncent la création d’Indosuez Corporate Advisory en France, une nouvelle entité de conseil financier destinée aux dirigeants actionnaires de PME et d’ETI, aux holdings familiales et aux fonds de private equity.
Cette société résulte du rapprochement des équipes de Crédit Agricole Midcap Advisors (Crédit Agricole CIB) et de Degroof Petercam Finance France (Indosuez Wealth Management). Elle est détenue à parts égales par Indosuez Wealth Management et Crédit Agricole CIB.
Corporate Advisory regroupe plus de 80 spécialistes en fusions-acquisitions, financement, structuration et accompagnement sur les marchés de capitaux. »
Des moteurs de croissance bien identifiés
Le bilan du troisième trimestre 2025 détaille clairement les sources de croissance des revenus. Hors plus-values exceptionnelles — notamment 313 millions d’euros liés à la participation dans Banco BPM — l’essentiel de la progression provient :
- de la Grande clientèle (services aux entreprises) : +45 millions d’euros ;
- des Services financiers spécialisés : +14 millions d’euros, en particulier grâce aux activités en Chine.
Chez Crédit Agricole comme chez BNP Paribas, la croissance des bénéfices et la performance boursière résultent d’une focalisation accrue sur les métiers à forte rentabilité — services aux entreprises, gestion d’actifs, assurance — tandis que la banque de détail demeure un segment mature, faiblement margé et fortement contraint.
Ces résultats illustrent clairement le nouveau modèle bancaire européen : plus de marges, moins de guichets.
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