La Chronique Agora

Un système monétaire base sur les "choses réelles"

** "La Syrie devrait mettre fin à son lien avec le dollar", titrait Bloomberg cette semaine.

– Dix minutes avant, un titre apparemment sans rapport était tombé sur Bloomberg, déclarant que "les actions brésiliennes dépassent les 1 000 milliards de dollars alors que le rebond des métaux nourrit les profits".

– Hmmmm… ces titres sans rapport sont peut-être liés, en fait.

– La stature du dollar ne diminuerait pas en Syrie, par exemple, si le dollar en question n’était pas déjà en pleine érosion sur les marchés des matières premières… sur les marchés des changes… et sur les marchés boursiers. Partout où l’on regarde, on voit des billets verts en pleine déconfiture. Mais ce n’est pas en ces termes qu’on décrit le phénomène. Non, l’expression polie, pour la déconfiture du dollar, c’est un "marché haussier". Vous avez bien lu : un dollar faible, ce n’est que le côté pile d’un marché haussier de l’or, du pétrole et des valeurs du S&P 500.

– En termes de dollars, les matières premières grimpent en flèche depuis pas mal de temps, ce qui a représenté une aubaine directe pour les marchés financiers brésiliens, basés sur les ressources naturelles. "La bourse brésilienne", rapporte Bloomberg, "est devenue la première, en Amérique du Sud, à dépasser les 1 000 milliards de dollars après qu’une hausse record des prix des métaux a permis de doubler les profits des entreprises tout en soutenant l’ascension de la devise"…

** Pendant ce temps, au Moyen-Orient, les dernières manœuvres monétaires de la Syrie n’ont pas vraiment beaucoup d’importance dans l’ordre général des choses. Mais ce "coup de cimeterre dans l’eau" semble faire partie d’une évolution plus générale, et qui va en s’intensifiant. "En deux semaines, la Syrie est le second pays moyen-oriental à annoncer son intention de séparer sa monnaie du dollar", observait Bloomberg. "Le Koweït est passé à un panier de devises le 20 mai dernier [en lieu et place de son lien avec le dollar]".

– Les deux pays ont accusé leur lien avec le dollar d’aggraver leur inflation. Le taux d’inflation syrien a dépassé les 10% l’an dernier, par rapport à 7,2% en 2005. "La faiblesse du dollar nourrit l’inflation", déclare un analyste d’ING Bank à Londres. "Nous considérons que les Emirats Arabes Unis pourraient être les prochains à changer".

– L’annonce de la Syrie ne fait que formaliser une tendance bien établie, tant pour la banque centrale du pays que pour le reste du monde. Appelons cette tendance "l’aversion pour le dollar". En Syrie, la banque centrale avait déjà purgé ses réserves de change, remplaçant une partie de ses dollars par de l’or et des euros. Mais avec seulement quelques milliards de dollars de réserves, les machinations monétaires de la Syrie n’entameront guère le statut du billet vert.

– On ne peut pas en dire autant des voisins de la Syrie…

– "Les états du Golfe ont dépassé la Chine !" proclamait hier Chris Mayer, rédacteur en chef de la lettre Capital & Crisis. "Selon un nouveau rapport de l’Institute of International Finance, six états du Golfe persique possèdent désormais près de 1 600 milliards de dollars d’actifs étrangers — à côté desquels les 1 100 milliards de dollars de réserves étrangères de la Chine, pourtant considérables, font pâle figure".

– Ces états sont tous membres du Conseil de Coopération du Golfe (CCG) ; il s’agit du Bahreïn, du Koweït, d’Oman, du Qatar, de l’Arabie Saoudite et des Emirats Arabes Unis.

– "Le tas de richesses grimpe au sein du CCG", observe Chris. "Avec la Chine et d’autres pays encore, le CCG consacre une part croissante de ces fonds à investir à l’étranger — dans des actions, de l’immobilier et des entreprises privées. Ce qu’ils achètent pourrait avoir un impact énorme sur les prix du marché — et sur vos investissements".

– Ce que ces pays VENDENT pourrait aussi avoir un impact énorme sur vos investissements… et sur la richesse des consommateurs américains. Parce que ce qu’ils vendent, ce sont des dollars. Ces pays riches de liquidités utilisent leurs piles de dollars pour acheter des ressources naturelles et des entreprises du secteur des ressources naturelles.

– Bienvenue dans un système monétaire basé sur les "choses réelles".

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