La Chronique Agora

La voiture sans chauffeur passe à la vitesse supérieure

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Les voitures autonomes ne relèvent plus de la science-fiction : elles circulent déjà sans personne au volant. Et derrière cette révolution des transports se dessine un marché que les investisseurs auraient tort d’ignorer.

Ma femme s’est figée au coin de la rue, incapable de faire un pas sur la chaussée.

Une voiture s’était arrêtée pour la laisser traverser, mais personne ne lui faisait signe d’avancer, comme pour lui confirmer qu’elle ne redémarrerait pas avant qu’elle ait gagné l’autre trottoir.

Et pour cause : il n’y avait personne au volant.

C’était une Waymo, une voiture sans conducteur.

Nous passons quelques semaines à San Francisco, où les Waymo sont désormais omniprésentes.

Parfois, on aperçoit un passager à l’arrière. Parfois, il est assis à l’avant, toujours sans personne derrière le volant. Et parfois, la voiture sillonne les rues entièrement vide.

La vision est déconcertante.

Évidemment, il fallait que j’essaie. Voici donc à quoi ressemblait le trajet depuis la banquette arrière.

Les voitures autonomes sont loin de faire l’unanimité. L’idée qu’aucun conducteur ne soit là pour freiner brusquement, donner un coup de volant ou réagir en une fraction de seconde face à un obstacle ou à un autre véhicule peut être angoissante.

Mais une voiture autonome, elle, ne se fatigue pas. Elle ne conduit ni sous l’emprise de l’alcool ni sous celle de médicaments. Elle ne détourne pas les yeux pour lire un message et ne se laisse pas distraire par une dispute avec son conjoint.

Les données montrent d’ailleurs que la conduite automatisée est nettement plus sûre que la conduite humaine.

Sur 160 millions de kilomètres parcourus, les véhicules autonomes ont enregistré 91 % d’accidents en moins ayant entraîné des blessures graves ou mortelles, et 80 % d’accidents en moins ayant provoqué une blessure, quelle qu’elle soit. À terme, cette baisse du nombre d’accidents devrait également faire reculer le coût de l’assurance automobile.

Les voitures autonomes présentent par ailleurs un intérêt évident pour les femmes qui voyagent seules.

Presque tous les parents d’une adolescente ayant déjà dû prendre un Uber seule ont suivi son trajet en temps réel. Lorsqu’il n’y a personne d’autre dans la voiture, il n’y a plus à craindre de tomber sur un individu inquiétant derrière le volant.

Ces véhicules pourraient également permettre aux personnes âgées de conserver plus longtemps leur autonomie, une fois qu’elles ne sont plus en mesure de conduire elles-mêmes.

D’ici dix ans — et probablement bien avant —, je m’attends à ce que les voitures sans conducteur soient devenues monnaie courante aux États-Unis, comme dans de nombreux autres pays.

Cette révolution ne fait que commencer. Les investisseurs devraient donc réfléchir aux moyens de se positionner sur cette tendance de fond.

Tesla (Nasdaq : TSLA) vient naturellement à l’esprit.

L’entreprise compte parmi les pionniers de la conduite automatisée. J’utilise régulièrement son système de conduite autonome, qui fonctionne remarquablement bien. Tesla exploite également des robotaxis à Miami, Austin, Dallas et Houston, et prévoit de s’implanter dans six villes supplémentaires en 2026, parmi lesquelles Las Vegas, Orlando et Phoenix.

Uber (NYSE : UBER) prévoit, elle aussi, de faire circuler des véhicules autonomes, ce qui n’a rien de surprenant. Aujourd’hui, la plateforme partage ses revenus avec les chauffeurs. Sans chauffeur, il n’y a plus de partage.

C’est évidemment une mauvaise nouvelle pour tous ceux qui gagnent leur vie au volant d’un Uber. J’ai moi-même eu de nombreuses conversations passionnantes avec des chauffeurs aux parcours fascinants. Mais l’avenir est en marche et, dans quelques années, trouver un chauffeur Uber pourrait devenir aussi difficile que de trouver un homme politique honnête.

Parmi les autres entreprises qui sont en train de façonner cette révolution, l’une des plus prometteuses est Aurora Innovation (NYSE : AUR), un spécialiste des camions autonomes.

Si une voiture sans conducteur vous effraie, l’idée d’un poids lourd lancé à près de 100 km/h, avec une cabine entièrement vide, vous paraîtra sans doute encore plus inquiétante.

Pourtant, plus tôt cette année, Aurora a annoncé que ses camions avaient parcouru 400 000 km sans la moindre collision imputable au système, tout en respectant 100 % de leurs délais. Un autre fabricant de camions autonomes, Gatik, a de son côté fait état de 96 000 km parcourus sans incident.

Les chauffeurs routiers ne sont autorisés à conduire qu’un nombre limité d’heures par jour. Ils doivent dormir, manger et faire des pauses. Les camions autonomes n’ont aucun de ces besoins. Ils ne se laissent pas distraire, ne se mettent pas en colère contre leur employeur et ne perdent pas leur sang-froid lorsqu’un automobiliste leur coupe la route.

Dans dix ans, nos routes et notre manière de nous déplacer auront profondément changé.

Votre portefeuille devrait, lui aussi, anticiper cette transformation.

Et vous, monteriez-vous dans une voiture sans conducteur ? Donnez-nous votre avis dans les commentaires.

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