La Chronique Agora

Avec le credit crunch, Bernanke se retrouve chocolat !

** Le concept d’une récession s’est trouvé un champion redoutable en la personne d’Alan Greenspan ; il va jusqu’à faire coïncider son départ en retraite début 2006 (le 31 janvier) avec le début des ennuis pour l’économie américaine. Le parallèle s’impose de lui-même — il se trouve que les prix de l’immobilier ont commencé à chuter précisément à cette époque, alors que les taux venaient d’être relevés au-delà des 4,5%.

L’éclatement de la bulle du crédit et la crise des subprime se sont matérialisés 12 mois plus tard — presque jour pour jour — et cela fait tout juste un an que les économistes commencent à prendre la pleine mesure de l’ampleur du désastre financier qui en résulte.

Warren Buffett avait fait souffler un vent d’espoir mercredi dernier en proposant de garantir en dernier ressort un pan essentiel du marché obligataire américain : les municipal bonds. Sans ces créances long terme émises par les collectivités territoriales, les villes et métropoles américaines seraient incapables de financer les grands travaux, les logements sociaux, le traitement des eaux ou l’évacuation des déchets.

Mais cela n’a pas suffi à écarter le spectre du risque systémique associé à l’effondrement des positions spéculatives sur les dérivés de crédit immobilier. Au moment même où la croissance connaît un coup de frein brutal, les banques cessent de prêter à livres ouverts : le credit crunch est en marche… et c’est Ben Bernanke qui se retrouve chocolat !

Plus l’avenir semble incertain, plus il devient difficile de se procurer des financements pour les emprunteurs qui en ont le plus besoin — et les réassureurs eux-mêmes font partie de cette catégorie.

** Le mois de février vient d’expirer sur une chute de 330 points du CAC 40 ! Naturellement, il ne s’agit pas du bilan du mois calendaire mais de l’échéance mensuelle des contrats et options sur indices — journée des « Trois Sorcières » — qui survient tous les troisièmes vendredis du mois.

Après une punition de 9% entre le 21 décembre 2007 et le 18 janvier dernier, une nouvelle dégringolade de 6,5% porte à 15,5% le retrait du CAC 40 en 2008, et ceci pour des gérants travaillant par le biais d’instruments indiciels — soit une très grosse majorité d’entre eux.

Le marché parisien semble avoir manqué une nouvelle occasion de limiter la casse. Ainsi jeudi matin dernier, le CAC 40 semblait encore en mesure de pouvoir tester les 5 000 points avant le week-end… mais il s’est retrouvé en l’espace de 36 heures au contact du seuil pivot des 4 750 points — 4 771 points en clôture. Le CAC 40 se retrouve donc presque plus proche de son plancher annuel des 4 505 points que de son zénith du 4 février dernier — inscrit à 5 025 points.

Des 3,15% de gains hebdomadaires affichés jeudi soir — et des 4,5% le matin même à 4 925 points — le marché parisien ne conserve qu’à peine 1,3%, et cela après une débâcle de 5,4% la semaine précédente.

** Wall Street ne s’effritait que de 0,3 à 0,4% lorsque les places européennes en ont terminé ce vendredi… mais les opérateurs semblaient anticiper une dégradation plus importante en fin de journée aux Etats-Unis.

A mi-séance, le Dow Jones reculait effectivement de 0,75% et le Nasdaq de 1% — soit 2,7% en 48 heures.

Les acheteurs se sont de nouveau mis sur la touche ; le diagnostic économique de Ben Bernanke et Henry Paulson — devant les membres du Congrès américain jeudi matin– avait déjà nettement plombé l’ambiance. Jeudi soir, Alan Greenspan a donné le coup de grâce aux derniers vestiges d’optimisme du milieu de semaine en estimant le risque de récession à plus de 50% aux Etats-Unis.

Il ajoute que sans la santé insolente des entreprises américaines exportatrices — qui surfent sur la croissance mondiale plutôt que sur la dynamique propre des Etats-Unis — la question à se poser serait de savoir quelle est l’ampleur de la récession ? Et pour combien de temps les Etats-Unis s’y maintiendront englués ?

Une bonne partie de la réponse réside dans le timing de sortie de la crise de l’immobilier qui conditionne également l’assainissement du marché des dérivés de crédit. Sur ce point, Alan Greenspan — qui est sur la même longueur d’onde que les experts de la NAR (National Association of Realtors) — estime que l’embellie n’est pas pour 2008 et qu’elle pourrait ne survenir que tardivement en 2009. Les banques américaines n’ont donc pas fini de souffrir à cause des dérivés de crédit.

** En évoquant la crise des subprime, Eliot Spitzer, l’ex-procureur de New York, a estimé qu’un tsunami financier pourrait dévaster l’économie américaine en cas d’insuccès dans la tentative de sauvetage des rehausseurs de crédit… et ce n’est plus qu’une question de jours.

Les statistiques économiques américaines — publiées vendredi dernier entre 14h30 et 16h — furent, pour certaines, franchement mauvaises. Ainsi, les prix à l’import ont fait un bond de 1,7% en janvier — le pétrole a grimpé de 5,5% — et cela donne un chiffre vertigineux en rythme annuel : +13,7%.

L’indice Empire State de la Fed de New York n’était pas de meilleure facture : le baromètre plonge de +9 vers -11,7 — contre +6 anticipé. Le seul chiffre correct fut celui de la production industrielle (+0,1% en janvier), avec une légère hausse annuelle (0,4%) du taux d’utilisation des capacités de production (à 81,5%).

Les cambistes ont fait l’impasse sur le taux d’inflation à l’import — un pic a peut-être été atteint en janvier — et ont privilégié les effets induits sur les taux par le diagnostic d’Alan Greenspan ; le dollar poursuit donc sa consolidation à 1,4665/euro.

L’un des phénomènes paradoxaux de la semaine fut le fléchissement du yen face au dollar malgré une croissance nippone tout à fait surprenante de 3,7% en 2007 — contre 2,2% en moyenne en Europe.

Philippe Béchade,
Paris

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